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21/11/2017

Conte sous la lune

Conte sous la lune

 

 

 

 

 

 

          C'était l'automne, au début de décembre et il ne faisait pas froid. La lune se découpait à travers les feuilles des arbres. Un homme était couché au sol, adossé contre un rocher ; il regardait le ciel à travers les branches dénudées et respirait lentement. Il était las d'avoir trop marché. La nuit qui l'avait surpris brutalement, alors qu'il était encore loin de tout village, l'avait forcé à s'arrêter. Il n'aimait pas marcher dans l'obscurité ; sur cette route sombre et mal définie il avait peur de se blesser contre un obstacle, de choir et se tordre peut-être une cheville. Il avait vu ce rocher dans la pénombre et s'était assis. Il avait sorti une bouteille de vin qu'il avait dans un sac, accroché sur son dos, et l'avait portée à ses lèvres. Il lui restait du vin mais n'avait plus rien à manger. Il avait compté arriver dans un village où il aurait pu trouver un commerce ouvert et acheter des victuailles, mais il était trop tard. Avec la nuit il risquait de se perdre et de toutes façons, entre coucher dans la forêt ou arriver dans un village aux portes closes, il n'y avait pas une très grande différence. Ici, au moins, il n'y avait pas de chiens qui aboient ni de volets qui s'ouvrent pour guetter à qui appartiennent les pas qui résonnent dans la nuit.

          Il ne lui restait plus rien à manger ; il ne lui restait que du vin mais il pouvait attendre, il n'avait pas très faim. Il était fatigué d'avoir marché des heures et des heures sur les chemins de cette contrée où les villages sont éloignés les uns des autres. Tant que le sol était sec il était aussi bien ici que n'importe où ailleurs. Bien sûr, il aurait apprécié de coucher dans les draps frais d'une chambre d'hôtel ; Il aurait pris une douche chaude et se serait étendu, nu, sur le lit grand ouvert, sans pudeur, bien à l'abri derrière les murs de la chambre. Mais il n'était pas gêné non plus à l'idée de dormir dans la forêt. Ce n'était pas la première fois, loin de là, et tant que le temps n'était pas froid...

          N'ayant rien à faire il n'avait pas besoin de lumière. Les premières fois qu'il avait dormi ainsi c'était ce qui l'avait le plus dérangé et puis il s'était habitué. Il avait compris que la lumière ne lui aurait servi à rien : Il n'avait pas de cuisine à préparer, pas de livre à lire ; il n'avait qu'à s'allonger et regarder le ciel dans lequel couraient les nuages.

          Certaines fois il essayait d'imaginer ce qu'aurait été sa vie s'il n'avait jamais marché, si il était toujours resté au même endroit, assis, à regarder les mêmes choses. Il sourit à cette idée ; il pensait que c'était le sort de beaucoup de gens et que ces gens ne s'en rendaient même pas compte le plus souvent. Lui, cela faisait maintenant des années qu'il marchait, jour après jour et sans aller nulle part. Et comme il n'avait pas de but, il allait partout. Il avait traversé des milliers de villages, contemplé des milliers de paysages ; il n'avait pas vraiment besoin de compagnie : de temps en temps, quelques mots lui suffisaient quand il allait dans une épicerie ou s'arrêtait dans un café. Les conversations le lassaient vite ; il les trouvait inutiles. Il trouvait que les gens ne parlaient jamais de l'essentiel, qu'ils ne s'interrogeaient jamais sur le monde, sur l'univers, sur la beauté des choses, sur la course des étoiles dans le ciel ou la signification du chant des oiseaux. 

          L'homme était assez âgé.  Il n'était pas pauvre ; Il avait été marié et avait divorcé, et il avait eu des enfants que, après son divorce, il avait perdu de vue peu à peu. Il était resté seul ; il n'avait pas comme on dit, "refait sa vie". Il s'était simplement contenté de la voir couler comme l'eau d'un ruisseau qui ne sait pas trop où elle va et se contente de suivre la pente la plus propice. Un jour, la limite d'âge venant, il avait du cesser son travail et s'était trouvé à la retraite. Il n'était pas très vieux, mais quand l'entreprise dans laquelle il travaillait l'avait licencié on lui avait dit que de toutes façons il ne retrouverait plus rien et qu'il faudrait qu'il s'habitue à ne plus travailler. On lui avait versé une indemnité qui n'était pas énorme mais dont les revenus mis au bout de sa retraite lui assuraient de quoi vivre. Il n'était pas très dépensier ; il était d'une nature assez contemplative et n'avait pas de gros besoins. Alors, après quelques mois passés à tourner en rond dans son quartier, il avait décidé de partir sur la route et avait mis un locataire dans sa maison. 

          Déja, avant, c'était un randonneur ; pendant ses vacances il avait l'habitude de partir une ou deux semaines sur les petites routes de montagnes ou de suivre les chemins douaniers du bord de mer. Alors il avait commencé à marcher à longueur de journée, sans jamais savoir où il allait. Il ne voulait pas se donner de but et comptait en toute chose sur le hasard. Au cours de son étrange randonnée il dormait dans des petits hôtels et mangeait dans des petits restaurants bon marché. Il lui arrivait de rester quelques jours au même endroit quand il le trouvait très beau et qu'il voulait en profiter un peu, mais, de manière générale, quand il était arrivé le soir dans un village il en repartait le lendemain matin, toujours du même pas lent et régulier. Il lui arrivait de temps en temps de se faire arrêter par les gendarmes ou contrôler par la police. Quand il passait dans les villages on le prenait pour un vagabond. C'en était un en quelque sorte, mais comme ses papiers étaient en règle et qu'il avait toujours de l'argent sur lui et pouvait le justifier personne n'avait rien à lui reprocher. Les gendarmes en étaient quitte à se gratter la casquette et à se demander avec quel drôle d'oiseau ils avaient affaire.

           Il ne comptait pas les kilomètres et ne cherchait pas à parcourir de longues distances. La seule chose qui lui importait était de voir le monde défiler sous ses yeux et d'avoir le temps de le contempler. Bien sûr, voyageant ainsi, sans plan ni méthode, il lui arrivait de se tromper dans ses estimations de distance ou d'arriver le soir dans des villages où il n'y avait aucun hôtel ni endroit où coucher. Comme il était très digne il considérait que frapper à une porte pour demander le gîte aurait été s'abaisser et il s'interdisait de faire ce genre de choses. C'est ainsi qu'il lui arrivait de dormir dehors, comme cette nuit dans la forêt. Il n'en était pas malheureux ; il avait le sentiment que le monde lui appartenait et il se sentait chez lui sous le ciel étoilé.

          Il se souvenait avoir lu, quand il était jeune, une bande dessinée de Gébé où le héros, étant couché dans l'herbe et regardant les étoiles, se prenait pour la figure de proue du vaisseau spatial "Terre". Il avait admiré cette image et se sentait très proche de cette sentation. Il y a bien longtemps, quand il avait été étudiant, il avait fait des études de philosophie. Il se rappelait les grecs anciens, les stoïciens, Diogène, les stylistes et toutes ces écoles de pensée qu'il rapprochait des yogis indiens qui se promènent nus et couverts de cendres et sont capables de rester des années debouts sur une seule jambe. Il trouvait qu'après tout, ces courants philosophiques étaient tous originaires du même tronc commun, quelque part à l'ouest de l'Himalaya, de la même pensée polythéïste qui plaçait l'homme au sein de la nature en interaction avec les dieux et les fleurs, les étoiles et les animaux.

          Il écoutait les bruits de la forêt : le hululement régulier des chouettes qui se répondaient et qui était facile à identifier, mais aussi des tas d'autres bruits, des appels, des chuchotements, des frottements qui venaient de l'obscurité toute proche et qui lui disaient que la forêt avait oublié sa présence, ou au moins s'était habituée à lui. Tous ses sens étaient aux aguets ; il cherchait à se représenter toute cette vie qu'il entendait et qu'il ne pouvait voir. Il attendait : il pensait qu'un jour il ferait tellement partie de cet environnement que les animaux viendraient lui rendre visite et cesseraient de se cacher. A force d'écoute et de communion toujours la même chose se passait : au bout d'un moment il sentait son corps se dissoudre et seul le ciel existait. Il avait l'impression de parvenir à n'être qu'un pur esprit et à oublier ses contingences physiques. Il s'endormait. Alors la lune se voilait les yeux d'un masque de nuages et pour lui faisait l'obscurité.

 

 

 

                                                                                                                              12/02/03 

13/11/2017

Moi m'dame !

Moi m'sieur ! Moi m'dame !
Moi m'sieur ! Moi m'dame !

Au fond de la classe
Le mauvais élève se démenait

Moi m'sieur ! Moi m'dame !
Moi m'sieur ! Moi m'dame !

Mais il n'était guère aimé des instituteurs
Et était oublié au moment des douceurs

11/11/2017

L'âne sans nom

L'âne sans nom qui n'en peut mais de braire

Et serait prêt à tout pour enfin plaire

21:37 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

04/11/2017

SNCF

Les sandwichs dans le train

Ont toujours une odeur

Qui n'appartient qu'à eux.

Ils sentent le renfermé

Et aussi le voyage;

Ils ont goût de poussière

Et souvenir de suie

Et c'est pour tous de même

Depuis les victuailles

Que grand mère envalise

Jusqu'au petit pain blême

Dans son papier conserve.

Petits pains ramollis

Au jambon dispersé

C'est par vous que vraiment

On se sent voyager,

Pains de cérémonie

Que l'on mange sans faim

Uniquement parce que

L'on sandwiche dans le train.

17:04 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

03/11/2017

Croire

On peut croire en Dieu

On peut croire en soi

On peut croire en l'autre 

Si on considère que Dieu est ce premier Grand Autre entrevu dans l'enfance on peut très bien comprendre que très jeune on puisse perdre la foi.

Politique et morale

Beaucoup de de gens croient parler politique alors qu'ils ne font que de la morale. Bien sûr, il y a de la morale dans la politique, mais pas seulement.

La politique étant l'art de gérer les affaires de la "cité" - et en particulier  ses contradictions - le cynisme lui aussi est présent et nécessaire à la politique.

Quelle étrange chose qui partage cynisme et morale ...

26/10/2017

Une femme ...

J'ai rêvé d'une femme

Dont les yeux auraient été

Brillants comme le soleil

Dans des cheveux bleus comme le ciel

Ou noirs comme le désespoir

Ou blancs comme l'oubli

 

20:38 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

22/10/2017

Enfin ...

Eh oui dit le poète

C'est bien d'aimer me lire

Mais au fond de mon être

Je voudrais vous séduire

Que me sert de paraître

De rimes et de mots

S'il n'y a d'émotion

Où vous couriez vers moi

Si votre âme est magique

Je serai le gardien

Des heures fantastiques

Où vous vivrez au loin

Des rêves héroïques

Des destins incertains

Enfin, regardez moi,

Qui vous aime plus que moi

Qui peut vous assurer

Sans cesse des émois

Et des désirs troublés

Vous tenir dans ses bras

Et ne plus vous lâcher

Enfin, regardez moi

Il n'y a plus que moi

A être assez fou

Pour vouloir vous aimer

Qui vous aime plus que moi ?

21:41 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Rêver

 

Sans vouloir me vanter

Si vous ne m'aimez pas

J'ai quelques qualités

Dont la moindre n'est pas

De vouloir vous aimer

Et de suivre vos pas

Au moins par la pensée

Si vous voulez me fuir

Ne pourrez empêcher

Mes yeux de vous sourire

Mon âme de vous rêver

Mon rêve de vous écrire

Ce qui m'attache à vous

Oui, vous qui me fuyez

Fait qu'en dépit de tout

Je ne peux oublier

Ces jours où près de vous

J'ai eu l'heur de rêver

Vivant, mon souvenir

Vous avoir regardée

Mon trouble et mon désir

Vous avoir admirée

Et de trop vous le dire

Vous avoir effrayée

16:00 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

21/10/2017

Quelques vers plus loin ...

Un jour, en me levant,
J'eu le sentiment de l'inutilité de la vie ;
Mais c'était trop tard,
J'avais déjà vécu ...

                                   ---------------------------------

 

L'infinie tristesse nous brise et nous laisse sans voix

Le Souffle, cette brise jadis nous habita
Fermez les écoutilles que l'eau ne rentre pas

                                       ----------------------------

 

L'expérience est mère de toutes les pensées
Et disait l'autre "Je pense avec mes pieds"
Sans eux je ne serais pas sur terre, vous vous en étonnez ?

                          ------------------------------

Et ce jour là je décidai
De retirer tous mes habits
Et de marcher nu comme un ver

10:26 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

J'appelais

J'appelais du fond d'une tombe

Le réveil avait été glacé

Les bras serrés le long du corps

Je ne pouvais pas bouger

Et j'appelais, j'appelais, j'appelais ...

10:25 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

En forêt

          

          Je m'en souviens comme si c'était hier.

          Je me réveillai au milieu de la nuit dans une forêt. Nous étions en hiver, mais il ne faisait pas froid. Je savais que c'était l'hiver car il n'y avait pas de feuilles aux branches des arbres. Je n'étais jamais allé dans une forêt, mais je savais que c'en était une car j'en avais déjà vu dans des livres. La lune qui brillait dans le ciel donnait une lumière sombre qui avait du mal à éclairer le sol.

          Je failli dire "où suis-je ?" mais je me retins. J'ai toujours eu une peur horrible du ridicule et malgré mon jeune âge cette réflexion me parut beaucoup trop littéraire au vu de ma situation.

          Je regardai autour de moi. Je ne voyais pas grand chose en fait. Je n'entendais aucun bruit non plus. Quelle direction aurais-je dû prendre ? Toutes pour moi étaient pareilles. En plus je me souvins avoir entendu dire – mais par qui ? - que quand on se perdait en forêt on tournait en rond et qu'on revenait immanquablement sur ses pas. Peut-être que si j'essayais de tourner en rond réussirais-je à aller tout droit ? Mais comment en être sûr ? De plus en plus j'avais le sentiment d'être plongé au coeur d'un mystère insondable dont on n'arrive pas à trouver la moindre extrémité. Comment dérouler un fil si on n'en tient pas le bout ?

          Au bout d'un moment je me dis que j'étais dans un rêve. "C'est ça pensai-je, un rêve et je vais bientôt me réveiller !"

          Mais rien ne se passait ; j'attendais mais rien ne se passait.

          Et puis, au bout d'un certain temps je commençai à distinguer quelque chose. Ce n'était pas une forme, mais plutôt une petite lumière qui vibrait et tintait légèrement. La chose s'approcha de moi. J'entendis une petite voix cristalline me demander qui j'étais.

          - Je suis perdu lui dis-je, aidez moi

          - Je vois que tu es perdu me dit la petite voix, mais je te demande qui tu es.

          - Je suis "Mon petit chéri" répondis-je, mais je ne sais pas où je suis, je suis perdu ...

          - Oh, mon petit chéri, dit la voix comme c'est triste ... Je pense que tu es un petit homme, c'est très embêtant !

          - Pourquoi, lui demandai-je, pourquoi est-ce embêtant ?

          - Eh bien, dit la voix, nous les fées n'allons jamais dans le monde des hommes, ils ne sont pas très gentils avec nous ; et nous n'aimons pas non plus qu'ils viennent dans notre forêt ...

          - Aidez moi, lui dis-je ; j'aime les fées, j'en ai déjà vu dans des livres. Je ne suis pas méchant. Ma maman m'appelle toujours "mon petit chéri " parce que je ne suis pas méchant.

          - Je vais essayer de t'aider dit la fée. Il y a un campement là bas, à quelques heures de marche, où il y a des hommes avec qui je fais du commerce de temps en temps.

          - Ils vont pouvoir me ramener à la maison ? Demandai-je

          - Certainement, certainement ; ils ont l'habitude tu verras, ce sont des marchands d'enfants.

20/10/2017

amour

Le besoin de l'autre

Voudrait s'appeler amour

Réciprocité

23:00 Publié dans Haïkus | Lien permanent | Commentaires (0)

J'avançais

J'avancais dans la nuit

Guidé par une étoile

Redoutant les nuages

Qui me cachaient le ciel

15:41 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Poèmes ...

Poème de l'espérance

Poème du désespoir

De vous ma dépendance

Me montre le miroir

15:38 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Le dos tourné

Le dos tourné il s'éloignait

Inconscient du regard

Brouillé qui le suivait

15:37 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Conte d'hiver

 

 

 

 

Conte d'hiver

 

 

C'était hier. J'étais allé faire un tour à la plage histoire de respirer quelques minutes le vent glacé qui soufflait du nord. Du haut de la dune, de là où s'arrêtait la route, je voyais les rouleaux gris de la marée qui montait et envahissait cette grève mélangée de sables et de vases qui s'étend depuis Saint Jean jusqu'au fond de la baie. Sur le bord de la plage on voyait des traces de chevaux qui étaient venus s'entraîner là, plus tôt dans la matinée et que l'on faisait galoper dans le sable mou pour leur fortifier les membres.

J'enfilai une paire de bottes en caoutchouc que je gardais toujours dans le coffre de la voiture et je descendis vers l'eau. J'aime l'eau ; comme il y a des incendiaires qui sont fascinés par le feu, je suis fasciné par l'eau. Je n'ai jamais provoqué d'inondation mais chaque fois que je vois des prés envahis par une rivière je suis en extase devant la beauté du spectacle. Le moindre étang, la vue d'un canal, le cours sinueux d'une rivière sont des images qui me ravissent ; alors la mer, cette étendue vivante, magique et d'une force incommensurable, je pourrais rester des heures à la regarder, à l'écouter, la sentir.

La marée montait rapidement. Les petites vagues frisées d'écume courraient les unes après les autres et cherchaient les moindres creux de ruissellement dans lesquels elles pourraient avancer encore un peu plus vite. Souvent on dit que dans la Baie la marée avance à la vitesse d'un cheval au galop ; ce n'est jamais vrai et c'est sans doute quelque poète à la recherche d'une image forte qui est à l'origine de cette légende que les habitants des villages côtiers se plaisent à répéter pour impressioner les touristes. Néanmoins c'est toujours une vision étonnante que cette masse d'eau qui parait sans limite et se déplace sans cesse avec une régularité d'horloge.

Soudain je vis une forme sombre qui bougeait lentement entre deux eaux à quelques dizaines de mètres de moi. Je pensais tout de suite à un baigneur à cause de la forme allongée et de la masse du corps que j'entrevoyais de loin, mais je réfléchis que ce n'était pas possible en cette saison ; cela devait être une sorte de gros poisson qui s'était aventuré en ces eaux peu profondes. Je suis habitué à voir des phoques dans la Baie, soit lors de mes promenades en bateau, soit directement depuis le rivage quand ils viennent pêcher en certains endroits. On voit en général surgir une tête ronde qui regarde autour d'elle avec un air étonné, inspecte le paysage et se donne le temps de respirer avant une nouvelle plongée. Mais on ne voit jamais le corps des phoques s'ils ne sont pas étendus sur le sable à se reposer. Là, manifestement, ce n'en était pas un ; c'était d'ailleurs un plus gros animal dont la présence était complètement inhabituelle dans la région. L'eau, qui menaçait de passer par dessus mes bottes à chaque vague, m'empêchait d'approcher plus près, mais l'animal lui même venait inexorablement vers le rivage et au bout d'un moment je vis clairement qu'il s'agissait d'une sorte de dauphin.

J'avais souvent vu à la télévision des reportages sur ces cétacés qui, pris d'une sorte de folie ou désorientés par un parasite ou une maladie qui les privait de leur sens de l'orientation, se jetaient sur les plages et allaient ainsi à une mort certaine. Parfois, des volontaires qui se trouvaient là réussissaient, à force de d'entêtement et de persuasion à les faire rebrousser chemin et repartir vers le large. Cela réussisait rarement, mais parfois cela marchait ; il suffisait peut-être de temps en temps d'une intervention extérieure pour que leurs sens reviennent, un peu comme ces très jeunes enfants victimes d'un cauchemard contre lequel les parents ne peuvent rien faire et que la simple venue d'un médecin suffit à appaiser. Je m'avançais vers l'animal afin de tout tenter pour lui venir en aide. Je sentis aussitôt l'eau glacée envahir mes bottes et remonter le long de mon pantalon jusqu'à mi-cuisse.

C'est en février que la mer est la plus froide, qu'elle a perdu lentement toute la chaleur quelle avait emmagasiné pendant la belle saison et qu'elle n'a pas encore vu de belles journées qui lui permettraient de se réchauffer. De surcroît, le vent du nord qui soufflait était glacial et je compris très vite que je ne pourrais pas rester longtemps dans cette position. Je m'approchai du dauphin jusqu'à le toucher et me frottai contre lui afin de lui faire sentir ma présence. Il se tourna sur le côté et je vis un petit oeil étonné qui me regardait. Il n'était pas effrayé et je ne sentais pas non plus en lui d'agressivité. Je le carressai un peu puis, le prenant à bras le corps, j'essayai de le faire changer de direction. L'animal se débattit et m'échappa en un seul coup de queue. Il se rapprochait de plus en plus du rivage. Je revins près de lui et tentai, en faisant obstacle de mon corps, de lui interdire le chemin de la plage. Il était vigoureux et je dû bientôt entamer une lutte au corps à corps pour tenter de le faire changer de direction. Vu le peu de profondeur de l'eau à l'endroit où nous étions son ventre devait certainement toucher le sable ce qui lui ôtait une partie de sa force et m'aidait dans mon travail ; mais la mer était toujours en train de monter et le front où nous menions cette lutte pacifique reculait sans cesse. Je pensai que tant que nous serions à marée montante j'aurais une chance de lui faire rebrousser chemin, mais que dès que le flux s'inverserait il serait beaucoup trop lourd pour que je puisse faire quelque chose s'il arrivait à s'échouer sur la grève. Je n'avais pas non plus le temps d'aller chercher de l'aide : quitter la plage, aller à ma voiture qui se trouvait à près d'un kilomètre et de là au village où il me faudrait encore trouver des gens disponibles et intéressés au sauvetage d'un dauphin, ce n'était même pas la peine d'y songer. Encore en été il y aurait eu des touristes ou des vacanciers qui auraient été heureux de venir me prêter main forte dans cette aventure, mais à cette heure ci, en cette saison, il ne restait au bourg que des personnes agées qui auraient été incapables de la moindre aide quelle que fut leur bonne volonté. J'étais seul, irrémédiablement seul dans cette lutte contre la mort de cet animal obstiné qui s'entêtait à se jeter sur la plage. Je commençais à greloter et à me demander si ce que je faisais n'était pas complètement vain devant la volonté qu'affichait le dauphin. Mais chaque minute était une minute de gagnée et si je réussissais à suffisament l'agacer il finirait peut-être par repartir dans l'autre sens. Soudain je vis avec effroi que la mer avait céssé de monter. Encore quelques instants et elle entamerait son reflux et c'en serait alors fini de ce noble poisson si je n'avais pas réussi à lui faire faire demi-tour. Je redoublai d'efforts pour l'empêcher de s'échouer et le maintenir dans l'eau. C'était un travail exténuant dans cette mer gelée. J'étais maintenant entièrement trempé, j'avais l'impression que mille aiguilles me pénétraient le corps et je commençais à sentir un grand froid intérieur qui me disait clairement que je ne pourrais pas continuer longtemps à rester ainsi dans l'eau. Je sentais venir le vent désolé de la défaite en même temps que mes forces commençaient à m'abandonner.

Soudain j'entendis des claquements secs et répétés qui venaient du large. Je levai la tête et je vis, à quelques dizaines de mètres de là, encore en eau suffisament profonde, un deuxième cétacé qui venait vers moi. Mais celui ci n'avait pas du tout le même comportement calme et résolu. Au contraire, il allait et venait le long de la plage sans s'approcher trop du rivage et lançait des appels affolés en faisant claquer son bec et en poussant de petits cris pointus. Que se passa-t-il alors réellement dans l'esprit de mon dauphin ? Je l'ignore, mais dès ce moment là il marqua une hésitation dans les mouvements qu'ils faisait pour échapper à ma prise. Il était lourd, et je ne réussissais pas véritablement à le tirer du sable pour le refouler vers le large, mais de lui même, en quelques soubressauts, il regagna la mer et rejoignit son congenère qui l'appelait. Je les vis se frotter amoureusement l'un contre l'autre pendant quelques instants puis ils disparurent dans les vagues sans plus se retourner.

 

 

 

7/2/03

19/10/2017

Une lamentable histoire !

Une lamentable histoire !

Au XVIII° siècle il y avait un brave homme nommé Robinson marié à une femme fort volage. Il ne s'en rendait pas compte et comme il était très amoureux de sa femme qui était très jolie il ne s'en éloignait jamais beaucoup. Ceci ne faisait pas les affaires de la belle : elle aimait bien son mari qu'elle trouvait très gentil, mais comme il était passablement plus âgé qu'elle, elle cherchait sans cesse des stratagèmes pour l'éloigner un peu et s'acoquiner avec de jeunes galants.
Un jour, la jeune femme, qui s'appelait Zoé, dit à son mari :
" Écoute Robinson, je sais qu'il y a un pays dans les mers du sud où l'on trouve des perles à foison et où il y a des cailloux d'or qui jonchent les rues. J'ai appris que demain un bateau partait pour ce pays merveilleux. Je voudrais que tu t'y embarques pour me rapporter un plein coffre de ces joyaux, que je sois la plus belle quand nous allons danser ..."
Le brave homme qui aimait sa chère Zoé n'hésita pas une seconde et s'embarqua dès le lendemain. Il naviguèrent plusieurs semaines puis un jour le bateau fut pris dans une tempête et sombra en se brisant sur un récif alors qu'il cherchait à se réfugier à l'abri du vent derrière un ilot rocheux. Robinson réussit à s'accrocher à des planches qui dérivaient et au bout de quelques heures s'échoua sur une ile déserte. Il vit que tous ses compagnons avaient disparu.
Il resta là plusieurs années avant d'être enfin retrouvé et vécu des aventures extraordinaires qu'il serait trop long de raconter ici.
Je voudrais juste souligner la morale de cette lamentable histoire :
Tout cela arriva parce que Robinson cru Zoé ....

18/10/2017

Parler / discuter

Parler / discuter

 

A priori ces deux mots se réfèrent à la même chose. Il s'agit d'actes de parole prononcés avec des interlocuteurs.

Et pourtant :

Une discussion peut réunir deux ou plusieurs interlocuteurs qui "discutent" de choses qu'ils ne connaissent pas forcément à titre personnel. Cela peut-être une information entendue par hasard dans un café ou à la télévision, il peut s'agir de sport ou de politique, de souvenirs de vacances ou de météo, etc etc. On peut même discuter de choses sérieuses sans les connaître, uniquement parce-qu’on en a "entendu parler" et qu'on se rallie à une opinion. En général ce sont des opinions de "colportage" assez superficielles. Il peut même y avoir certaines personnes qui s'expriment, et d'autres qui ne disent rien. Ce genre de discussion crée un effet de groupe et une zone affective impersonnelle mais englobante.

Au contraire, "parler" se fait rarement à plus de deux. On parle de soi à l'autre mais on ne dit pas forcément tout. Il ne s'agit plus d'opinions mais plutôt de confidences ou d'échange d'expériences. Il y a là aussi une zone affective basée sur la parole et l'échange qui est commune aux deux, mais par contre elle ne les englobe pas ; elle reste limitée à leur sujet (zone) d'échange et il n'y a pas d'effet de groupe.

16/10/2017

Lettre ouverte à monsieur le président de la République

 

 

 

 

Monsieur le président de la république,

 

 

 

 

 

Un problème me préoccupe depuis quelques temps et je tiens à vous en faire part, à vous qui n'êtes ni de droite ni de gauche et en même temps à la fois de droite et de gauche.

Comme vous l'avez peut-être compris, les notions de "droite" et de "gauche", qui existent depuis le dix-neuvième siècle, correspondent à l'endroit où on s’assoit – avec ses amis – à l'assemblée nationale. On peut être au centre, à gauche ou à l'extrême gauche ou encore à droite ou à l'extrême droite. Fut un temps on a parlé aussi de montagne, de marais et que sais-je encore.

Tout cela n'a pas grand sens. Vous conviendrez avec moi que l'endroit où l'on s'assoit ne détermine pas des idées, mais au plus des amitiés. Les idées on les acquiert après, en général grâce à ses amis.

En fait, tout cela provient d'une aberration architecturale. C'est parce-que l'Assemblée Nationale est un hémicycle et il n'y a pas moyen de faire autrement ...

Et pourtant ...

Imaginez un peu, monsieur le président, si au lieu d'être un hémicycle, l'Assemblée nationale était une rotonde ...

Pour le coup, on pourrait vraiment dire que les extrêmes se touchent !

Et puis au lieu d'affirmer bêtement que l'on est de droite ou de gauche, il faudrait apprendre à se déterminer de manière dialectique par rapport à des idées !

J'explique :

Il faudrait par exemple se dire :

La propriété privée, je suis pour ou je suis contre ?

La libre entreprise, je suis pour ou je suis contre ?

La liberté d'association, je suis pour ou je suis contre ?

Et ainsi de suite, chaque question peut être envisagée.

Bien sûr, cela obligerait à réfléchir.

Peut-être n'est-ce pas souhaitable ? Peut-être après tout vaut-il mieux rester comme ça ? Encore une fois, chacun pourra donner sa réponse. Je crois moi que cette réforme pourrait être extrêmement profitable à l'avancement de la République.

Qu'en pensez vous monsieur le président ?

15/10/2017

Haïkus, livraison du jour

Et ainsi l'été
Que j'avais tant attendu
Est déjà passé
 
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Et bientôt les oies
Du grand nord arriveront
Et leurs cris perçants
 
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L'hiver enterrée
Mais son souvenir en moi
Je m'appelle Orphée
 
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Les oiseaux chantaient
Mais en hiver déchantaient
Petits corps gelés
 
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S'il eût tant d'échecs
C'est d'avoir trop travaillé
Surtout en été
 
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La santé ça va
Mais il va beaucoup moins bien
Mon coeur en hiver
 
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Poèmes d'amour
Espérance printanière
Vous vivrez toujours

17:21 Publié dans Haïkus | Lien permanent | Commentaires (0)

Quelques vers moulus de manière plus ou moins fine

Elle s'appelait Rivière de perles
Et son sourire était étincelant
J'ai refermé mes yeux sur elle
Et j'ai souri comme un enfant

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Il parlait aux tribus du désert
Le silence écoutait ses paroles
Et le vent les portait à la mer

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11:03 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Holà, de l'ordre !

Holà, de l'ordre !

Qui était là d'abord ?

Mettez vous bien en rangs !

Les uns derrière les autres,

Comme de bons apôtres !

Toi, toi, puis toi !

Qui était derrière toi ?

Qui était devant toi ?

Comment, tu ne sais pas ?

 

Les idées, les pensées,

Les nuages d'orage

Les sourires d'enfants sages

Les pulsions impérieuses

Et les envies furieuses

Mettez vous tous en rangs !

Vous passerez par là

Et non pas à côté,

Le passage est étroit !

 

Comment tu ne sais pas ?

Qui était derrière toi ?

Qui était devant toi ?

Le passage est étroit

Par le mince filet

De l'encre sur le papier,

Il n'y a pas d'aventure

Pour être en écriture

Il faut être ordonné !

 

 

Voila ma belle,

Pour avoir demandé à me lire

Vous ne pourrez empêcher

Des pitreries littéraires

Qui n'auront d'autre but

Que de vouloir vous plaire ...

Vous en prenez le risque ?

Hélas, je sais écrire

Et le risque est bien grand

Que je veuille vous séduire ...

03:40 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

14/10/2017

Quelques vers plus loin ...

Un jour, en me levant,
J'eu le sentiment de l'inutilité de la vie ;
Mais c'était trop tard,
J'avais déjà vécu ...

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L'infinie tristesse nous brise et nous laisse sans voix
Le Souffle, cette brise jadis nous habita
Fermez les écoutilles que l'eau ne rentre pas

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L'expérience est mère de toutes les pensées
Et disait l'autre "Je pense avec mes pieds"
Sans eux je ne serais pas sur terre, vous vous en étonnez ?

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Et ce jour là je décidai
De retirer tous mes habits
Et de marcher nu comme un ver

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Une amitié fusionnelle
Qui ne redoute pas les caresses sensuelles
Ça doit être cela l'amour ...

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Rencontrer quelqu'un, c'est toujours par hasard. 
A quelques seconde près on passe sans se voir, sans se parler, sans s'étonner. 
On peut tourner la tête du mauvais côté, parler à quelqu'un d'autre ou être renfermé.
Rencontrer quelqu'un c'est toujours par hasard et le hasard peut nous dire que cette rencontre là est la plus importante, la plus déterminante que l'on ait jamais fait.
Alors, il ne faut plus laisser faire le hasard, il faut forcer le destin.

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"J'aurais aimé qu'une femme libre vienne à moi guidée par sa liberté. Mais dans mon pays il n'y a que des femmes soumises qu'on achète à leur famille. Dix femmes de mon pays ne valent pas une anglaise ou une américaine, voire même une française.
Vive le M.L.F. !"

Achintya Ganipour, rajah de Marrahpoustra

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Monsieur de Lamartine,

 

J'ai grand reproche à vous faire.

Je tombais du lit, ce matin

Quand le temps suspendit son vol

Étonné, je cherchais

Où se trouvait le sol

 

Et c'est comme ça que je suis arrivé en retard au boulot !

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D'abord je cru que la folie

Pouvait ne durer qu'un instant

Mais le temps, je l'ai appris,

Le temps est toujours présent

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Cette nuit j'ai rêvé que je m'étais fait opérer. Je m'étais fait retirer la queue, les couilles et la moitié du cerveau ! Mais non, en me réveillant, tout était toujours là ! Oufffff

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16/10/2009

Dans tes yeux

Oui, je suis tombé dans tes yeux

Dans cette mer profonde et bleue

Et j'y nage, j'y nage longtemps

Sans savoir où m'emmène le courant.

13:30 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poèmes, poésies

15/09/2009

Berlusconi, son vrai nom

Berlusconi, ce n'est pas son vrai nom. En fait, sa famille était originaire de la vallée d'Aoste et s'appelait Zardoz. Son ancètre, déjà, faisait toujours des conneries et à l'école quand l'instituteur l'interpellait il disait : "C'est pas moi m'sieur, c'est pas moi !". Même quand il était pris sur le fait il disait : "C'est pas moi m'sieur, c'est pas moi !". Alors, invariablement, l'insituteur disait en haussant les épaules : "Non mais, j'ai la berlue, ce con nie !" Depuis le nom est resté...

17:34 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humour, politique

19/09/2008

La crise économique ou le paradoxe des deux antiquaires

La crise économique ou le paradoxe des deux antiquaires



Sur une route nationale, à la sortie d'un village à 50 km de Paris, il y a deux antiquaires. Leurs boutiques se trouvent l'une en face de l'autre, de part et d'autre de la route. Pierre et Paul sont les noms de nos deux antiquaires. Leur clientèle est essentiellement constituée de parisiens qui passent le week-end et visitent l'une et l'autre des deux boutiques.
Un lundi Paul qui regarde distraitement les voitures passer sur la route nationale en attendant le client voit Pierre qui accroche un tableau dans sa vitrine. Curieux, Paul traverse la route pour examiner le tableau que Pierre vient de mettre en vente. C'est un joli tableau : il représente un paysage avec une rivière et une femme nue couchée dans l'herbe en train de manger une banane. Extraordinairement, Paul trouve que le prix affiché que l'on peut voir sur l'étiquette est très peu cher : 100 euros, ce n'est rien ! Il se dit que Pierre n'a pas eu les yeux en face des trous ce jour-là et entre dans la boutique pour acheter le tableau.
De retour chez lui Paul installe le tableau dans sa vitrine et y marque le prix de 200 euros. Il est heureux d'avoir fait une bonne affaire aussi facilement et pense que Pierre, finalement, n'est pas très malin.
Pierre, pendant ce temps là, se dit qu'il a été stupide et que bien sûr, ce tableau valait beaucoup plus que cent euros. Il y pense toute la nuit et dès le lendemain matin retraverse la rue pour racheter le tableau à Paul. Il le ramène chez lui et le remêt en vente dans sa vitrine au prix de 300 euros. Bien sûr, dès l'après midi, Paul le rachète et le remêt en vente au prix de 400 euros. Ainsi de suite jusqu'au vendredi soir où le tableau se trouve dans la boutique de Paul et finit par valoir 1000 euros. Mais dès le samedi matin, alors que Pierre, toujours en proie au doute se prépare à traverser la route nationale pour racheter le tableau et réparer son erreur, il voit un parisien qui arrête sa voiture devant la boutique de Paul et repart au bout de deux minutes avec le tableau sous le bras. Sidéré, il regarde la voiture s'éloigner et le tableau disparaître, puis il traverse la route en courant et crie à Paul :
- " Mais tu es fou de l'avoir vendu, un tableau qui nous rapportait 100 euros chacun par jour ."
C'est une histoire connue, on se la raconte de temps en temps dans le milieu de la brocante.
Supposons maintenant que ce samedi matin là le parisien ne soit pas passé parceque le prix de l'essence avait beaucoup augmenté et qu'il ait préféré rester chez lui pour le week-end.
Nos deux antiquaires auraient continué à jouer leur petit jeu déconnecté de toute réalité et le prix du tableau aurait augmenté de manière irréaliste.
Et puis un jour, devant l'énormité du chèque et tenant compte du resserrement du crédit, le banquier de Paul aurait décidé de rejeter le chèque de Paul et de ne pas honorer sa signature. Bien sûr, pour tous les deux, la situation aurait été absolument catastrophique : l'un n'aurait plus le tableau et l'autre n'aurait plus le moyen de le payer et tous les deux attendraient l'hypothétique passage d'un parisien qui peut-être, finalement, trouverait que ce tableau, fort joli, certes, est beaucoup trop cher !
En attendant le parisien, que pourrait-il se passer entre les deux et combien au bout du compte chacun aurait-il perdu ?

22/12/2007

Qui peut répondre ?

Afin de combler une lacune, qui peut me dire qui a écrit ce poème que j'ai entendu une fois à la radio mais sans avoir saisi le nom de l'auteur :

 

  "Je voudrais être avec vous
 Comme les deux pieds de Jésus,
 L'un dessous, l'autre dessus,
 Entre les deux un petit clou."

 

Merci ! 

13/12/2007

L'anti-Pascal

L'anti-Pascal

Le pari de Pascal :
"Si Dieu existe et que j'y crois je vais au Paradis, tandis que si je n'y crois pas je vais en Enfer, alors que si Dieu n'existe pas cela ne fait aucune différence d'y croire ou pas puisque dans un cas comme dans l'autre le résultat sera le même." Le pari de Pascal est donc de croire en Dieu pour une simple affaire de "rentabilité".
Mais en fait on ne peut pas choisir de croire ou de ne pas croire. Tout au plus peut on choisir d'accepter de se soumettre à la loi religieuse et se mortifier si l'on ressent en soi des moments d'incroyance ou d'incrédulité. En fait c'est une attitude d'une incroyable hypocrisie qui consiste à "faire comme si", "au cas où"...

L'anti-Pascal dira au contraire :
"Si je crois en Dieu et qu'il n'existe pas cela ne changera rien à mon sort puisque n'existant pas il ne pourra pas influer sur mon devenir après ma mort, tandis que si je ne crois pas en Dieu et qu'il existe malgré tout - ce que je ne saurai qu'après ma mort -, il faut plutôt que je reste fidèle à ma conviction car il y a gros à parier que si Dieu existe et doit nous juger un jour d'après nos actes il préfèrera les hommes intègres à ceux qui n'ont dicté leur conduite que par l'intérêt et le calcul opportun.

10/12/2007

Fable : Le lapin et la mouche

Le lapin et la mouche


Un lapin qui courrait s'enfuyait dans la lande,
Une mouche qui volait lui fit cette demande :
Hé monsieur du Lapin, où cours tu donc si vite ?
Vois, là, dit le lapin, un aigle me regarde,
S'il vient à m'attrapper j'en serai welsh-rabbit
J'aime autant m'échapper et qu'enfin Dieu me garde !

Eh, comment, dit la mouche, tu as donc peur d'un aigle ?
Chaque jour insouciante je fais voler mes ailes
Et je me fiche bien des rapaces qui regardent
Ils doivent bien voir de loin que je suis sur mes gardes
Et que j'ai dans mon sac des tours et des ficelles
Qui comme des talismans me protègent des aigles.

Vraiment dit le lapin, un être aussi petit
Peut être par les dieux bien armé de magie ?
Mouche ma soeur donne moi quelques tours
Qu'aussi je puisse défier les faucons et autours
Grace à la science qu'en toi tu certifies,
Et regagner ce soir le lieux de mes orgies.

La mouche qui plastronnait se gonfla les poumons
Et finit illico dans le bec d'un pinson.
Comme quoi, dit le poète, il ne suffit donc pas
D'être trop méprisé des princes de la Terre
Pour se croire à l'abri de la faim ordinaire,
Et ne jamais courrir le risque d'un trépas.

Encore des plus petits et des moins redoutables
Il faut se protéger quand on se met à table
si l'on veut éviter pour se voir admirer,
D'être comme l'invité qui paye le repas.

29/11/2007

Dors

Dors,

Dors, tu ne verras plus les étoiles de l'univers,
Dors, tu ne verras plus le vent invisible qui fait bouger les feuilles,
Dors, tu ne verras plus les rêves inaccomplis,
Dors, tu ne verras plus ce que tu n'osais regarder
Dors, tu ne verras plus ceux qui te regardent encore
Dors, tu ne verras plus la misère affamée
Dors, tu ne verras plus la souffrance incomprise
Dors, tu disparaîtra à toi-même

27/11/2007

Archéologie

Archélologie



     Il y a un problème qui fait le désespoir de bien des égyptologues : Depuis le début des recherches en égyptologie des dizaines de monuments et de sépultures ont été perdus, quasi définitivement enfouis sous des milliers de tonnes de déblais. En effet, chaque fois que l'on creusait quelque part, la difficulté de transporter tous les matériaux issus des fouilles faisait que l'on se contentait de les déverser quelques mètres plus loin, sans réaliser que l'on était peut-être en train d'ensevelir des merveilles que l'on rendait inaccessibles.

...................................


     Origène avait une méthode de rangement qu'il qualifiait d'à la fois simple et naturelle : le rangement par sédimentation, c'est à dire qu'il se contentait de poser sur une grande table qui lui servait de bureau tous les différents papiers qu'il accumulait dans le cadre de son activité professionnelle. Il y avait aussi bien des factures que des publicités, des commandes de clients ou des lettres personnelles. De manière logique, les plus anciens se trouvaient en dessous et les plus récents dessus.  La seule chose à laquelle il devait prendre garde était de ne rien égarer, mais enfin, il était bien rare dans sa maison aux fenêtres toujours closes qu'un coup de vent emportat quelque papier et quand l'un d'entre eux tombait au sol il essayait de la ramasser avant qu'il ne soit complètement recouvert par la poussière. De temps en temps, c'est à dire à peu près une fois par an, il donnait un grand coup de collier et s'attelait à sa comptabilité. Il commençait par y penser trois mois avant, paniquait pendant le dernier mois et se mettait vraiment au travail quand sa comptable lui téléphonait pour prendre de ses nouvelles.
    Une des causes de son découragement devant les tâches administratives était le sentiment qu'il avait d'être devant un langage inconnu, quasi hiéroglyphique. Mais de temps en temps, il avait besoin d'un papier, soit une facture à payer, soit une déclaration à remplir ou une commande à honorer et se mettait vraiment à la chercher à partir du moment où il recevait des rappels. Alors, s'il se souvenait à peu près de l'endroit où il l'avait posée, il se mettait à fouiller dans son tas de sédiments papelardiers. Il commençait à soulever quelques poignées de papiers en essayant de ne rien déplacer pour ne pas compromettre sa méthode de rangement "naturel". De temps en temps il avait de la chance et trouvait assez facilement le document objet de sa recherche, mais assez souvent il ne trouvait pas. Alors ses fouilles devenaient de plus en plus frénétiques. Il ôtait à gauche et redéposait à droite, fouillait au milieu pour finalement revenir là où il avait déjà regardé et peu à peu, envahi par le stress soulevait des tas de papiers au hasard et les redéposait n'importe où, là où il trouvait de la place. Il ne procédait pas de manière logique et rationnelle car cela l'aurait obligé à TOUT ranger d'un coup, et il n'en avait ni le temps ni le courage. Alors, soulagé, il finissait par saisir l'occasion d'une lettre de rappel pour régler le problème et abandonner sa recherche.
     Et puis, quand la date fatidique de sa clôture d'exercice arrivait il se mettait à la tâche et entreprenait de trier document par document  tout ce tas immense, fruit de l'accumulation de toute une année de correspondance publicitaire et administrative. Le pire est qu'il y arrivait : ce qu'il avait considéré comme un véritable travail pharaonique finissait toujours s'accomplir du moment qu'il était coincé par le calendrier et n'avait plus d'échappatoire. Même, il se sentait bien, libéré d'une espèce de montagne névrotique et envahissante qui l'avait terrifié pendant des mois.
     Alors, quand sa tâche était finie et qu'il avait même réussi à prendre un peu d'avance sur le travail de l'année suivante il se considérait très fier de lui et se disait qu'il avait une méthode personnelle qui s'appelait : "fouilles et sédimentation".

25/11/2007

Le bon roi et le dernier sujet

Un roi était un très grand roi. Il régnait sur un pays immense et sur un grand nombre de sujets. Son pouvoir était absolu, mais c'était un bon roi, juste et généreux. Il savait distribuer à son peuple les revenus de son immense fortune, ce qui fait que ses sujets ne rechignaient jamais à accomplir les tâches et même les corvées que leur roi leur demandait. Ses sujets étaient comme ses enfants et lui était comme un père qui veille avec affection sur sa famille.
Pour son malheur, ce roi n'avait pas de descendant. L'âge était venu sans qu'il s'en aperçoive, tant il était absorbé par son travail quotidien pour le bien de son royaume, et la reine son épouse ne lui avait pas donné d'enfant. C'était une question qui le préoccupait : il avait vu d'autres royaumes verser dans les guerres civiles après la disparition d'un monarque juste et cette question le hantait. Il avait peur que certains, parmi les plus en vue de ses sujets, ne se battent pour le pouvoir qu'il viendrait à laisser vacant au jour de sa mort. Il ne voulait pas faire entrer en disgrace les plus méritants, ni non plus favoriser certains qui n'avaient guère de mérite. Mais il sentait bien que parmi tous ceux de ses sujets qui auraient pu prétendre diriger un jour le royaume il était incapable de faire un choix : chacun avait ses qualités et il n'aurait pas été juste de favoriser l'un plus que l'autre.
Après des années de réflexion il résolu de partager son royaume entre tous ses sujets, de le morceler afin de donner à chacun une part égale. Chacun serait ensuite libre de faire fructifier sa parcelle comme il l'entendait et la félicité pourrait continuer de régner dans l'égalité et la liberté. Par chance, son royaume se trouvait au centre d'une vaste plaine ; la terre était également bonne partout et l'eau y était abondante : si aucune rivière ne coulait à travers le royaume il était par contre facile de creuser des puits peu profonds qui permettaient d'accéder à une eau claire et fraiche. Comme il n'y avait guère d'enjeu sur le choix des parcelles ses géomètres n'eurent aucun mal à en tracer les contours : par facilité chacun s'accomoda de celle qui se trouvait la plus proche de chez lui et tout se passa le mieux du monde.
Pourtant un matin le roi reçu la visite d'un de ses sujets qui lui présenta une étrange requète :
"Majesté, lui dit-il, je voudrais vous remercier pour ce don que vous faites à chacun. Pourtant, moi je n'ai pas l'âme d'un laboureur ni celle d'un éleveur. Je n'ai envie de planter ni des fleurs ni des légumes, je ne cherche pas à élever des vaches, des chevaux ou des moutons ; je n'ai que faire de forêts et n'ai pas l'intention de construire une usine de scierie, de filature, ni même de boucherie".
"Que veux-tu alors ? lui demanda le roi. D'ailleurs, regarde : tu es venu en dernier, tout le monde a été servi ; tout mon royaume est partagé et il ne me reste pas le moindre petit bout de terre à te donner. Pourquoi n'es-tu pas venu en même temps que les autres ?
"Je vous l'ai dit majesté, je n'étais pas intéressé par ce type de parcelle, et je ne voulais pas compliquer le partage. Par contre, à la question de savoir si tout est déjà partagé, je puis facilement offrir à votre majesté une solution qui me conviendrait et qui ne prendrait que peu à chacun.
"Parle dit alors le roi, je t'écoute.
"Je me contenterai, dit le sujet, d'une bande de terre d'un mètre de large prise en façade de chacune des parcelles. Il faudra bien sûr que cette bande de terre soit d'un seul tenant du début à la fin.
"Est-ce que cela ne sera pas un peu gênant pour les autres demanda le roi ? Si chacun veut visiter son voisin il sera obligé de traverser ta terre et risquera de piétiner tes plantations...
"Il n'y aura pas de problème dit le sujet, je laisserai chacun libre de traverser ma terre à sa guise et dans n'importe quel sens, d'ailleurs je ne désire pas faire de plantations.
Cette requète parut un peu étrange au souverain, mais comme il n'y voyait rien qui pouvait troubler l'ordre de son royaume il acquiesça à la proposition et ainsi fut fait.
Ceci fait, le sujet, délimita sa parcelle comme il l'avait dit au roi. Il y déversa des chariots de cailloux et de gravier pour en durcir le sol et le rendre définitivement impropre à la culture. Puis il construisit de loin en loin de petites maisons qui étonnèrent tous ses voisins.
"A quoi te sert-il, lui demandaient-ils, de construire la chambre à un kilomètre de la salle à manger et à un kilomètre encore de ce que je suppose être la cuisine ?
"Vous verrez, vous verrez, leur répondait-il tout en continuant son labeur.
Et pendant ce temps là, chacun s'activait sur sa parcelle pour y faire pousser qui des pommes de terre, qui des navets, qui du blé ou des poulets, mais au bout de quelques temps ils eurent besoin de se reposer et cherchèrent à échanger les produits de leur travail.
"Et toi, qu'as tu fait ? demandèrent-ils au dernier sujet, celui qui avait eu une requète bizarre.
"Moi, dit-il, j'ai fait une route que vous devrez tous emprunter pour vous rendre chez les uns ou chez les autres. Et sur cette route j'ai construit de petites maisons qui seront des magasins où vous pourrez venir vendre vos produits et où chacun pourra venir les acheter. Pour ce service que vous utiliserez en toute liberté vous n'aurez qu'à me verser quelques pièces chaque fois que vous ferez des affaires grâce à moi ; je ne vous demanderai rien d'autre.
Ainsi fut fait, et le vieux roi vit qu'il pouvait mourir en paix car il avait trouvé quelqu'un pour mettre de l'ordre dans son royaume.
Peu à peu le dernier sujet s'enrichi et plus les affaires se développaient plus il s'enrichissait. Il racheta le château du vieux roi et peu à peu, les autres sujets prirent l'habitude de le considérer comme si il avait lui-même toujours été le roi.

10/10/2007

Monsieur Hulot

L'escogriphe aux feux de plancher

Marche d'un pas qu'a dansé 

25/07/2007

Cy Twombly, Rindy Sam

          Un baiser sur fond blanc



     Une toile blanche peinte en blanc... Et ça vaut deux millions de dollars ! On ne sait pas si on doit crier au génie ou à l'usurpation... Génie peut-être, si on considère que quelqu'un l'ayant fait une fois, plus personne ne peut le refaire, exactement comme plus personne ne peut peindre la Joconde depuis que Vinci l'a fait une fois. Klein nous avait déjà fait le coup du bleu, mais jamais il n'aurait osé aller aussi loin ! Génie encore, car pour oser demander deux millions de dollars pour un truc comme ça il faut vraiment être génial ! Créer de la richesse à partir de rien tout le monde en rêve, mais peu de gens sont capables de le faire, même si beaucoup essaient.
     Cela pose tout de même quelques questions :
     Est-ce que les fabricants de feuilles de papier blanc vont devoir verser des droits d'auteur au père de cette oeuvre magistrale, comme n'importe qui qui utiliserait le travail d'un artiste à des fins commerciales ? Ou au contraire Cy Twombly va-t-il être accusé de plagiat ? Car à n'en pas douter il n'est rien d'autre qu'un plagiaire, même si plus personne ne se souvient du nom de l'inventeur de la feuille blanche. C'est un peu comme si un musicien déposait à la SACEM l'invention de la gamme de do... Ou un industriel un brevet pour l'eau chaude ! On ne voit plus très bien où se situe la limite entre le génie, la bétise et l'escroquerie. En tous les cas Cy Twombly se situe carrément beaucoup plus du côté du père Ubu et de la pataphysique que de celui de Léonard de Vinci !
     Rindy Sam fait oeuvre de salut public en allant violer un peu cette "oeuvre", de la même manière que celui qui avait donné un coup de marteau sur une pissotière célèbre. Tous les deux sont le souffle et la respiration de la révolte de l'intelligence. Car après tout, Cy Twombly n'est pas si coupable : pour son oeuvre il méritait un sourire amusé, voire même un peu de sentiment de complicité.
     Mais que des gens soient si bêtes, et aient tellement peur de rater quelque chose qui se passe au niveau de l'intelligence qu'ils soient prêts à débourser deux millions de dollars pour cela, que ces gens prennent des postures de maîtres à penser et veuillent s'imposer comme des parangons de la chose culturelle, au point de crier au viol pour un simple baiser, pour un simple effleurement des lèvres qui plairait à n'importe quelle (véritable) vierge, cela doit nous faire réellement peur. On sait que la bétise cherche toujours à se raprocher du pouvoir, c'est le seul moyen qu'ont les imbéciles pour se rassurer.
     Alors Rindy Sam, je n'ai qu'une chose à te dire : tu as eu tort de faire ce que tu as fait ; car ce n'est pas tes lèvres avec un peu de rouge que tu aurais du poser sur cette toile, mais ton cul, et y laisser un beau paquet de merd(r)e !

14/07/2007

Petit bazar scientifique

Question : qu'est ce qui est le plus lourd, l'eau ou le sable ?

A priori on pense (presque) tout de suite que c'est le sable qui est le plus lourd des deux, et la meilleure preuve en est que dans les mers le sable repose au fond de l'eau alors que s'il était plus léger il flotterait à la surface.

Pourtant ce n'est pas une vérité universelle et il y a des régions du monde où c'est juste le contraire. Ainsi le Sahara par exemple : au Sahara c'est le sable qui est à la surface et il faut même creuser très profond pour trouver l'eau...

11/05/2007

Si je croyais en Dieu...

Si je croyais en Dieu et si je l'aimais comme il m'arrive de vous aimer, vous diriez que je suis un saint.
Si je croyais en Dieu et si je le haïssais, comme il m'arrive de vouloir vous haïr quand je doute de vous, vous diriez que je suis un blasphème.
Si je croyais en Dieu et si je l'oubliais, comme il m'arrive de vouloir vous oublier quand je me sens perdu, vous diriez que j'ai besoin que son doigt se pose sur moi.

29/04/2007

Ici il y a de l'orage

Ici il y a de l'orage

Le ciel résonne,

Le vent tourne les pages

Et caresse ma peau.

Je crois que je serai trempé

Quand tout à l'heure je vais rentrer à pieds.

Mais ça ne fait rien

Je me faufilerai

Entre les gouttes

Et s'il me mouille un peu

Je penserai à toi

Qui m'attendra avec un linge sec

Et me caressera

Comme un enfant mouillé.

08/02/2007

Adore, adora

Je voudrais votre main
Et ne plus la lâcher
Peut-être que demain
J'oserai vous toucher ?

06/02/2007

Si...


Si tu étais l'oiseau volant vers le soleil
Alors je serais l'arbre qui tend ses branches au ciel
Que tu viennes t'y poser

Si tu étais le vent qui emporte les ailes
Je serais cerf-volant au bout d'une ficelle
Que tu viennes m'emmener

Si tu étais la barque qui cherche son destin
Moi je serais la mer, les ports et les marins
Que tu viennes y voguer

Si tu étais la foule immense et colorée
Moi je serais la terre où l'on pose les pieds
Que tu viennes y marcher

Si tu étais l'étoile perdue au fond des cieux
Du cher vieux Gallilée j'emprunterais les yeux
Que j'aille t'y chercher

Comme un sourire..

Comme un sourire qui passe
Au matin de mes rêves
J'ai sur moi qui m'embrasse
Le parfum de tes lèvres

Ah ! Si...

Ah ! Si j'avais osé
Vous prendre dans mes bras,
Sur vos lèvres poser
Un baiser un peu gras,
Vous serrer contre moi
Et ne pas vous lâcher,
Frémir à vos émois
Sans crainte de vous fâcher...

23/01/2007

Une nuit d'Enfer

     Paris.
     Je crois que je dormais profondément. Je dis je crois car je n'ai aucun souvenir sur les instants qui précédèrent mon réveil. Je me souviens seulement du moment où je m'étais couché, la veille au soir, très fatigué par plusieurs jours de voyages, de visites, de rendez-vous et de repas trop longs et trop arrosés, et où, la lumière à peine éteinte, je m'étais laissé sombrer dans une disparition délicieuse, un abandon total et douillet au fond d'un lit chaud au matelas un peu mou, le corps recouvert d'une couette en duvet d'oie, idéalement légère et confortable.
     Je fus réveillé brutalement par le bruit d'un moteur de camion qui ronflait dans la rue au bas de l'immeuble. Le moteur ne se contentait pas de tourner mais le chauffeur en plus donnait de grands coups d'accélérateur pour augmenter le régime du moteur, comme quelqu'un qui en hiver veut faire chauffer sa mécanique avant de démarrer. Cela dura de longues minutes, beaucoup plus qu'il n'était nécessaire à quelqu'un qui se met en route le matin et s'apprête à s'en aller. Au bout d'un moment je senti la colère monter en moi. Je regardai l'heure à mon réveil électrique et vis qu'il était quatre heures du matin. Manifestement ce gars là n'en avait rien à fiche de réveiller toute la rue et d'empêcher des dizaines de personnes de dormir.
     Je me senti pris d'un désir de violence, j'avais envie de lui lancer quelque chose par la fenêtre, n'importe quoi, une bouteille vide ou un objet qui au moins casserait le pare-brise de son véhicule et lui ferait comprendre ce que son comportement pouvait provoquer. Je suis habité de temps en temps par de tels sentiments quand je me sens victime d'une injustice. Heureusement je ne passe jamais à l'acte ; mais cela me permet de me libérer, de ne pas subir de souffrance en étouffant la douleur et au final d'être plus décontracté quand je dois faire face à ce qui me tourmente.
     Je décidai quand même de me lever et d'aller voir par la fenêtre de quoi il retournait. J'ouvris les volets métalliques et, nu comme un ver, je m'engageai sur le balcon en essayant de garder dans la pénombre la partie inférieure de mon corps.
     Ce que je vis fit tomber instantanément ma colère comme une chose inutile qu'on jette sans regrets. Un camion de pompiers était stationné dans la rue et avait déployé sa grande échelle. Tout en haut, un brancard était fixé dans la nacelle et l'opérateur essayait d'atteindre le sixième étage de l'immeuble voisin. C'était une manœuvre difficile, qui demandait beaucoup de patience et de précision, et chaque fois qu'il manipulait son engin le moteur du camion accélérait automatiquement pour fournir un surcroît d'énergie. Voyant qu'il n'y avait rien à faire et commençant à être pris par le froid je retournai me coucher et me mis un oreiller sur la tête pour essayer de me rendormir.



     Normandie.
     J'étais rentré chez moi après mon week-end parisien, comme tous les lundis soir. Ma maison est en fait une maison double. La partie habitation, par devant, que rien ne distingue des maisons voisines si ce n'est qu'elle a des fenêtres à petits carreaux et que sa façade est mangée par une glycine, et la grange, par derrière, qui est constituée d'un seul espace sans mur ni plancher et dans lequel j'ai seulement installé un certain nombre de plates-formes en quinconce auxquelles on accède par tout un jeu d'échelles de meunier, un peu comme dans les dessins de Escher, avec cette seule différence que le haut reste toujours le haut et que le bas ne prend jamais sa place. Où qu'on soit dans la grange on peut embrasser du regard l'ensemble du bâtiment et c'est cette unicité qui justement me plaît. C'est dans cet espace que je range toutes mes collections de tableaux, de dessins, de gravures et de livres rares et précieux, toute l'accumulation provoquée par une vie entière à la recherche de pièces curieuses, de manuscrits uniques et d'objets étonnant.
     Une fois dans le maison je me rendis compte qu'il y avait de la lumière dans la grange. J'en fus étonné car je n'y ai pas installé l'électricité. De jour, elle est éclairée par des lucarnes dans le toit et deux petites fenêtres à hauteur du premier étage et de nuit, je ne m'y rends qu'à l'aide d'une baladeuse. Je ne risquais donc pas d'avoir oublié la lumière et de plus, vivant seul, il n'y avait personne qui put s'y rendre à part moi.
     Saisi d'anxiété je me rendis donc immédiatement dans ce bâtiment afin de constater ce qui se passait.
     Mon frère jumeau était là. Je ne savais pas comment il était entré car il n'avait pas ma clé mais il était là. Il s'était installé un coin avec un lit sur une des plates-formes et avait posé des bougies partout pour donner de la lumière. Il y avait des bougies au sol, des bougies sur les livres et les rayons de bibliothèque, des bougies sur les piles de gravures et de dessins, sur les marches des échelles de meunier et les poutres de la charpente, et toutes ces bougies donnaient une lumière blafarde et chancelante qui vacillait au moindre courant d'air.
     J'en fus horrifié !
     « Tu es fou, lui dis-je ; tu vas mettre le feu ! »
     Pour toute réponse il se contenta d'éclater de rire et de me reprocher une inquiétude maladive et irraisonnée.
     Et justement, pendant qu'il disait cela, une bougie posée sur un tas de gravures se renversa et communiqua sa flamme aux papiers sur lesquels elle était tombée. Je me précipitai dans les escaliers pour tenter d'intervenir et pendant ce temps là mon frère Pascal, qui s'était rendu compte de sa bêtise, essayait aussi d'arrêter le début d'incendie. De ses pieds il piétinait le tas de gravures enflammées, sans aucun égard pour les eaux-fortes tirées sur papier de chine fragile ou les lithographies sur hollande resplendissant. Mais il tentait d'éteindre les flammes et après tout, les désastre étant entamé, autant essayer de sauver ce que l'on pouvait sauver. Mais hélas, en même temps qu'il piétinait et cherchait à écraser les flammes, dans son affolement d'autres bougies s'étaient renversées et des flammèches s'envolaient et allaient communiquer l'incendie aux diverses plates-formes. Ce fut une ruée infernale. Nous courions de feu en feu, armés de couvertures et de bâches, pour tenter d'étouffer ce monstre dévorant. Nous étions aveuglés par la fumée, saisis de quintes de toux abominables, nos poumons nous brûlaient et nos yeux nous piquaient et je ne sais comment, nous réussîmes à nous rendre maîtres de l'incendie.
     Nous restâmes un long moment hébétés, nous attendant sans cesse à voir les flammes reprendre à un endroit ou un autre, mais finalement, le temps passant, nous fûmes heureux de voir que nous avions vaincu et que tout danger était écarté.
     Les dégâts étaient sans doute immenses, des pièces uniques avaient du disparaître ou étaient à jamais endommagées, mais il était bien trop tôt pour faire un bilan et seulement le lendemain, à la lumière du jour, je pourrais me faire une idée du désastre que j'avais subi.                                                                                           Soudain j'entendis un bruit bizarre, comme celui d'une douche qui coule fort, mais très fort, extrêmement fort, et en un instant nous fûmes trempés, inondés :  les pompiers de la nuit précédente étaient arrivés et avaient entrepris de noyer tout ce qui avait échappé aux flammes !    

 

     Quand je me réveillai j'étais encore à Paris, couché dans mon lit des week-ends. Tout allait bien, et d'ailleurs je n'ai pas de frère jumeau.  

12/01/2007

Depuis que j'ai...

Depuis que j'ai...


Vous qui aimez la poésie
Le charme de ses mots qui chantent
l'amour, le désir et la vie
Je vous dirai ce qui me hante
Depuis que j'ai...

Pas un instant sans que j'y pense
Mon esprit entier s'y est mis
A fredonner cette romance
Mon cœur aussi a été pris                                                                                                                             Depuis que j'ai...

Je suis tombé dedans tout cru
Le premier instant m'a saisi
Jamais un désir aussi dru
N'était apparu dans ma vie
Depuis que j'ai...

Je sens que je suis possédé
Mes sens ne m'appartiennent plus
Même ma raison a cédé
Mes sentiments n'en parlons plus
Depuis que j'ai...

Soudain je croyais tout gagné
Le lendemain j'avais perdu
Un jour mon amour était né
En quelques heures c'était foutu
Depuis que j'ai...

Dès la première fois j'avais su
Que mes bras attendaient son corps
Son regard aussi m'avait plu
Et son sourire, ses cheveux d'or
Depuis que j'ai...

Mais très vite elle s'est éloignée
Et sa silhouette a disparu
Quand son regard s'est détourné
J'ai su que je n'existais plus
Et je n'ai plus.

J'ai rêvé...

J'ai rêvé...



J'ai rêvé d'amour fou
J'ai rêvé d'amour tendre
Sans vous je deviens fou
Je ne peux plus attendre
Il me manque ce vous
Dans mes mains qui se tendent
En vous je vous l'avoue
Je voudrais me détendre

Et pour vous dire tout
Sans vouloir me défendre
Oui je suis fou de vous
De vos yeux en amande
Je serais prêt à tout
Vous voir enfin vous rendre
A mes baisers jaloux
Mes caresses en offrande

Si je vous disais tout
Vous sauriez ma demande
Mes pensées et mon goût
Pour votre peau si tendre
Si je vous disais tout
Vous sauriez que je ...                                                                                                                                    Pour vous.

10/01/2007

Baisers mouillés...

Baisers mouillés
Baisers salés
Sable porté par le vent
Qui vient crisser entre les dents
Ventre plat de la plage
Où deux rochers pointus surnagent
Le temps s'écoule entre les doigts
Comme les vacances qui poudroient
Quand reviendra le bel été
Et le vent chaud et ses baisers
La mer qui monte entre nos jambes
Pleines de frissons la peau qui tremble
Baisers mouillés
Baisers salés
Quelques photos j'ai emporté...

04/01/2007

Dans tes yeux

Quand dans tes yeux le désir monte
Que tu dégrafes  mon pantalon
Et que tu regardes sans honte
Mon appendice le plus long

J'apprends que j'ignorais la vie,
les secrets profonds de ton âme,
C'est quand le désir t'envahi
Que je vois ta beauté de femme.

Et si je suis toujours surpris
Par la franchise de tes gestes
C'est que je n'avais pas appris
Que l'amour peut être aussi leste

Mais je t'en prie, continue
Montre moi encore le chemin
De ce désir qui nous met nus
Et qui nous guide par la main

03/01/2007

Un mot...

Un mot passe, porté par le vent... S'offrir à lui pour qu'il se pose, lui offrir ses émotions, ses souvenirs, ses désirs. S'il se plait, d'autres, peut-être, le rejoindront et naîtra alors un poème, un conte ou l'âme de la création.

28/12/2006

Des nouvelles d'Isabelle...


Des nouvelles d'Isabelle





Passionnés depuis que j'ai parlé d'Isabelle
Les poissons de la mer ont voulu des nouvelles

La lune et les étoiles, mon ami le soleil,
Les nuages dans le ciel aussi tendaient l'oreille

Les oiseaux et les fleurs qui m'offraient des poèmes
M'ont dit redonne nous encore une rime en aime

Tout le long de la route les arbres des forêts
Les vaches à l'étable, les lièvres en arrêt

Les églises des villages, leurs cloches qui sonnaient
Les écoles d'enfants sages, celles d'enfants qui riaient

Tous ceux qui me disaient: Elle est douce elle est belle,
Surtout ne l'oublie pas, va chercher des nouvelles

Ne savent pas combien je suis désespéré
Depuis que je n'ai.... plus le droit de l'aimer.

27/12/2006

Cyrano

Quand le sable mouillé par les vagues qui montent
Nous glisse sous les pieds et emporte nos pas
Je te serre contre moi et je te dis les contes
De ces pays radieux que tu ne connais pas

Le vent dans les cheveux, les yeux presque fermés
Tu écoutes en souriant ces histoires ordinaires
De garçons et de filles qui se sont aimés
Dans des îles inconnues bien au delà des mers

Ma main tenant ta main je t'entraîne avec moi
Vers ce pays heureux où je n'aurai que toi.
A genoux à tes pieds et te baisant les mains

Mes rêves enfin prennent vie et un jour très prochain
Roxane qui attend l'amour depuis longtemps
Verra en Cyrano l'ami le plus constant

14/12/2006

Wow wow wow

Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
Je t'attends, tu n'es pas là
Est-ce que tu penses à moi ?

Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
Je t'ai peut-être fait peur
En brûlant d'une telle ardeur ?

Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
Je n'ai plus qu'un écran plat
Qui puisse me parler de toi

Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
Quand est-ce que tu reviendras
Pour te blottir dans mes bras ?

Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
J'ai envie avec des fleurs
De caresser ton bonheur

Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita
Wow wow wow, Carmencita

13/12/2006

L'âne (2)

L'âne à Tommy



L'âne à Tommy
Dépecé, écorché,
Aux viscères qui pendent
Encarminées de sang.
Petits caillots graisseux,
Petites grappes blanches et obscènes
Entre les muscles fins.
Nudité de la chair
Qu'aucune peau ne recouvre,
Violence de la viande
Vivante et debout,
Coeur qui palpite encore
Dressé sur ses sabots,
Bête qui brait
De souffrance affolée,
Suppliante douleur
Des images sanguines
Aux tableaux des écoles
Et des classes enfantines.
Âne qui ne dit mot
N'est âne qu'on écoute

L'âne

L'âne
Amorphe
Ose
L'anamorphose
Ravi
Au lit
Epaté !

07/12/2006

Conte d'hiver


C'était hier. J'étais allé faire un tour à la plage histoire de respirer quelques minutes le vent glacé qui soufflait du nord. Du haut de la dune, de là où s'arrêtait la route, je voyais les rouleaux gris de la marée qui montait et envahissait cette grève mélangée de sables et de vases qui s'étend depuis Saint Jean jusqu'au fond de la baie. Sur le bord de la plage on voyait des traces de chevaux qui étaient venus s'entraîner là plus tôt dans la matinée et que l'on faisait galoper dans le sable mou pour leur fortifier les membres.
J'enfilai une paire de bottes en caoutchouc que je gardais toujours dans le coffre de la voiture et je descendis vers l'eau. J'aime l'eau ; comme il y a des incendiaires qui sont fascinés par le feu, je suis fasciné par l'eau. Je n'ai jamais provoqué d'inondation mais chaque fois que je vois des prés envahis par une rivière je suis en extase devant la beauté du spectacle. Le moindre étang, la vue d'un canal, le cours sinueux d'une rivière sont des images qui me ravissent ; alors la mer, cette étendue vivante, magique et d'une force incommensurable, je pourrais rester des heures à la regarder, à l'écouter, la sentir.
La marée montait rapidement. Les petites vagues frisées d'écume courraient les unes après les autres et cherchaient les moindres creux de ruissellement dans lesquels elles pourraient avancer encore un peu plus vite. Souvent on dit que dans la Baie la marée avance à la vitesse d'un cheval au galop ; ce n'est jamais vrai et c'est sans doute quelque poète à la recherche d'une image forte qui est à l'origine de cette légende que les habitants des villages côtiers se plaisent à répéter pour impressioner les touristes. Néanmoins c'est toujours une vision étonnante que cette masse d'eau qui parait sans limite et se déplace sans cesse avec une régularité d'horloge.
Soudain je vis une forme sombre qui bougeait lentement entre deux eaux à quelques dizaines de mètres de moi. Je pensais tout de suite à un baigneur à cause de la forme allongée et de la masse du corps que j'entrevoyais de loin, mais je réfléchis que ce n'était pas possible en cette saison ; cela devait être une sorte de gros poisson qui s'était aventuré en ces eaux peu profondes. Je suis habitué à voir des phoques dans la Baie, soit lors de mes promenades en bateau, soit directement depuis le rivage quand ils viennent pêcher en certains endroits. On voit en général surgir une tête ronde qui regarde autour d'elle avec un air étonné, inspecte le paysage et se donne le temps de respirer avant une nouvelle plongée. Mais on ne voit jamais le corps des phoques s'ils ne sont pas étendus sur le sable à se reposer. Là, manifestement, ce n'en était pas un ; c'était d'ailleurs un plus gros animal dont la présence était complètement inhabituelle dans la région. L'eau, qui menaçait de passer par dessus mes bottes à chaque vaguelette, m'empêchait d'approcher plus près, mais l'animal lui même venait inexorablement vers le rivage et au bout d'un moment je vis clairement qu'il s'agissait d'une sorte de dauphin.
J'avais souvent vu à la télévision des reportages sur ces cétacés qui, pris d'une sorte de folie ou désorientés par un parasite ou une maladie qui les privait de leur sens de l'orientation, se jetaient sur les plages et allaient ainsi à une mort certaine. Parfois, des volontaires qui se trouvaient là réussissaient, à force de d'entêtement et de persuasion à les faire rebrousser chemin et repartir vers le large. Cela réussisait rarement, mais parfois cela marchait ; il suffisait peut-être de temps en temps d'une intervention extérieure pour que leurs sens reviennent, un peu comme ces très jeunes enfants victimes d'un cauchemard contre lequel les parents ne peuvent rien faire et que la simple venue d'un médecin suffit à appaiser. Je m'avançais vers l'animal afin de tout tenter pour lui venir en aide. Je sentis aussitôt l'eau glacée envahir mes bottes et remonter le long de mon pantalon jusqu'à mi-cuisse.
C'est en février que la mer est la plus froide, qu'elle a perdu lentement toute la chaleur quelle avait emmagasiné pendant la belle saison et qu'elle n'a pas encore vu de belles journées qui lui permettraient de se réchauffer. De surcroît, le vent du nord qui soufflait était glacial et je compris très vite que je ne pourrais pas rester longtemps dans cette position. Je m'approchai du dauphin jusqu'à le toucher et me frottai contre lui afin de lui faire sentir ma présence. Il se tourna sur le côté et je vis un petit oeil étonné qui me regardait. Il n'était pas effrayé et je ne sentais pas non plus en lui d'agressivité. Je le carressai un peu puis, le prenant à bras le corps, j'essayai de le faire changer de direction. L'animal se débattit et m'échappa en un seul coup de queue. Il se rapprochait de plus en plus du rivage. Je revins près de lui et tentai, en faisant obstacle de mon corps, de lui interdire le chemin de la plage. Il était vigoureux et je dû bientôt entamer une lutte au corps à corps pour tenter de le faire changer de direction. Vu le peu de profondeur de l'eau à l'endroit où nous étions son ventre devait certainement toucher le sable ce qui lui ôtait une partie de sa force et m'aidait dans mon travail ; mais la mer était toujours en train de monter et le front où nous menions cette lutte pacifique reculait sans cesse. Je pensai que tant que nous serions à marée montante j'aurais une chance de lui faire rebrousser chemin, mais que dès que le flux s'inverserait il serait beaucoup trop lourd pour que je puisse faire quelque chose s'il arrivait à s'échouer sur la grève. Je n'avais pas non plus le temps d'aller chercher de l'aide : quitter la plage, aller à ma voiture qui se trouvait à près d'un kilomètre et de là au village où il me faudrait encore trouver des gens disponibles et intéressés au sauvetage d'un dauphin, ce n'était même pas la peine d'y songer. Encore en été il y aurait eu des touristes ou des vacanciers qui auraient été heureux de venir me prêter main forte dans cette aventure, mais à cette heure ci, en cette saison, il ne restait au bourg que des personnes agées qui auraient été incapables de la moindre aide quelle que fut leur bonne volonté. J'étais seul, irrémédiablement seul dans cette lutte contre la mort de cet animal obstiné qui s'entêtait à se jeter sur la plage. Je commençais à greloter et à me demander si ce que je faisais n'était pas complètement vain devant la volonté qu'affichait le dauphin. Mais chaque minute était une minute de gagnée et si je réussissais à suffisament l'agacer il finirait peut-être par repartir dans l'autre sens. Soudain je vis avec effroi que la mer avait céssé de monter. Encore quelques instants et elle entamerait son reflux et c'en serait alors fini de ce noble poisson si je n'avais pas réussi à lui faire faire demi-tour. Je redoublai d'efforts pour l'empêcher de s'échouer et le maintenir dans l'eau. C'était un travail exténuant dans cette mer gelée. J'étais maintenant entièrement trempé, j'avais l'impression que mille aiguilles me pénétraient le corps et je commençais à sentir un grand froid intérieur qui me disait clairement que je ne pourrais pas continuer longtemps à rester ainsi dans l'eau. Je sentais venir le vent désolé de la défaite en même temps que mes forces commençaient à m'abandonner.
Soudain j'entendis des claquements secs et répétés qui venaient du large. Je levai la tête et je vis, à quelques dizaines de mètres de là, encore en eau suffisament profonde, un deuxième cétacé qui venait vers moi. Mais celui ci n'avait pas du tout le même comportement calme et résolu. Au contraire, il allait et venait le long de la plage sans s'approcher trop du rivage et lançait des appels affolés en faisant claquer son bec et en poussant de petits cris pointus. Que se passa-t-il alors réellement dans l'esprit de mon dauphin ? Je l'ignore, mais dès ce moment là il marqua une hésitation dans les mouvements qu'ils faisait pour échapper à ma prise. Il était lourd, et je ne réussissais pas véritablement à le tirer du sable pour le refouler vers le large, mais de lui même, en quelques soubressauts, il regagna la mer et rejoignit son congenère qui l'appelait. Je les vis se frotter amoureusement l'un contre l'autre pendant quelques instants puis ils disparurent dans les vagues sans plus se retourner.

27/11/2006

Game...

Quand je fis sa rencontre j'étais polygame

Je lui proposai donc de me faire monogame

"Non", me dit-elle, nous ne jouons pas dans la même gamme.

"Qu'à cela ne tienne, lui dis-je, je serai exogame !

"Trop tard, dit-elle, car je suis game over.

26/11/2006

SAUMUR

C'était un rigolo, il s'était amusé à rajouter un "e" à tous les panneaux à l'entrée de la ville de Saumur. Il a été pris en flagrant délit et déféré devant le tribunal : la note a été salée !

Humer...

Humer un souvenir,

Rappeler une odeur

Faire  renaître un désir,

Un instant de bonheur.

24/11/2006

Quelques vers plus loin...

J'ai tant marché, usé mes pieds, par les chemins
J'ai tant cherché, sans rien trouver, tendu les mains.
Vole mon coeur, envole toi, bien haut, bien haut,
Au fond des cieux, près des étoiles, là haut, là haut.
 
J'ai tant rêvé, tant espéré, comme un destin
Trouver des yeux, qui regardaient, aussi les miens.
Vole mon âme, dans les nuages, y'a des oiseaux
Tu ne seras plus jamais seule et ils sont beaux.
 
J'ai tant brûlé, en feu et flamme, et en baisers
J'ai tant serré, sans regarder, qui j'embrassais.
Vole mon corps, tu t'es usé, à ce festin
Tu ne sais plus, trouver ce qui, te fait du bien.
 
J'ai tant donné, tout coeur et corps, jamais compté,
A tous ceux qui, me souriaient, me désiraient.
Vole ma vie, tu trouveras, l'amour un jour,
Au fond de toi, il te sourit, depuis toujours.

Le soleil se levait...

Le soleil se levait...                                                                                


Au milieu des rochers tout au bout de la plage               
Je l'ai trouvé couché parmi les coquillages                     
Avec le sable blond qui collait à sa peau                         
Tout tremblant de frissons et plein du froid de l'eau.                                           

Le soleil se levait
Et réchauffait sa peau dorée
Le soleil se levait
Éclairait ses cheveux mouillés

Mille soleils brûlants illuminent son corps
Et la lune sensible vient s'y chauffer encore
Quand le matin timide pointe sur l'horizon
Et murmure mon poème en guise d'oraison.

Le soleil se levait
Et réchauffait sa peau dorée
Le soleil se levait
Éclairait ses cheveux mouillés

Tous les bateaux qui passent vers des pays lointains
Laissent un jour une trace en forme de marin
J'ai gardé dans mon cœur et dans mon souvenir
Ce corps couché dans l'eau, ruisselle mon désir.

Le soleil se levait
Et réchauffait sa peau doré
Le soleil se levait
Éclairait ses cheveux mouillés

Papillonnez

Papillonnez

Tu dis souvent que tu m'aimes
Surtout quand je rentre chez moi
Et tu m'écris des poèmes
Qui veulent mettre le feu au bois
Oui mais ne sois pas si pressé
Surtout ne regarde que moi
De tes yeux je ne suis pas lassée
Tu ne connais pas mes émois

Papillonnez papillonnez
Et tournez donc autour des fleurs
Et quand vous voudrez vous poser
Elles vous diront de voir ailleurs

Tu ne vois pas que je t'aime
Car mes yeux regardent trop bas
Mais je ne suis plus la même
Quand je m'imagine dans tes bras
Mais attention à mes amies
Qui ont pour toi des yeux de braise
Elles t'entraînent sous la charmille
Goûter leurs baisers à la fraise

Papillonnez papillonnez
Et tournez donc autour des fleurs
Et quand vous voudrez vous poser
Elles vous diront de voir ailleurs

Tu as des amis généreux
Qui ne sont pas entreprenants
Ils m'offrent tout ce que je veux
Ce sont des garçons prévenants
Mais si tu tournes trop la tête
Pendant que tu es avec moi
Ils verront bien que je m'embête
Et hisseront le grand pavois

Papillonnez papillonnez
Et tournez donc autour des fleurs
Et quand vous voudrez vous poser
Elles vous diront de voir ailleurs

17:00 Publié dans Chansons | Lien permanent | Commentaires (2)

Indice règle de Troie

C'est un jeu à la louche.

Indice règle de Troie

C'est un jeu à la louche.

23/11/2006

Attends...

La belle a dit attends, je reviendrai un jour.
Je lui ai dit vas-y, je t'aimerai toujours,
Et je suis resté là regardant l'horizon
Je humais mes deux doigts qui fleuraient le gazon.

17:45 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (1)

Devinette

Qu'est-ce que se disent les ogres en se mettant à table ?

15:47 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

Devinette (Humour limite)

Pourquoi quand on a très faim vaut-il mieux manger debout ?

L'ami Pierrot...

Elle avait un peu froid, mais ses formes étaient généreuses.

Son corps était rond, sa peau était laiteuse,

Et toute la nuit a dit l'ami Pierrot,

J'ai baisé la lune. 

Les Incas et la roue

On dit que les Incas ne connaissaient pas la roue.

Erreur ! Au contraire ! Les Incas étaient même, et depuis très longtemps, de grands mathématiciens et de grands géomètres. Ils avaient même su résoudre des problèmes sur lesquels tout le monde continue à buter, comme celui, notamment, de la quadrature du cercle. Hélas, il faut bien le dire, des roues carrées pour un char, ce n'est pas terrible ! 

13:40 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (2)

21/11/2006

Néféroé, reine d'Egypte

Du Nil j'ai  bien connu les deux rives sableuses
Celle d'orient, plus tenue, qui s'attache à l'Asie
Et l'autre, toute nue, qui court à l'Atlantide.
 
Et ces flots continus, cette masse boueuse,
Qui au désert immense vient apporter la vie
N'ont jamais sur mon front fait naître une ride,
 
Car dans ce ciel profond, les étoiles nombreuses
Qui haussent l'horizon  et font que les yeux brillent
En moi ont éveillé un appétit avide.
 
Et chère Néféroé, l'histoire voluptueuse
De ce fleuve qui d'Afrique apporte la magie
Me promet, avec vous, d'aller aux pyramides.

21/10/2006

Jeu-concours

La règle de Troie :

Paris x Ménélas   

______________               =     ?

Ulysse

 

Premier prix : Une glace à la vanille avec de la sauce au chocolat et un fruit au sirop    

 

11:55 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (6)

18/10/2006

Comme le vent....

Comme le vent pense aux feuilles des arbres,
Et comme, vague après vague,
La mer pense à la plage,
Je pense à toi.

10:15 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

04/10/2006

Jeux concours - suite

La bonne réponse était : "Les trois mon capitaine"

En effet, les combats de gladiateurs étaient un spectacle de nature guerrière qui nécessitait un entrainement sportif et de combat de premier plan. Il n'y a donc pas de bonne réponse ! Désolé pour notre unique participant, mais de toutes façons ça tombe bien car comme nous avons rompu nos relations artistiques et commerciales avec l'entreprise productrice des "Gouloufs" la remise du prix aurait été problèmatique !

A bientôt peut-être pour un autre jeux-concours,

Et youppie !!!!!!!

 

11:30 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

14/09/2006

Adieu...

Murs clos
Murmures
Broussailles épineuses
Qui protègent et enferment
Fantasme d'un au-dehors
Où on ne serait pas vu
Ni interpellé
Adieu les autres
Je reste dedans

17:10 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Il aimait les inondations...

     Il aimait voir les paysages inondés, les rivières qui débordent, les grandes marées qui sortent de leur réserve.

     Régulièrement, au printemps et à l'automne, il guettait sur les journaux télévisés les images de catastrophes aquatiques, les toits qui dépassent à peine des flots, les voitures emportées par le courant. Il sentait bien que sa fascination était morbide, mais il n'y pouvait rien : il était irrésistiblement attiré par l'eau, il en avait besoin en permanence et n'aurait jamais imaginé vivre ailleurs que près d'un lac ou d'une rivière. Dailleurs la noyade était la seule mort qui ne l'effrayait pas : étant bon nageur il savait qu'il pourrait continuer à se battre jusqu'à la dernière minute, jusqu'à son dernier souffle, et que jusqu'au bout l'espoir et la vie seraient là.

     Quand il pensait à son plaisir il se comparait parfois à un incendiaire tant il sentait que sa fascination pour l'eau était proche de celle qu'on peut ressentir pour le feu. Mais il avait le sentiment sécurisant qu'il ne serait jamais à l'origine d'une de ces catastrophes tant elle dépassaient en force et en volume ce qu'un homme seul peut causer. Alors il se contentait d'attendre l'hiver pour admirer en secret ces endroits que l'eau envahissait régulièrement.

12/09/2006

Jeux-concours

Les gladiateurs étaient-ils :

  

Réponse a :    Des sportifs

Réponse b :    Des guerriers

Réponse c :    Des artistes du spectacle

 

Expliquez votre réponse. Les gagnants auront droit à un goulouf * pour le premier et un mini-goulouf pour le second et le troisième.

 

* (Cadeau mystère ; la réalité des gouloufs sera dévoilée dans un prochain article.) 

14:40 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

Feu...

     Admirable langue française si riche de tiroirs... Feu = défunt depuis peu (Larousse) ;
     Jouer avec le feu est-ce jouer à ne pas se brûler ou jouer avec la mort, stade suprême du risque, la narguer et en rire aux éclats ?
     Mais comme on sait, c'est toujours l'autre qui joue avec le feu ; pour soi-même on ne fait qu'explorer la vie dans ses recoins ultimes, voir jusqu'où on peut aller... Il y a toujours eu des chercheurs de frontière ; qui dans l'antiquité n'a pas rêvé de découvrir le bout du bout du monde et de contempler l'abîme insondable qui s'ouvrait plus loin ? Bien sûr il y a toujours eu les esprits jardiniers, rêveurs du paradis terrestre, qui se contentaient de faire fructifier leur pré-carré ; mais qui peut vraiment goûter le paradis sans avoir jamais connu l'enfer ?

08/09/2006

Désert des galeries d'art....

Et comment ne pas le comprendre ? Quel supplice, quelle torture pour le visiteur aventureux de se sentir observé, examiné, soupesé, évalué, par tous ces tableaux aux yeux mi-clos, pendus le long des murs dans le silence des musées et des galeries et qui ne sont là que dans l'attente d'un visiteur... Comment ne pas entrer sur la pointe des pieds en ayant peur de les déranger ? Les tableaux, c'est eux qui sont chez eux dans les musées, dans les galeries...

07/09/2006

Bananes - 2

Bananes - 2


Les bananes se désabilllent
En excitant la gourmandille
Elles ôtent leur robe jaune et tigrée
Et offrent leur chair tendre et sucrée.
Mais malheur à la bouche lipue
Qui de ce fruit se voit repue
Elles ne sont que vaines promesses
Et le soleil qui les caresse
Et leur donne si belles couleurs
N'est qu'un vilain menteur...
Car il faut bien que je le dise
Ce n'est pas dans les strip-teases
Que l'on va faire son marché
Quand on désire s'amouracher !

16:45 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Début septembre...

     Début septembre, quand les foules bruyantes des touristes sont reparties et que le soleil d'été darde ses derniers feux brûlants, on peut voir le long des routes d'étranges personnages dont les voitures arrêtées signalent la présence.
     N'hésitant pas à braver les morsures des ronces, franchissant les fossés pour gravir les talus, armés parfois d'un micro mais le plus souvent d'un simple panier ou d'un seau en plastique, ils écartent à la main les branches épineuses et tendent l'oreille à la recherche de leur butin.
     Leur butin, ils pourraient le chercher partout et en toute saison ; mais il n'y a que là, à la campagne et au mois  de septembre, quand la nature se détend après le grand vacarme de l'été qu'ils peuvent trouver ces petits fruits fragiles qui s'écrasent entre les doigts trop peu précautionneux et sont cachés par le moindre craquement de branche.
     Ce sont les ramasseurs de murmures...

05/09/2006

S'exposer c'est être regardé

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02/08/2006

Prométhée

Prométhée : est allé voler le feu aux dieux pour l'apporter aux hommes. Pour résumer, c'est lui qui a inventé l'eau chaude, mais comme on sait ça ne lui a pas porté chance... Les dieux maudissent toujours ceux qui veulent améliorer le monde. Vive la nature et la bête sauvage !

12/07/2006

Chère Isabelle, 4

(Suite) 
 
 
4




           « C'est une drôle de fille se dit Pierre sur l'autoroute en pensant à Madeleine. Elle ne parle jamais d'elle même.
          Autant elle posait facilement des questions sur les autres, autant il trouvait qu'elle se découvrait peu. Il aurait aimé en savoir plus, mais lui poser des questions concernant sa vie privée l'aurait amené à dépasser les raisons pour lesquelles il la voyait ; une pudeur qu'il ne savait pas nommer le faisait rester sur sa réserve. Il avait un sentiment de culpabilité qu'il attribuait au respect des convenances et en même temps il avait peur de s'engager dans une voie qu'il n'aurait pas contrôlée et de rester interdit au bord d'un pas qu'il n'oserait pas franchir.
          En sortant de l'agence de publicité qui allait lui faire sa campagne d'affichage il avait pris l'autoroute en direction du nord. Il savait que quand il arriverait il serait déjà tard, mais au moins il serait sur place dès le lendemain pour s'occuper de ses affaires. De nouveau les kilomètres défilaient à toute vitesse. Il ne savait plus vraiment où il allait. Il savait qu'il allait à Belfort, mais il ne savait plus vraiment ce qu'était Belfort. Cela faisait-il encore partie de l'avenir ou déjà du passé ? Quelle que soit la cause de la disparition d'Isabelle il pressentait que les choses ne seraient plus comme avant.
           En repassant à la hauteur d'Orange il ressentit le besoin de retourner à la station service. Quand il fut dans le secteur il écarquilla les yeux en espérant voir quelque chose qu'il n'aurait pas encore vu. Mais tout était désespérément banal, il ne voyait rien qui put constituer un quelconque indice. Il s'attendait à voir surgir à tout moment la silhouette d'Isabelle, n'importe où, aussi bien sur les talus qui bordaient la chaussée, que sur' les parkings des aires de repos. Il se mit à toutes les explorer, même les plus simples et rudimentaires, celles qui n'avaient ni cafétéria ni commodités d'aucune sorte. Mais tout était désert, désespérément vide. Dans la cafétéria elle-même où le drame s'était noué le serveur et la caissière avaient encore changé. Comme c'était ouvert en permanence il y avait plusieurs équipes qui se succédaient. Pierre commanda une assiette de frites avec des saucisses et s'assit à l'endroit même où le premier barman lui avait dit que s'était assise Isabelle. Il aurait voulu pouvoir faire s'écouler le temps à l'envers jusqu'à revenir au moment ou elle avait été assise là. Pierre, qui ne croyait pas en Dieu, aurait aimé croire aux miracles.
          « Ce serait le moment, se dit-il, si Dieu existait, de faire quelque chose pour me le montrer. Je n'aurais plus d'autre choix que de l'accepter.
          Et en même temps il pensait à ceux qui avaient en permanence la certitude de son existence, tandis que lui, où qu'il se tournât, il sentait que le ciel était vide et qu'aucun regard n'était jamais posé sur lui, à part celui, lointain déjà, de sa mère pendant son enfance. Il se moqua de ses propres pensées, se dit que finalement cette éducation religieuse qu'il avait reçue ne le quitterait jamais mais n'aurait jamais non plus la force de le faire croire à ses vérités. Mais comme il connaissait toutes les rhétoriques de la religion il savait qu'un croyant lui aurait dit que c'était justement son manque de foi qui empêchait Dieu de se manifester.
          « Comme c'est faible, pensa-t-il, s'il suffit de ne pas y croire pour que cela ne marche pas.
          Il regarda autour de lui ; il y avait de nombreux touristes de toutes nationalités, des familles d'anglais et de hollandais en train de remonter vers le nord, et aussi des routiers belges qui dînaient avant d'aller se reposer dans leur camion. Ceux là dormiraient quelques heures et reprendraient la route en pleine nuit pour arriver au petit matin à leur lieu de destination. Il se rendit compte que Belfort était très loin de Nice. Même avec sa voiture puissante il n'arriverait pas avant que la soirée fut bien avancée. Ce n'était bien sûr pas la première fois qu'il faisait la route, mais cette fois, contrairement à l'habitude, il n'avait plus le plaisir de voyager, il s'agissait juste d'arriver, le plus vite possible. Le temps de tout mettre en place pour couvrir une absence de plusieurs jours il n'aurait certainement pas la possibilité de retourner dans le Midi dès le lendemain. Heureusement que Madeleine lui avait proposé d'aller chercher les affiches, il pourrait lui téléphoner pour prévoir un plan d'action. La première chose qu'il devrait lui demander serait de lui acheter et mettre de côté un journal où serait paru l'article d'Edmond Costello ; mais en même temps qu'il avait cette idée en tête il s'en voulu : elle y penserait certainement d'elle même et peut-être se vexerait-elle  parce qu'il n'avait pas suffisamment confiance en elle ? L'instant d'après il se dit au contraire que s'il faisait cette demande elle le prendrait comme une marque de l'importance qu'il accordait à son aide. Il ne savait plus trop quoi faire et se sentait un peu perdu. Il se rendit compte qu'il n'avait pas trop l'habitude de s'interroger sur les sentiments des autres et que finalement il était démuni.
          Soudain son téléphone portable sonna. Quand il se connecta il entendit la voix de son fils aîné.
          « Papa ? Dit celui-ci.
          « Bonjour Jean, répondit Pierre. Comment vas-tu ?
          « Ça va bien, dit Jean, ça se passe bien. Dis moi, j'essaie de téléphoner à maman depuis hier et son téléphone n'est jamais branché. Est-ce qu'elle l'a perdu, ou quelque chose comme ça ?
          Pierre s'écarta du bar pour pouvoir parler discrètement, sans être écouté par les gens qui se trouvaient à côté de lui.
          « Il y a un problème avec ta mère, dit-il. Elle a disparu depuis deux jours. Je crois qu'elle a été enlevée.
          Il raconta à son fils  l'embouteillage, les circonstances de la disparition, comment il essayait depuis deux jours de mettre quelque chose en place pour tenter de la retrouver.
          « Que fait la police ? Demanda Jean.
          « C'est la gendarmerie qui enquête, dit Pierre. Ils enquêtent ; c'est difficile d'en savoir plus.
          « Et tu crois que tu vas obtenir des résultas plus facilement qu'eux ? Demanda son fils.
          « Je ne sais pas, ce que je cherche surtout ce sont des témoignages, quelqu'un qui aurait vu quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
          « Nous allons rentrer, dit Jean. Je vais prévenir Richard et nous allons rentrer dès demain.
          « Ça ne va rien donner de plus, dit Pierre, terminez vos vacances, vous aviez prévu de rester encore une semaine. De toutes façons vous ne pourrez rien faire de plus.
          « Nous allons rentrer, dit Jean. Ça ne serait pas possible de rester dans de telles circonstances. Même si nous ne servons pas à grand chose nous pourrons tout de même te donner un coup de main.
          « Soyez prudents, dit Pierre. La route est difficile pour venir de Grèce. Ne roulez pas trop vite et prenez le temps de vous reposer. Ça serait ridicule d'avoir un accident pour gagner quelques heures.
          Mais en disant cela il savait bien que son fils aîné, qui lui ressemblait, serait capable de faire toute le chemin d'une traite pour être revenu le plus tôt possible. Terminant son repas Pierre reprit la route. Il roulait vite pour s'éviter de penser. Trop vite sans doute ; quand devant lui une voiture ne se rangeait pas il la serrait de près en faisant des appels de phares et quand elle se rabattait il la doublait en la frôlant de quelques centimètres. Une certaine griserie liée à un sentiment de puissance montait en lui. Il roula ainsi pendant quelques dizaines de kilomètres, puis il pensa qu'en ces jours de vacances il y avait certainement des radars cachés sur le bord de la route. Il redescendit à une vitesse acceptable mais alors il s'ennuya. Il pensa que les lois ne devraient pas être les mêmes pour tout le monde, et qu'à tout le moins elles étaient mal faites.
          Il finit par arriver chez lui à Belfort. Il n'y avait pas de lettre dans la boite, ce qui était après tout normal, ni de message sur le répondeur. Tout était exactement comme s'il revenait après avoir laissé Isabelle dans la villa de Nice.
          Pierre prit un bain et se coucha. La voiture l'avait fatigué et énervé, mais le bain chaud le décontracta et l'aida à s'endormir.
          Le lendemain matin ce fut la sonnette de la porte d'entrée qui le réveilla. Il était un peu plus de huit heures. Pierre enfila sa robe de chambre et descendit ouvrir. Deux gendarmes se trouvaient devant la porte.
          « Monsieur Meunier ? Demanda l'un d'entre eux.
          « C'est moi, répondit Pierre.
          « Pouvons nous vous voir quelques instants ? Reprit le gendarme.
          « Entrez, dit Pierre, je vous en prie.
          S'effaçant devant eux pour les laisser entrer il referma la porte et les conduisit dans le salon.
          « Si vous voulez me donner une minute, dit-il, je vais aller m'habiller.
          Il remonta dans sa chambre et enfila rapidement les vêtements qu'il portait la veille.
Il repoussa sa toilette à plus tard en maudissant l'heure à laquelle les gendarmes se présentaient. Il n'y avait rien qu'il détestait autant que d'être contrarié dans son rythme le matin. Habituellement sa journée commençait toujours par le petit déjeuner. Il ne s'estimait bon à rien s'il n'avait pas, tout de suite au réveil, un bon demi litre de café au lait et quelques tartines dans l'estomac.
          « Puis-je vous offrir un café ? Demanda-t-il aux gendarmes en redescendant.
          « Si vous en prenez un vous même, répondit celui qui avait déjà parlé et qui paraissait le plus gradé.
          « Bien sûr, dit Pierre. Cela ne vous ennuie pas si je prends mon petit déjeuner en même temps que je vous reçois ? Je n'ai encore rien dans le ventre et c'est une sensation que je déteste.
          En disant cela il oubliait qu'il venait de passer deux jours sans presque rien manger et que cela ne l'avait pas soucié.
          « Je vous en prie, dit le gendarme. Pouvons nous nous installer ici demanda-t-il en désignant la grande table de la salle à manger.
          Sans attendre la réponse de Pierre il y posa sa mallette et en sortit un carnet de cuir noir.
          « Vous venez me voir à propos de ma femme ? Demande Pierre ; avez vous du nouveau ?
          « Pas vraiment, dit le gendarme. En fait nous voulons juste préciser certains éléments de votre déclaration.
          « C'est ce qu'on appelle un complément d'enquête ? Demanda pierre. On m'avait prévenu que vous passeriez certainement.
          « Voyons voir, dit le gendarme, nom, prénom, date de naissance ?
          Pierre le regarda interloqué ;
          « Vous venez chez moi et vous me demandez qui je suis ?
          « C'est la règle, dit le gendarme ; avant toute déposition il faut enregistrer l'identité du déposant.
          « Mais j'ai déjà fait une déposition à la gendarmerie d'Orange, dit Pierre, le jour où je suis allé déclarer la disparition de ma femme !
          « Je ne suis pas au courant, dit le gendarme. Mais là ce n'est pas pareil, vous n'êtes pas entendu comme plaignant, mais comme témoin ; ce sont deux choses différentes. Et sur chaque procès-verbal d'audition doit figurer l'identité du témoin, sinon il pourrait y avoir des confusions.
          « Je ne vois pas très bien ce que je pourrai dire de plus que la première fois, dit Pierre. Pour tout dire, je trouve cela un peu ridicule. Lui revinrent des souvenirs de sa jeunesse où il se braquait à la vue du moindre uniforme et de tout représentant de « l'autorité ».
          Le gendarme eut l'air perplexe.
          « Vous n'êtes pas forcé de témoigner, dit-il ; mais alors vous serez peut-être convoqué à la gendarmerie, et là vous serez obligé de venir.
          « Attendez, dit Pierre, c'est ma femme qu'on a enlevée, ce n'est pas moi qui ait enlevée celle d'un autre !
          « Je ne sais pas, dit le gendarme. D'ailleurs si j'en crois le dossier rien ne dit qu'elle ait été enlevée.
          « Où est-elle alors ? Demanda Pierre.
          « Je ne sais pas dit l'autre ; elle est peut-être partie d'elle même, ou alors... Il peut-y avoir plusieurs explications !
          « Vous ne pensez tout de même pas que...
          En même temps qu'il disait ces mots il se sentit un peu coupable, et surtout ridicule de se sentir coupable.
          « Je ne sais pas, dit le gendarme ; nous devons tenir compte de toutes les possibilités.
          Pierre recommença tout ce qu'il avait déjà déclaré à Orange. En même temps d'autres idées lui venaient : devait-il parler de l'imprimeur de Nice, par exemple et avouer que finalement il ne savait rien de ce que faisait sa femme quand elle était seule à la villa ?
Il hésita un instant.
          « Il y a quelque chose que je n'ai pas pensé à dire quand j'ai signalé sa disparition : tous les ans elle passait une grosse partie de l'été à Nice dans notre villa et je restais à Belfort. Je ne sais pas ce qu'elle pouvait y faire.
          « Vous ne vous êtes jamais inquiété ? Demanda le gendarme.
          « Non ; en fait je pensais que sa vie était exactement la même qu'à Belfort et qu'elle passait ses journées à la plage. C'est d'ailleurs ainsi que nous vivions quand j'y allais, mais je n'y restais jamais plus de quinze jours. Mais ça ne veut rien dire, reprit-il après une pause. Cet arrêt sur l'autoroute était tout à fait imprévu.
          « Bien sûr, dit le gendarme, mais nous savons qu'elle y a rencontré quelqu'un, peut-être le connaissait-elle ?
          « Elle parlait avec quelqu'un, dit Pierre en soulignant le mot. C'est ce qu'a dit le barman de la cafétéria.
          « Oui, mais ils sont sortis ensemble.
          « Ils sont sortis parce que la circulation redémarrait, dit Pierre.
          « C'est vrai, dit le gendarme, mais vous conviendrez avec moi que quels que soient leurs rapports ils n'auraient eu aucune raison de sortir ensemble si la circulation n'avait pas redémarré.
          Il avait une logique imperturbable qui découragea Pierre de toute envie de répondre.
          « C'est  donc pendant ces quelques instants que tout s'est joué, reprit-il. Le tout est de savoir si elle est montée volontairement dans un véhicule ou si elle y a été forcée.
          « Ça je le savais déjà, dit Pierre.
          « Nous n'avons pas beaucoup d'indices, dit le gendarme.
          Pierre lui expliqua qu'un article était sorti le jour même dans le Midi-Libre et qu'il avait prévu une campagne d'affiches pour susciter des témoignages.
          « On ne sait jamais, si quelqu'un l'avait vue dans une voiture ou quelque part...
          Une voiture jaune de la poste s'arrêta devant la maison et un jeune facteur mit un paquet d'enveloppes dans la fente de la porte qui firent un bruit mat en tombant au sol. Pierre se leva d'un bond et alla ramasser le courrier dans le couloir. Il n'y avait rien que des lettres de la banque, des enveloppes publicitaires et une carte postale de Grèce postée par ses enfants huit jours auparavant.
          « Alors ? Demanda le gendarme.
          « Rien, dit Pierre. En fait j'étais revenu du midi car je m'attendais plus ou moins à recevoir une demande de rançon. Au moins cela voudrait dire qu'elle est vivante quelque part.
          Pierre se tut un instant ;
          « Comment avoir une idée de l'importance des recherches qui sont menées ? Demanda-t-il.
          « Pendant que vous étiez dans le midi, dit le gendarme, des fouilles ont été effectuées  autour de la cafétéria d'où elle a disparu. Des fouilles importantes, beaucoup de gens ont été mobilisés. Mais cela s'est fait discrètement, tout au moins vis-à-vis de la presse. Un certain nombre d'objets ont été trouvés. Des vêtements et d'autres objets qui pourraient provenir d'un sac à main. Nous avons systématiquement ramassé tout ce qui pourrait constituer un indice. Il faudrait que vous passiez à la gendarmerie d'Orange pour voir si certaines choses peuvent appartenir à votre femme. Il semble que lors de votre première déclaration vous n'avez pas mentionné les objets qu'elle avait avec elle. J'imagine que c'est un oubli, pourriez-vous essayer de me préciser ce qu'elle avait emmené ?
          Pierre réfléchit quelques instants.
          « Peu de chose, dit-il ; il faisait chaud, elle avait juste ses vêtements et son sac à mains. Elle n'avait pas de manteau, ni rien d'important sur elle. Elle était vêtue d'un pantalon noir et d'un chemisier de la même couleur.  Dans son sac il devait y avoir peu de choses. Elle ne fume pas, donc pas de briquet ni de cigarettes, une petite trousse de maquillage peut-être, mais je ne saurais même pas vous la décrire. Un vaporisateur de parfum sans doute, je lui offrais régulièrement des recharges de « Poison ». Si, quand même, son agenda ; Elle avait un agenda « Hermès » de cuir fauve à recharges interchangeables.  A l'intérieur il y a une étiquette dorée avec son nom et son adresse. Et puis ses bijoux ;  elle porte toujours beaucoup de bijoux.
          « Des bijoux de valeur ? Demanda le gendarme.  Avaient-ils suffisamment de valeur pour tenter un maraudeur ?
          « Ce sont des bijoux en or, dit Pierre. Mais vous savez, au prix de l'or il faudrait en porter au moins un kilo pour que cela devienne intéressant.
          « Certaines personnes sont incapables de faire ce genre de calculs, dit le gendarme. Ils sont comme des pies, il suffit que ça brille pour que ça les attire.
          « C'est possible, dit Pierre ; elle avait une chaîne en or avec quelques médailles, et puis des bracelets, plusieurs bracelets et ses bagues.
          « Ce n'est pas absolument probant dit le gendarme, mais nous pouvons en tenir compte.
          « J'ai quelqu'un à voir à Nice, reprit Pierre ; c'est l'imprimeur à qui j'ai commandé des affiches. En voyant une photo de ma femme il a eu l'impression de la connaître.
          « Ça peut être un début de piste, dit l'autre. Voulez vous me donner son adresse ? Il ne faut rien négliger.
          Le gendarme d'Orange lui avait déjà dit la même chose. Ils avaient l'air sérieux et consciencieux, mais Pierre aurait voulu être certain de leur efficacité.     
          Quand les gendarmes furent partis Pierre se rendit à l'usine. Solange était dans son bureau et elle le regarda entrer avec un air un peu étonné.
          « Ah ! Monsieur Meunier, dit elle, je ne pensais pas que vous rentreriez si tôt. Après votre coup de téléphone de l'autre jour j'ai cru que vous alliez prendre une semaine de vacances avec votre femme !
          Pierre referma soigneusement la porte derrière lui afin d'isoler le bureau de la réception.
          « Solange, j'ai quelque chose de grave à vous dire, commença-t-il. Ma femme a disparu depuis samedi ; je crois qu'elle a été enlevée. C'est pour cela que je ne suis pas rentré plus tôt et je vais d'ailleurs repartir.
          Solange se mordit les lèvres ;
          « Excusez moi, dit-elle ; j'ai dit une bêtise.
          « Ce n'est rien, dit Pierre, vous ne pouviez pas savoir. Je compte sur vous pour mettre au courant les membres du personnel et vous occuper des affaires courantes pendant quelques jours, comme si j'étais en vacances. Il va sûrement y avoir des tas de gens qui vont téléphoner pour me présenter leurs condoléances. Contentez vous de noter leurs noms  et ne leur communiquez pas mon numéro de portable. Je vous demanderai aussi, si vous le voulez bien, de passer chez moi relever mon courrier. Si vous voyez une lettre qui paraît présenter un intérêt particulier vous me la lirez. Ne vous occupez pas de tout ce qui est officiel, ni des factures etc...
          Pendant qu'il parlait Solange se triturait les doigts avec nervosité. Pierre se demanda si elle serait à la hauteur de la situation ou si son émotivité l'empêcherait de garder le calme et le détachement nécessaire.
          « Pensez vous que cela va aller ? Demanda-t-il.
          « Oui monsieur, répondit sa secrétaire, mais ça fait un tel choc d'apprendre ça comme ça !
          « Je vais repartir dans le midi, dit Pierre ; c'est de là-bas que nous organisons les recherches. Mes enfants sont prévenus et doivent rentrer de Grèce sous peu ; s'ils téléphonent ici dites leur de m'appeler sur mon mobile, mais ils le feront certainement d'eux même. Et si vous avez un problème d'ordre professionnel n'hésitez pas à me téléphoner vous aussi.
          Solange était une femme blonde et corpulente d'une cinquantaine d'années, au visage souriant et qui avait travaillé toute sa vie à la So.Fo.Bel ; elle y était entrée toute jeune dactylo et à force de dévouement professionnel avait gagné la confiance des différents patrons qui s'y étaient succédés. Elle connaissait tous les rouages de la société, tous ses secrets, et si elle n'avait peut-être pas la carrure suffisante à la direction d'une usine elle était l'élément indispensable sur lequel chacun pouvait se reposer. Son mari, qui était employé aux ateliers, était mort d'un accident du travail quelques années auparavant et, loin d'en vouloir à l'entreprise, elle s'était complètement investie dans sa tâche au point de s'identifier à la société pour beaucoup de ses clients ou de ses fournisseurs.  Quand Pierre avait pris la direction de la So.Fo.Bel il y a quelques années celle-ci battait quelque peu de l'aile. Plusieurs directeurs s'étaient succédés  que ce fut pour des raisons de santé ou d'incapacité notoire. Pierre s'était tout de suite senti en confiance avec elle et sous sa houlette la fonderie était repartie sur des bases plus saines après une restructuration drastique.
          « Il se peut, reprit Pierre, que les gendarmes viennent ici pour poser quelques questions ; c'est normal dans le cadre de l'enquête, faites tout pour leur faciliter les choses.
          « Les gendarmes ? S'étonna Solange, mais que pourraient ils apprendre ici, madame Meunier n'y vient jamais !
          « Je le sais, dit Pierre, vous le savez, mais eux veulent apprendre tout ce qu'ils ne savent pas.
          Il y eut un silence pendant lequel Pierre eut l'impression que Solange hésitait à lui dire quelque chose. Il la regarda en haussant les sourcils et l'invita à continuer.
          « C'est qu'il va y avoir un problème, dit sa secrétaire. Cela tombe mal mais je crois que les ouvriers veulent se mettre en grève. Ils disent que maintenant que la santé de l'entreprise est rétablie il est normal qu'ils soient augmentés.
          « Dites leur que je considère que cela peut se justifier mais que nous pourrons en parler quand cette histoire sera réglée. J'espère qu'ils vont comprendre que ce n'est pas le moment.
          Pierre réfléchit un instant.
          « Sentiez vous venir cela depuis longtemps ? Demanda-t-il ;     
          « Un petit moment, répondit Solange ; mais vous savez, ce sont toujours les mêmes râleurs qui font du bruit, qui font des réflexions. Mais maintenant ils parlent de faire une réunion pour évoquer le problème du salaire.
          « Faites leur savoir que ma femme a été enlevée avant qu'ils n'aient fixé la date de leur réunion, lui dit Pierre.     
          Il sentit des envies de colère monter en lui. Patiemment, méthodiquement, il avait complètement transformé la vieille entreprise belfortine jusqu'à lui redonner une santé nouvelle et maintenant il avait l'impression que certains voulaient détruire le travail qu'il avait réalisé. Bien qu'il n'en fut que le directeur il avait un peu le sentiment que la fonderie lui appartenait, qu'elle était sa « chose », sa création, et que lui seul avait le droit d'y apporter le moindre changement.
          «  Ecoutez, dit-il à Solange, je ne sais pas trop où j'en suis pour le moment et je ne sens pas d'attaque pour régler ces deux problèmes en même temps. J'espère qu'ils vont le comprendre et qu'ils ne vont pas essayer d'en profiter.
          En disant cela il pensait à quelques teigneux qui étaient là depuis de nombreuses années.
          «  Tenez moi au courant Solange, dès qu'il se passe quelque chose, je vous en remercie.
          Il remit son pardessus et quitta l'entreprise.

 

 

                                                                      ( A suivre )
 

Mourrir

Mourrir



Chaque jour mourrir un peu,
Lentement s'approcher
Du jour où bien trop vieux
La vie veut nous quitter

Voir s'enfuir un à un
Les plaisirs, les espoirs
Les rires du quotidien
Et entrer dans le noir

N'avoir que les regrets
Des gestes et des sourires
Oubliés ou jetés
Regrets et souvenirs

S'accrocher et se battre
Endurer les leçons
Et essuyer les plâtres
Puis se dire : A quoi bon...

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10/07/2006

Petite Fée

Petit lutin caché sous les feuilles d'érable

Plume au vent, habit vert qui jamais ne se fane

Petite fée Clochette lumineuse et diaphane

Prends bien garde à l'enfant qui t'invite à sa table

 

Te lutiner dis tu ? Mais comment pourrait il ?

Ses jeux aventureux, ses regards caressants

N'ont qu'une volonté, un désir innocent,

Poser ses yeux sur toi, jouir de ton doux babil

 

Il est comme un insecte qui vole de fleur en fleur

A toi de l'attraper si tu veux le garder

Ou ferme ta corolle si tu veux l'éviter

 

Il viendra butiner ton nectar sans pudeur

Petite fée Clochette qui lui chauffe le sang

Cet insecte, ce faune, a pour nom Peter Pan

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01/07/2006

A Point

Comme un oiseau cuit cuit

Qui vole à tire d'aile

Et tombe tout roti

Au fond de la Gamelle

 

Je m'offre en festin

Aux lèvres parfumées

Dont l'ultime destin

Est de me déguster

 

Une viande cuite à point

A cessé de saigner

Et ce très simple soin

N'est pas à dédaigner

 

Manger, être mangé

Il faut combler sa faim

Un bonheur partagé

Donne à chacun sa fin

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24/06/2006

Parler d'amour

        Parler d'amour, source de tous les quiproquos.


          "Elle cru qu'il la dragait, il cru qu'elle le dragait, ils dirent oui tous les deux. L'affaire semblait bien partie, il s'intallèrent avec paresse et volupté dans cette histoire d'amour qui avait l'air d'aller de soi. Ils communiquaient par courrier, par téléphone et par Internet. Ils se livrèrent à des jeux troubles, à des échanges d'affection virtuels. Il lui dit, pour bien marquer l'affection et le désir qu'il éprouvait à son égard, des mots comme : "Je te serre contre moi", "Je t'embrasse très fort". Elle se laissait aller à cette sensation d'être prise dans les bras d'un homme, à ce besoin qu'elle avait qu'un homme la prit contre lui. Il s'enhardit un peu. Il lui dit des mots plus sensuels comme "Je te caresse, je glisse ma main dans ta culotte". Elle frémissait encore, elle frémissait un peu plus. "Mon sexe est chaud", lui dit-elle, "j'ai envie de toi". Leurs jeux érotiques ne connurent plus de retenue. Ils se rencontraient tous les jours sur Internet ou par téléphone et ils se disaient ce qu'ils se feraient le jour où ils se rencontreraient vraiment. Il l'invita à venir le voir. Il lui dit : si tu ne viens pas c'est moi qui irait te voir. C'est finalement elle qui prit le train. Ils habitaient dans des régions éloignées et ils se rencontrèrent à Paris, à l'hôtel. Au stade ultérieur ils en vinrent à se toucher, à se caresser et à vouloir s'échanger du plaisir. Ils remarquèrent l'un et l'autre quelque chose qui avait l'air d'être magique : le fait de dire des mots donnait une corporalité aux désirs. En d'autres termes, quand il lui disait "je t'aime" il se mettait à bander et quand elle entendait ces mots elle se mettait à jouir. Ils crurent qu'ils parlaient d'amour et qu'ils parlaient tous les deux le même langage. Ils se laissèrent aller dans cette confusion où l'esprit se mélangeait à la sensualité. Pour ajouter au trouble ils se rendirent compte que sur certains sujets ils avaient la même opinion. Ou plutôt que lui avait la même opinion que son mari à elle. Car déjà elle était mariée. Elle était entrée dans cette relation sans se demander ce qu'il adviendrait de sa relation avec son mari. Lui ne s'était pas posé de questions. Il l'avait prise comme elle était venue car il n'avait pas de doute sur sa propre liberté. Mais les mots n'avaient pas la même valeur pour les deux. Pour lui la vérité était quelque chose d'instantané. "Je t'aime" voulait dire "en ce moment je t'aime". Pour elle ce n'était pas comme cela. Pour elle la vérité se confondait avec l'éternité. Il vivait dans les valeurs relatives d'un monde toujours en mouvement alors qu'elle avait besoin d'absolu. Elle vivait dans l'espoir d'un monde à construire qui atteindrait un jour l'équilibre et la stabilité tandis que lui vivait avec la perception d'un univers fragile, toujours prêt à s'effondrer et à laisser la place à autre chose. Ils avaient la même opinion sur cetains sujets, mais pas sur tous les sujets. Et quand lui considérait ce qui peu à peu s'insinuait entre eux pour les séparer, elle n'avait les yeux fixés que sur ce qui les réunissait.         

Elle était fragile. Quand il la prenait dans ses bras et la serrait très fort, comme il avait envie de serrer une femme, elle lui disait qu'il lui faisait mal. La pointe de ses seins était très sensible et elle supportait à peine qu'il y touchât. Elle avait besoin d'être caressée avec délicatesse, doucement, qu'on fit monter le plaisir en elle avec attention et patience. Lui avait besoin d'être submergé par des vagues de sensualités, il avait besoin de pousser des cris de plaisir et d'entendre sa partenaire jouir de même. Pour lui plaire il acceptait de l'attendre mais peu à peu il commença à s'ennuyer. Sentant cet ennui elle prit de plus en plus de précautions pour ne pas le heurter. Mais ces précautions même l'ennuyaient : malgré la délicatesse de ces attentions - dont il était conscient - il avait de plus en plus l'impression d'être protégé et c'est une sensation qu'il détestait. Il n'aimait pas ce qu'il était et avait besoin de se sentir en mouvement, en transformation. Pour cette raison il aimait se mettre en danger et être déstabilisé. Ce n'était pas du masochisme mais simplement le seul moyen qu'il connaissait pour repousser ses limites, pour tendre vers une image de lui plus en accord avec son idéal.         

Bien sûr cette relation ne pouvait pas durer mais il savait qu'elle allait souffrir. Alors il se mit à temporiser et fit semblant de parler d'amour..

22/06/2006

Théorie du point

         Il y a quelques années je fus attiré par le titre d'un livre en devanture d'une librairie. C'était un ouvrage de Pillipe Sollers qui s'intitulait : "Théorie des exceptions". Le titre était accrocheur et le piège fonctionna : je pensais que Sollers s'était lancé dans une démonstration de la psychologie des profondeurs propre aux génies et, mu sans doute par l'espoir que je reconnaitrais dans cette théorie des éléments de preuve  à même de confirmer mon idée que j'étais un être exceptionnel, j'achetai le livre immédiatement.
          Grande fut ma déception : l'ouvrage n'était en rien la brillante démonstration intellectuelle à laquelle je m'attendais, mais au contraire un simple recueil d'essais biographiques ne dépassant pas quelques pages. C'était en fait la compilation d'articles que Sollers avait publié dans la presse au cours des années précédentes. Cela n'avait rien de nouveau, c'était juste un moyen qu'avaient trouvé l'auteur et l'éditeur pour faire rentrer un peu de picaillons.
          Soudain le titre s'éclaira dans mon esprit : une théorie, du grec theôria / procession, n'est rien d'autre qu'une suite d'objets posés les uns à la suite des autres comme des bibelots sur une étagère. Ils n'ont pas besoin d'avoir un rapport de rationalité, de filiation, ni même de sémantique. Le plus souvent on cherche à donner un sens à la succession de ces objets, mais ce n'est aucunement nécessaire. La preuve ? Devant une démonstration intellectuelle que l'on juge fallacieuse la réplique obligée et systématique est de dire : "Ce n'est qu'une théorie".
          Donc une "Théorie du point" ne sera pas forcément une tentative de demonstration des forces qui structurent cet objet hypothétique ; cela aurait sans doute sur nos esprit la même force de gravité que celle qui pourrait nous faire sombrer au sein d'un trou noir. Par contre nous pourrons nous intéresser à tout ce qui tourne autour, comme les étoiles dans une galaxie, comme le café dans un bol, à tout ce qui s'y rapporte. Et là, le point, figure immatérielle par excellence mais dont notre univers ne saurait se passer, prendra l'ampleur qu'il mérite et nous découvirons à quel "point" il nous est nécessaire.

21/06/2006

L'arbre qui cachait la forêt

          Je connaissais l'arbre qui cache la forêt, mais la fille cachée sous un point je n'en avais jamais entendu parler. Et pourtant elle m'avait dit : "Tu me trouveras sous le point". Je n'avais pas compris tout de suite mais je m'étais dit : "On verra bien". Et je suis parti comme ça, à l'aventure, à la recherche de cette fille. Et pourtant, j'ai eu de la chance ; son point elle aurait pu le faire à l'encre invisible ! Alors c'était foutu, je l'aurais jamais retrouvée !         

          Une fille cachée sous un point, vous imaginez ? Même pas besoin d'encre invisible pour passer à côté sans le voir ! Un point géométrique, c'est une figure toute théorique, ça n'a quasiment pas d'existence ! Pour le voir, il faut déjà que ce soit une surface ! Et encore, une surface, il ne faut pas la regarder de profil ! Alors un point ! Vous imaginez une fille plus timide que celle qui va se cacher sous un point ?         

          Une fois sur place, j'ai bien regardé, et bien sûr, le point, j'ai failli passer à côté ! Mais je l'ai quand même trouvé : il était là, il me crevait les yeux ! Alors je l'ai bien observé, j'ai tourné autour, et j'ai fini par le soulever. Vous savez quoi ? Elle y était ! Incroyable : j'ai soulevé le point et elle était dessous !

16/05/2006

Etymologie des points cardinaux

Etymologie des points cardinaux



Orient :  "Là où le soleil se lève". Origine du jour, des choses etc.

Occident : "Là où le soleil se couche". Fin du jour, fin des choses, là où le soleil et le jour sont occis.

Septentrion : "Pays de la septième heure" (indifférement du matin ou du soir), pays où le jour n'est jamais franc et la chaleur jamais très forte et où, même en été, le soleil ne monte pas bien haut, pas plus haut que la hauteur de la septième heure.

Midi : le mot méridion n'existe pas, nous n'avons que méridien ou méridienne, voire méridionnal. Un méridien est la ligne imaginaire sur la quelle il est partout midi en même temps et une méridienne est une chaise longue que l'on utilise pour la sieste dans les pays chauds. Donc, le Midi est le pays où, comme son nom l'indique le soleil étant toujours au plus haut, il est recommandé de faire la sieste en milieu de journée.

26/04/2006

Beauté

Dorian Gray possède un tableau : c'est un portrait de lui même qui a la particularité de vieillir à sa place. C'est pour le jeune homme un gage quasi certain d'immortalité. Mais nous connaissons de beaux vieillards ; certaines personnes se bonifient avec l'âge et on est admiratif devant la sagesse et la bonté qu'on peut lire sur certains visages agés. Ce n'est pas le cas du portrait de Dorian Gray : au fur et à mesure qu'il vieillit il s'enlaidit aussi de toutes les turpitudes dont est prodigue le jeune impuni. Et à la fin de l'oeuvre, ce qui tue Dorian Gray, c'est surtout la vision de la laideur accumulée, de la laideur chargée de haine et de méchanceté. En un autre langage on dirait "c'est le retour du refoulé".

Et toi...

Quand tes fesses pendront
Et tes seins tomberont
La beauté de ton corps
Ne sera qu'un remord.
On verra que ton âme
Est comme la chair infâme
De ces boeufs accrochés
A ces crocs de boucher.

Quand la beauté du diable
Est celle de la jeunesse,
Un mal irrémédiable
Envahi la vieillesse.
Lors, l'âme est corrompue,
Noire et bouffie de haine
Et pour s'être vendue
Elle en est moins sereine.

Et j'ai pitié de toi
Qui vieilliras un jour
Qui connaitra la loi
Des propos sans amour
Les sourires de dédain
Le mépris, les regards
Des plus jeunes putains
Qui riront de ton fard

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03/12/2005

Plus forts que Dali...

Petite réflexion qui me vient en passant à force d'entendre des politiques et des moralistes de tout poil nous dessiner leurs projets de société. Tous autant qu'ils sont ils passent leur temps à essayer de concevoir des projets de société plus juste, plus raisonnable etc. ; Ils sont comme des architectes et construisent sans cesse la maison de leurs rêve : un bel édifice bien carré, bien solide, bien ordonné et tels des prophètes modernes ils vont par les chemins médiatiques annoncer la nouvelle et jeter l'anathème sur les pêcheurs qui empêchent ce bel édifice social d'exprimer toute sa nature merveilleuse.

Hélas, il y a un détail que ces architectes négligent et qui voue à perte leurs projets sans même que des forces obscures aient besoin de s'en mêler : c'est que l'être humain est le plus mauvais matériaux de construction qui soit : il a la même solidité et la même force de résistance que le polystirène avec en plus la consistance du caoutchouc ; il est friable, peu fiable, léger, prêt à se dérober à la moindre contrainte ! Essayez donc de construire des gratte-ciels avec des parpaings en caoutchouc !

On peut toujours essayer de changer l'homme (pardon les femmes, "l'être humain", vous êtes dans le coup aussi !) et installer des mesures coercitives pour rééduquer les déviants (goulags, prisons, hopitaux psychiatriques, peine de mort, etc.). Pas terrible ; en tous cas ça donne pas franchement envie... Enfin, question de goût ; moi les sociétés sacrificielles ne m'attirent pas trop. Je sais bien que certaines personnes ne sont pas du même avis, mais c'est juste parce qu'ils n'ont jamais pensé qu'ils pouvaient se trouver du mauvais côté du couteau...

Alors il faudrait peut-être que nos maîtres à penser réussissent à prendre exemple sur Salvador Dali : Lui peignait des montres molles pour essayer d'intégrer la relativité du temps, eux devraient essayer de se lancer dans l'architecture du matériaux mou et friable. Ca les occuperait et nous laisserait un peu de tranquilité, et à force il finirait peut-être par en sortir quelque chose...

16/08/2005

Thérèse

Thérèse...




Depuis le temps qu'elle nous parlait
De ses régimes, de ses bourrelets,
De ses cent kilos superflus
C'est vrai qu'on n'y croyait plus !

La cellulite qui tend la soie,
La graisse qui roule sous les doigts,
Une silhouette de fille obèse
C'est ainsi qu'on voyait Thérèse !

Oui, mais depuis tout a changé,
Dans sa vie l'amour s'est glissé
Le petit ange Cupidon
A fait voler ses édredons !

Elle a perdu son air revêche
Car elle vit d'amour et d'eau fraîche
Et quand on parle de Thérèse
C'est celle qui rit quand on la pèse !

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14/07/2005

Chère Isabelle, 3

(Suite)

3





Quand le lundi il se réveilla la première chose qu'il fit fut de téléphoner à la gendarmerie. Le gendarme qui lui répondit fut précisément celui qui avait enregistré sa déclaration le jour de la disparition d'Isabelle. Il n'y avait rien de nouveau, l'enquête était en cours et l'on n'avait toujours pas de trace de son épouse.
« Cependant, dit le gendarme, si l'on en croit une employée de service qui était en train de nettoyer les carreaux à ce moment là, il semblerait que votre femme et l'homme avec qui on l'a vue soient sortis ensemble, mais cela ne prouve rien pour la suite : elle aurait très bien pu être forcée à monter dans un véhicule de même qu'ils ont aussi bien pu se séparer. L'homme était de grande taille aux cheveux châtains clairs, ce n'est pas une description très précise bien sûr, mais est-ce que ça vous dit quelque chose ?
« A priori non, répondit Pierre. C'est une description qui pourrait bien correspondre à n'importe qui.
« Je vous l'accorde, dit le gendarme.
« Avez vous pu la localiser grâce à son téléphone portable ? Demanda Pierre.
« Il semble qu'il ne soit jamais branché, répondit l'autre, mais cela ne veut rien dire, car quelqu'un qui voudrait brouiller les pistes ne ferait pas autrement.
« J'ai pensé, dit Pierre, faire poser partout des affiches avec sa photo pour lancer un appel à témoin.
« Si vous voulez, répondit le gendarme. Ne vous attendez cependant pas à trop de résultats de ce côté là, cela a rarement du succès, surtout si c'est bien un enlèvement comme vous le pensez. De plus vous risquez d'avoir affaire à un tas de fausses pistes ; beaucoup de gens s'adresseront à vous qui auront cru voir quelqu'un qui lui ressemble, ou vous contacteront pour des raisons tout à fait personnelles ; vous aurez des voyants qui prétendront pouvoir vous aider grâce à leur pendule ou leur boule de cristal et des tas de choses de cet ordre.
« J'ai entendu dire, dit Pierre, que la police utilisait parfois des voyants dans ce genre d'affaires.
« N'en croyez rien, dit le gendarme. La réalité c'est que notre fonction nous oblige à enregistrer et à vérifier tous les témoignages, quels qu'ils soient. Alors quand un mage ou un astrologue ou je ne sais quoi nous appelle pour nous dire qu'il a localisé un endroit ou un otage par exemple pouvait être détenu, nous sommes obligés d'aller voir. Nous y sommes d'autant plus obligés qu'il y a dans ce pays une quantité impressionnante de gens qui croient à ce genre de choses et qui, si nous n'allions pas vérifier nous le reprocheraient. Sachez tout de même que si jamais il s'avérait qu'elle est partie volontairement et qu'elle persiste à ne pas vouloir vous donner son adresse nous n'aurions pas le droit de vous la donner.
« Je suis son mari, tout de même, dit Pierre.
« Bien sûr, mais cela n'y change rien ! Mais vous avez peut-être raison, elle peut fort bien avoir être retenue quelque part contre son gré. De toutes façons les recherches continuent, ce qu'il y a c'est que si c'est le cas, tant que les ravisseurs ne nous ont pas contactés, nous n'avons aucune piste. Nous avons fait des recherches discrètes autour de la station service où elle a disparu, mais elles n'ont rien donné pour le moment. Nous pouvons lancer un plan plus large, mais il est fort probable qu'elle soit montée dans un véhicule qui l'ait emmenée à plusieurs dizaines voire plus de cent kilomètres. Dans ces conditions il ne servira à rien de passer le terrain au peigne fin sur quelques kilomètres carrés. Nous devrons compter sur la chance.
« Vous allez le faire tout de même ? Demanda Pierre.
« Bien sûr, dit le gendarme.
« Je ne suis sûr de rien, dit Pierre, mais je ne vois pas pourquoi elle serait partie aussi subitement et dans de telles circonstances alors qu'il ne s'était rien passé de particulier entre nous.
« Êtes vous rentré chez vous à Belfort ou êtes vous allé dans le midi ? Demanda le gendarme.
« Pour le moment je suis à Nice, répondit Pierre ; j'ai pensé que vu les circonstances, comme nous nous dirigions vers le sud quelques soit les conditions de sa disparition il y avait plus de chances de la trouver là que vers le nord.
« C'est vrai, dit le gendarme, mais ce n'est pas certain. De toutes façons si vous recevez un message il y a de fortes chances que ce soit à Belfort, alors vous devriez vous arranger pour être là au moment où il arrivera.
« C'est ce que j'avais prévu de faire, dit Pierre ; j'avais prévu de rentrer ce soir pour être là-bas demain matin.
Pierre raccrocha le téléphone et chercha sur l'annuaire l'adresse d'un imprimeur. Il y en avait toute une liste parmi laquelle il était incapable de faire un choix, mais finalement il en repéra un qui officiait dans le quartier même où se trouvait la villa et Pierre se dit qu'il devait bien en valoir un autre.
L'imprimerie était un vaste hangar qui s'ouvrait derrière une double porte de fer peinte au minium à l'intérieur de laquelle il y en avait une autre plus petite. Il y avait une grosse machine noire à l'arrêt et plusieurs autres, de taille plus modeste, qui avaient l'air plus récentes. La grosse machine était couverte de poussière, mais les petites avaient l'air de servir plus souvent. Des piles de papier sur des palettes étaient rangées le long d'un mur et un homme vêtu d'une blouse bleue s'affairait devant l'écran d'un ordinateur. C'était un homme d'une bonne cinquantaine d'années aux cheveux grisonnants et qui affichait un certain embonpoint. Il ressemblait à un acteur de télévision dont Pierre avait oublié le nom mais qu'il trouvait assez sympathique et qu'il avait plaisir à revoir quand il regardait un téléfilm. En entendant le bruit de la porte métallique qui se refermait l'homme se retourna et regarda Pierre.
« Monsieur ? Interrogea-t-il, d'un ton qui voulait tout à la fois dire « Bonjour », « Que puis-je faire pour vous ? » et « Est-ce que nous nous connaissons ? ».
« Bonjour monsieur, dit Pierre en le saluant. Je viens vous voir parce que j'aurais besoin d'une affiche ; pouvez vous me faire cela ?
Et en disant ces mots il sortit de sa poche et déplia la maquette qu'il avait fait chez lui sur son ordinateur personnel. Il y avait une photo d'Isabelle encadrée par ces quelques mots : « Appel à témoin, recherche tous renseignements sur cette personne disparue sur l'autoroute A7 le 3 juillet dans la région d'Orange. »
« Normalement je devrais vous dire que je n'ai pas le temps, dit l'imprimeur. Je suis saturé de travail et je n'arrive déjà pas à fournir mes clients. Mais votre histoire a l'air assez particulière, je ne vais pas vous envoyer voir ailleurs. J'imagine que c'est très urgent ?
« Vous avez compris, dit Pierre.
« C'est drôle, dit l'homme, en regardant cette photo j'ai l'impression que je connais cette personne. C'est votre femme ?
« Bien sûr, dit Pierre. Il est fort possible que vous l'ayez déjà vue car nous avons une maison de vacances dans le quartier.
« Vous vivez ici toute l'année ? Demanda l'imprimeur qui n'avait sans doute pas entendu la réponse de Pierre.
« Non, seulement en vacances. En fait c'est ma femme qui vient le plus souvent. Elle aime la côte, elle est originaire d'ici. Moi je suis très pris par mon travail, j'ai moins le temps de venir.
Et en disant cela Pierre se rendit compte qu'il y avait une contradiction énorme entre leur vie à Belfort où il était le plus près possible d'Isabelle et les vacances qu'elle passait à Nice dont il ne savait à peu près rien. Bien sûr il avait totalement confiance en elle et ils se téléphonaient tous les jours. Il supposait que quand elle était ici elle menait exactement la même vie qu'à Belfort ayant en plus la plage à sa disposition.
« Vous êtes sûr de l'avoir déjà vue ? Demanda Pierre, vous souvenez vous où ? Vous souvenez vous si elle était avec quelqu'un ?
« Comme ça non, je ne me souviens pas, dit l'imprimeur ; mais ça me reviendra certainement. Pour votre affiche je crois que je peux vous faire ça assez rapidement ; auriez vous l'original de la photo que vous avez utilisée ? Ce serait préférable.
Pierre n'avait pas pensé à l'amener.
« Il est chez moi, dit il, je retourne le chercher ; je serai de retour dans un quart d'heure.
« Combien voulez vous d'exemplaires ? Demanda l'autre. Une fois que la machine est en route vous pouvez en avoir autant que vous voulez. Mais le temps de préparer la maquette et de faire la plaque d'offset, vous ne les aurez que demain matin.
En chemin Pierre réfléchit qu'il n'avait aucune idée de la quantité d'affiches qui lui serait nécessaire ni de comment il s'y prendrait concrètement pour les faire diffuser. Cent lui paraissait trop peu, mille seraient peut-être bien, dix mille certainement trop. Des années et des années auparavant il avait participé à des campagnes d'affichage pour un ciné-club dont il s'occupait avec quelques amis. Il se souvenait ce que c'était de partir à travers une ville avec cent ou deux cents affiches sous le bras. Il calcula rapidement que si il voulait couvrir plus ou moins un seul département il lui faudrait au moins deux mille affiches ce qui représentait au bas mot dix jours pour une personne ou une journée pour dix personnes, à condition de les avoir sous la main. Il se demanda alors s'il n'aurait pas intérêt à passer par un grand annonceur disposant de panneaux routiers ou urbains de douze mètres carrés. Le tarif serait certainement plus élevé, et de beaucoup, mais la diffusion serait assurée de manière plus efficace et il n'aurait pas à s'en soucier personnellement. Cependant il y avait cet imprimeur qu'il avait déjà contacté et à qui il ne pouvait pas faire faux-bond, d'autant plus que celui-ci pouvait peut-être lui donner des renseignements sur Isabelle. Il pensa qu'il pouvait toujours lui en commander mille et qu'avec Madeleine il trouverait bien une idée pour les faire distribuer. Il fallait qu'il apprenne plus de choses sur Isabelle et sur la manière dont elle vivait quand elle était seule ici. Petit à petit le doute et la suspicion s'insinuaient dans son esprit. Malgré l'extraordinaire de sa disparition et l'impossibilité d'une préméditation il n'était plus sûr de rien. Il se rendait seulement compte que cette histoire était une équation à plusieurs inconnues et qu'Isabelle n'en était pas la moindre.
Quand il revint chez l'imprimeur il essaya de l'interroger à nouveau, mais celui-ci ne se souvenait toujours pas.
« Je crois que je connais son visage, dit-il, mais pour le moment je n'ai rien de plus précis. Je vais tâcher d'y réfléchir cette nuit, en dormant, nous en reparlerons demain.
« Vous pouvez réfléchir en dormant ? S'étonna Pierre, comment faites vous ?
Il était incrédule et crut que que l'autre se moquait de lui.
« Je ne sais pas, répondit l'imprimeur, mais souvent quand je me couche en ayant un problème que je n'arrive pas à résoudre la réponse est là, au réveil. C'est même la première chose que j'ai en tête, tant que les pensées pressantes de la journée ne sont pas venues l'effacer. Ça fait des années que je que je considère que cette idée là, qui s'est formée pendant mon sommeil et qui vient de très très loin est la plus importante et la plus authentique. En général ça marche ; en tous cas j'ai tendance à m'y fier.
« Je n'ai jamais rien entendu de pareil, dit Pierre.
« Je veux bien vous croire, dit l'imprimeur.
« Êtes vous une espèce de philosophe ? Demanda Pierre.
« Appelez ça comme ça si vous voulez ; disons que j'ai eu l'occasion de réfléchir à des tas de choses et que la réflexion est une activité qui me convient bien.
Pierre lui donna la photo et lui demanda combien de temps il allait la garder car c'était la seule qu'il avait et il en avait encore besoin pour la presse.
« Pas de problème, répondit l'autre ; le temps de faire un flashage et je vous la rends.
Quittant l'imprimerie Pierre téléphona à Madeleine. Celle ci lui annonça un rendez-vous avec le journaliste à quatorze heures à Saint Jean Du Var.
« Venez plus tôt, lui dit-elle, si vous n'avez pas encore déjeuné nous pourrons le faire ensemble.
Pour la première fois depuis près de deux jours Pierre connut une sensation d'appétit. Il se rendit compte que jusque là il n'avait pas eu faim du tout et à part sa tentative ratée au restaurant de la plage il n'avait même pas pensé à prendre un repas. Il remit sa voiture en marche et prit directement la route de Saint Jean. Il n'était pas encore midi quand il se gara devant le garage des parents de Madeleine. Dès qu'elle le vit elle sortit.
« Venez, dit-elle ; nous allons aller aux Roudoudous. C'est à deux pas d'ici.
« Les Roudoudous ? Demanda Pierre.
« Oui, dit Madeleine, c'est un café, il font restaurant et ce n'est pas mauvais.
Ils prirent une petite rue qui partait de la place principale et Pierre vit bientôt une enseigne qui annonçait « Bar des Roudoudous ».
« C'est un drôle de nom pour un bar, dit Pierre.
« Un peu, répondit Madeleine, personne n'a jamais véritablement compris pourquoi le patron a donné ce nom là à son café. Vous savez, les roudoudous ça évoque l'enfance, ce sont ces confiseries sucrées dans des coquillages. Je soupçonne que dans son esprit les Roudoudous ce sont ses clients, qu'il considère comme de grands enfants. Mais c'est sympa, vous verrez, même si c' est un peu particulier.
« Il y avait aussi un journal pour enfants qui portait ce nom, dit Pierre.
« C'est ce que je disais, dit Madeleine, nous sommes bien dans l'enfance.
Ils entrèrent et s'assirent à une table dans le fond de l'établissement. Il était tôt et il n'y avait encore personne. Pierre regarda autour de lui pour se rendre compte dans quel genre d'endroit Madeleine l'avait amené. La pièce, assez sombre, était peinte en rouge foncé et des affiches de concerts de jazz étaient collées aux murs. Dans un coin il y avait une petite scène avec un piano et un petit matériel de sonorisation. De toute évidence le bar devait être surtout actif en soirée et la nuit, le jour il n'y avait guère qu'une clientèle de quelques habitués. Soudain en face de lui Pierre vit quelque chose qui l'intrigua : un grand cadre doré était accroché au mur, mais il ne portait en lui aucun tableau ni aucune photographie. Seuls apparaissaient le clou dans le mur et un système assez compliqué de ficelles qui permettaient de régler son inclinaison. Une étiquette était punaisée sous le cadre mais elle était trop loin et Pierre ne pouvait pas la lire.
« Qu'est-ce que c'est que ce truc là ? Demanda-t-il à Madeleine.
Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir de quoi il parlait et esquissa un sourire.
« Ça, dit elle, c'est la marque du patron, je vous avais dit qu'il était un peu spécial.
« Qu'y a-t-il de marqué sur l'étiquette ? Demanda Pierre.
« Vous devriez vous lever et aller regarder, dit Madeleine.
S'approchant pour mieux y voir, Pierre lut l'inscription : « La structure et le manque ». Il eut un air dubitatif et revint s'asseoir.
« Alors, qu'en pensez vous ? Dit Madeleine. Elle riait.
« Je suppose que lui aussi c'est un artiste, dit Pierre.
« Dans son genre, répondit la jeune femme. Mais vous allez voir, sa cuisine est bonne, c'est aussi un artiste de ce côté là.
Un homme d'une quarantaine d'années arriva sur ces entrefaites et se pencha pour embrasser Madeleine sur les deux joues. Il avait le teint pâle et un certain embonpoint et une lueur d'intelligence enflammait son regard.
« Jo, dit Madeleine, je te présente Pierre, cet ami dont je t'ai parlé ce matin ;
« Enchanté, dit Jo en tendant sa main vers pierre pour le saluer. Madeleine m'a parlé de votre histoire avec votre femme, c'est terrible ce qui vous arrive ! Si je puis faire quelque chose pour vous aider, n'hésitez pas à me demander. Je serai ravi, si j'ose dire, ajouta-t-il après une seconde d'arrêt.
« Sers nous donc à déjeuner, dit Madeleine. Qu'as tu préparé aujourd'hui ?
Le visage de Jo s'illumina et il se redressa avec fierté.
« Comme plat du jour, dit-il, j'ai un ragoût de bœuf ; j'ai fait une sauce aux épinards relevée d'une pointe de curry, le tout accompagné de pâtes fraîches. C'est une idée qui m'est venue cette nuit, vous m'en direz de mes nouvelles.
« Vous aussi vous réfléchissez en dormant ? Demanda Pierre avec une toute petite pointe d'ironie dans la voix. En disant cela il pensait bien sûr à sa conversation du matin avec l'imprimeur.
Jo qui ne connaissait pas cette histoire eut l'air étonné.
« Non, bien sûr, dit-il. C'est le soir en me couchant que je réfléchit souvent à ce que je vais préparer le lendemain.
« Alors où en êtes vous ? Demanda Madeleine.
« Je suis passé voir un imprimeur ce matin, dit Pierre, Je lui ai commandé mille affiches. Ce n'est pas beaucoup, mais nous aurions de toutes manières un problème pour les poser, cela prend un temps fou, et si nous voulons constituer une sorte de comité de soutien comme je l'avais pensé au début, c'est pareil, il faudra des semaines avant de réussir à réunir un nombre suffisant de personnes.
« Alors qu'allez vous faire, vous n'allez pas abandonner ?
« Non, bien sûr, nous allons d'abord rencontrer ce journaliste tout à l'heure, mais ensuite pour les affiches j'ai pensé qu'il valait mieux que je m'adresse à un annonceur professionnel qui puisse utiliser des panneaux routiers voire même des voitures publicitaires. C'est ce qui sera le plus efficace et le plus rapide. C'est ce qui aura - à part la presse bien sûr - le plus grand impact. De toutes façons je ne pourrai pas rester très longtemps sur la côte ; il faudra bientôt que je retourne à Belfort, J'ai mon entreprise qui a besoin de moi. Quelques jours d'absence ne sont pas un problème, il n'y aura que quelques rendez vous à reporter, mais au delà ce n'est pas possible. J'ai déjà fait une fois l'expérience de perdre mon travail quand Isabelle était partie il y a trois ans, je vous l'ai raconté hier. Je ne peux pas prendre le risque de recommencer. Et puis la situation est différente. Là elle n'est pas partie volontairement, elle a sans doute été enlevée. Si je me laissais aller jusqu'à en perdre mon emploi ce ne serait pas une bonne manière de l'aider. Quand elle reviendra il faut qu'elle puisse retrouver une situation inchangée.
Entre temps Jo les avait servis. Il leur avait amené deux assiettes de viande nappée d'une étrange sauce verte un peu épaisse et au goût relevé.
« Comment trouvez vous cela ? Dit Madeleine.
« C'est étonnant, dit Pierre. Je n'aurais jamais imaginé qu'on pu faire une telle chose avec des épinards. Est-ce qu'il passe son temps à inventer des recettes comme cela ?
« Il fait souvent des choses plus classiques, et quand les gens aiment ses préparations ils lui en redemandent. Mais il fait pas mal de trouvailles comme cela. Aujourd'hui nous avons eu la chance de tomber sur un jour d'inspiration.
Il prirent une bouteille de rosé frais pour accompagner leur repas.
« Je n'avais pas mangé depuis deux jours, dit Pierre.
« Vous deviez être mort de faim !
« Non, répondit Pierre, je n'y pensais même pas. Mais là, oui, ça fait du bien.
« Que se passe-t-il en vous, demanda Madeleine. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de changé. Est-ce la vérité ?
« Je ne sais pas, je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
Il s'interrompit quelques secondes puis reprit :
« Je ne vais pas rentrer à Belfort dès demain; il faut que je revoie cet imprimeur le plus tôt possible, il m'a dit quelque chose d'étrange à propos de ma femme.
« Qu'a-t-il donc pu vous dire ?
« Il la connaît de vue. Ce n'est pas extraordinaire en soi, nous habitons dans le même quartier, mais s'il y a un mystère il sait peut-être quelque chose. Il sait qu'il l'a vue, mais il ne sait plus dans quelles circonstances. Il doit y réfléchir et me le dire demain. Je me suis rendu compte ce matin que je ne m'était jamais posé de questions sur ce que faisait Isabelle quand elle était ici et maintenant je m'en pose. Et je me rends compte que je suis dans l'ignorance la plus complète. Elle pourrait tout aussi bien avoir été enlevée par des gens qui l'auraient connue ici.
« Ce ne serait plus le fait du hasard alors ?
« Je ne dis pas ça ; mais en fait il faut tout envisager. Et c'est peut-être ainsi que ressortira un détail qui permettra de comprendre ce qui s'est passé.
« N'empêche que j'ai l'impression que vous avez changé, dit Madeleine. Hier vous aviez l'air plus dépressif, plus angoissé.
« C'est parce que je suis avec vous répondit Pierre. Je n'ai pas été seul de la journée, mais je crois que si je l'avais été ce serait pareil, peut-être même pire.
Il lui reparla de son projet de faire faire des panneaux par un grand annonceur professionnel.
« Si vous avez les moyens ce sera le plus rapide et le plus efficace avec le journal, mais cela coûte cher.
« Si l'argent que je gagne ne peut pas servir au moins à ça, dit Pierre, ça n'est vraiment pas la peine d'en gagner !
Sur ces entrefaites arriva le journaliste ami de Madeleine. C'était un homme déjà âgé, aux cheveux blancs et rares qui marchait voûté et penché en avant. La jeune femme se leva pour l'accueillir :
« Vous êtes en avance ! Dit-elle. Je vous présente Pierre Meunier dont je vous ai parlé ; Pierre, voici Edmond Costello qui travaille au Midi-Libre et qui va certainement pouvoir vous aider.
Pierre se leva pour saluer le nouvel arrivant.
« Enchanté de faire votre connaissance, dit il, je vous attendais avec impatience.
« Madeleine m'a tout expliqué de votre affaire, dit l'homme, je crois effectivement que nous pouvons vous aider. Dans ce genre d'affaires plus la presse s'en mêle plus la police se sent obligée de se démener. Par contre il faut vous attendre à recevoir tout un tas de témoignages qui seront soit inexploitables soit complètement farfelus. Des gens croiront l'avoir vue partout et je ne sais pas comment vous pourrez vérifier. Vous n'avez pas reçu de demande de rançon ?
Pierre se rendit compte qu'il lui disait les mêmes choses et lui posait les mêmes questions que le gendarme d'Orange.
« Je vais envoyer quelqu'un vérifier mon courrier à Belfort, dit-il. Mais j'ai calculé que de toutes façons, si une lettre m'était envoyée elle ne pourrait pas arriver à Belfort avant demain, compte tenu du week-end.
« Racontez moi encore comment cela s'est passé, dit le journaliste.
Et Pierre recommença son histoire.
« Je me souviens avoir vu votre femme descendre de la voiture, dit Madeleine. N'était-elle pas en colère ?
« Pas en colère, répondit Pierre, nous ne nous étions pas disputés ni rien ; elle n'était pas en colère mais énervée, oui. Elle était pressée d'arriver et cet embouteillage avec la chaleur qu'il faisait était vraiment désagréable. Je dois dire que je l'avais trouvée extraordinairement impatiente.
« Combien de temps êtes vous restés arrêtés ? Demanda Edmond Costello ;
« Environ deux heures sans bouger d'un mètre. Nous avons appris par la suite qu'une voiture qui remontait l'autoroute à contre sens avait provoqué un accident entre plusieurs véhicules. Il y eut trois morts. Mais c'est un hasard total que nous ayons été arrêtés à proximité de la station-service. Sinon elle serait restée dans la voiture.
« Je n'en doute pas, dit le journaliste. Néanmoins nous n'avons pas beaucoup d'éléments à notre disposition. Je suppose que les environs de la station-service ont été fouillés et que cela n'a rien donné. Il y avait du monde sur l'aire de repos. Si elle a été entraînée de force quelqu'un a peut-être vu quelque chose.
« Je pense qu'il y avait du monde, dit Pierre ; mais quand la circulation a redémarré les gens ont dut remonter tout de suite dans leur voiture. Quand moi je suis arrivé il n'y avait plus personne.
« Ce sont des circonstances étranges. On pourrait imaginer que quelqu'un qui serait sorti avec elle de la cafétéria et qui aurait été armé d'un pistolet aurait pu l'obliger à monter dans un véhicule. Je ne crois pas beaucoup à une histoire de rançon. Plutôt à une sorte de crime crapuleux, un violeur quelle aurait rencontré par hasard et qui l'aurait approchée d'abord par la ruse. Mais si c'est le cas, excusez moi d'être brutal, elle est probablement morte et son cadavre dissimulé très loin de l'endroit où elle a été enlevée.
« Je pensais jusqu'à présent qu'elle était séquestrée quelque part, dit Pierre.
« Je vais être franc avec vous, dit Edmond. Si vous n'avez pas reçu très rapidement une demande de rançon vous allez devoir abandonner cette idée. Avez vous une photo d'elle ?
« Tenez, dit Pierre en ouvrant sa mallette. Mais c'est la seule que j'aie ici, pourrai-je la récupérer ?
« Je vais essayer, dit le journaliste, mais ça ne sera pas forcément facile. C'est le labo technique qui s'occupe des photos une fois qu'elles sont confiées à la rédaction et parfois ils mangent les consignes. Les archivistes ont aussi tendance à les garder comme si elles appartenaient au journal. De toutes façons vous avez toujours le négatif ?
« Bien sûr, et j'ai d'autres photos, mais elles sont à Belfort.
Edmond Costello se leva et s'apprêta à les quitter.
« Il faut que j'y aille, dit-il. Un journaliste n'a jamais beaucoup de temps et je crois que j'ai noté l'essentiel. Je vais faire en sorte que cet article paraisse dès demain et je vais essayer d'avoir la première page ; mais ce n'est pas toujours facile : il suffit qu'un train déraille ou qu'un homme politique se fasse assassiner je ne sais où pour que nous soyons relégués aux faits divers régionaux. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez du nouveau, je vais suivre cette histoire au plus près.
Madeleine le raccompagna jusque dans la rue.
« Quel âge a-t-il ? Lui demanda Pierre quand elle revint.
« Il devrait être à la retraite depuis longtemps, répondit la jeune femme, mais au journal il fait partie des meubles. Il vit seul et passe ses journées là-bas ou à enquêter pour un article. Je crois qu'il n'arrêtera jamais. Il mourrait dès le lendemain. Faites-lui confiance.
Le patron du bar vint s'asseoir à leur table.
« Comment avez vous trouvé ce ragoût ? Demanda-t-il, je peux vous offrir un café ?
« Très bon, dit Pierre ; très bon et surtout étonnant. Vous n'avez jamais eu envie d'ouvrir un restaurant plus important ? Dans un endroit où vous pourriez avoir une clientèle plus nombreuse ?
« J'ai suffisamment de clients ici, répondit Jo. Pas ce midi, mais en général je ne chôme pas. J'ai mes habitués qui se font plaisir en venant ici et qui amènent leurs amis et puis je ne suis pas sûr que je saurais faire marcher une usine avec une dizaine de personnes en cuisine et autant en salle. Ici c'est ma dimension, je suis bien. J'ai deux ou trois personnes qui travaillent avec moi, nous nous entendons bien, il n'y a pas de problèmes. Et nous arrivons à fermer de temps en temps pour prendre des vacances.
« Ça veut dire quoi votre truc accroché au mur ? Demanda Pierre.
Jo eut un sourire.
« Normalement il devrait y avoir un tableau dans ce cadre. Mais là il est vide et je l'accroche quand même, en soulignant cette absence et en lui gardant sa fonction décorative. La plupart des gens pensent eux aussi qu'ils devraient avoir quelque chose qu'ils n'ont pas. Ils vivent sur un manque avec lequel ils doivent se démerder vaille que vaille. Je crois que ce cadre leur permet de se reconnaître et de se rassurer.
« De se rassurer ? Dit Pierre ; est-ce qu'il n'y a pas des gens que ça inquiète ?
« Peut-être dit Jo ; Alors si ça les interroge, je peux espérer que ça contribue à les éveiller.
« Vous êtes ici depuis longtemps ?
« Cinq ans, c'est à la fois peu et beaucoup. Pour les gens d'ici je suis toujours un nouveau, mais en même temps ils commencent à s'habituer à moi.
Il y avait une certaine nostalgie dans sa voix.
« Que faisiez vous avant ? Dit Pierre.
« J'étais en région Parisienne, j'ai fait toute sorte de métiers ; mais la cuisine m'a toujours passionné. Quand j'ai acheté ce bar j'avais une petite amie qui était originaire du village. Elle est morte il y a deux ans dans un accident de voiture et je suis resté ici.
Ils se turent un instant. Ce fut un silence en hommage à l'absente, à l'amie décédée de Jo.
« Vous n'avez pas eu envie de retrouver une autre femme ou une autre amie ? Demanda Pierre.
« Cela viendra peut-être un jour, pour le moment je vis encore sur son souvenir.
« Tu n'en parles pas souvent, dit Madeleine.
« C'est vrai, répondit Jo, mais là nous avons quelque chose en commun avec monsieur Meunier, nous vivons tous les deux sur une disparition, même si pour lui ça fait moins longtemps.
« Appelez moi Pierre, dit celui-ci. C'est ça votre tableau ?
« Peut-être, si vous voulez.
« Qu'est-ce qui vous aide à tenir ?
« Le travail, dit Jo ; le travail et le souvenir. Mais pour moi c'est fini, je sais qu'elle ne reviendra jamais plus ; je devrais en faire mon deuil mais je n'y arrive pas. Nous avions tellement d'amour, nous n'étions pas du tout usés. Qu'elle soit partie comme cela, si brutalement, alors que toute la journée ce n'était que caresses et regards amoureux, est impossible à accepter. J'ai l'impression que l'oublier, ne serai-ce qu'une seule seconde, ce serait la trahir, ce serait me trahir. Vous ne pouvez pas savoir, personne ne peut savoir ; je ressens en moi quelque chose qui bouillonne pour elle en permanence, qui me brasse les tripes, me triture le dos, et c'est pour elle, ça ne peut être pour personne d'autre. Comment oublier cela si cela ne m'oublie pas ? Ne ressentez vous pas cela pour Isabelle ?
« Je ne sais pas, dit Pierre. C'est tellement fort ce que vous dites. Et puis c'est différent, Isabelle n'est pas morte, enfin rien ne le dit. Je la cherche, mais c'est autant de l'inquiétude que du désespoir. Vous, vous n'êtes plus que dans le désespoir. Il ne vous reste rien d'autre à part votre travail. Et encore, vous l'aviez commencé avec elle ; en continuant ce travail vous assurez son souvenir. Si vous vouliez faire votre deuil de votre amie il vous faudrait partir, aller dans des endroits ou rien ne vous la rappellerait.
« Je sais, dit Jo ; c'est pour ça que je reste, je ne veux pas l'oublier.
« Moi, dit Pierre, je n'ai pas le droit de l'oublier.
« Jo le regarda sans rien dire et n'exprima pas ce qu'il pensait. Pierre s'en rendit compte mais n'osa pas le lui demander. Un silence s'établit qui n'était plus dans le respect mais dans la gêne.
« Je crois que je vais rentrer à Belfort tout de suite, dit Pierre. J'ai un certain nombre de choses à mettre en place à l'usine et à la maison et puis je reviendrai demain chercher les affiches chez l'imprimeur. Il faut que je prévienne les gens là-bas. Au début je ne voulais pas le faire tout de suite, mais maintenant je crois que je suis obligé. Il y a aussi les enfants que je dois essayer de joindre.
« Croyez vous que vous aurez le temps ? Demanda Madeleine. Il est presque trois heures, en roulant bien vous ne serez pas la-bas avant ce soir. Vous n'aurez pas le temps de revenir demain. Si vous voulez j'irai chercher les affiches à l'imprimerie.
« C'est gentil, dit Pierre. Il faudra malgré tout que je retourne voir cet homme, car je crois qu'il connaît Isabelle. Et puis je n'ai plus de photos d'elle ici pour faire une campagne de réseau comme je vous en ai parlé.
« Il vous reste les négatifs, dit Madeleine ; cela suffit pour faire une affiche. Vous devriez vous en occuper avant de partir, ce serait du temps de gagné.
« Vous avez raison, dit Pierre en souriant, vous avez toujours raison.
Il demanda l'annuaire des téléphones à Jo et chercha les adresses d'annonceurs de la région. A Nice il n'y avait pas de problème, ils étaient plusieurs à se partager le marché et il put obtenir un rendez vous pour dans la demi-heure qui suivait. Il avait eu envie de partir tout de suite pour se jeter sur l'autoroute et tenter de mettre des kilomètres entre lui et ses pensées, mais il avait encore cela à faire avant de rentrer.
« Nous nous revoyons très bientôt, dit-il à Madeleine et Jo en se levant. Je veux bien pour les affiches, ajouta-t-il à l'intention de Madeleine. Dites à l'imprimeur que je passerai le voir et que je le réglerai directement.
Il sortit quelques cartes de visite de ses poches :
« Donnez lui mes coordonnées pour qu'il établisse la facture. Je reviens vous voir dès que je rentre.

 

(à suivre) 

06/07/2005

J'avais pissé dehors

J'avais pissé dehors





M'sieur l'juge,
Trois gouttes de pipi d'ange...
J'ai pissé à travers la grille
J'ai arrosé les orties
Qui donc que ça dérange ?
C'est pas d'ma faute
J'aime la nature,
L'odeur des chiottes
C'est une torture...
C'est pas pour être bravache
M'sieur l'juge,
Soyez pas vache !

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24/06/2005

Chère Isabelle, 2

(Suite)

2


Le lendemain, quand il se réveilla, la première chose qu'il fit fut de téléphoner à Isabelle, mais son téléphone n'était toujours pas branché. Il se demanda alors par quoi il allait commencer ; il était dans le vague mais il savait que dans ces cas là il fallait monter marche après marche sans forcément savoir où on allait et il avait l'habitude de compter sur l'improvisation. Il se fit un café pour se donner le temps de réfléchir et pensa soudain à Madeleine Restoux, cette femme qu'il avait rencontrée sur l'autoroute et qui l'avait invité à passer la voir. Après tout, Saint-Jean-Du-Var n'était pas loin et s'il cherchait des gens pour l'aider, autant commencer par elle qui était là lors de la disparition d'Isabelle. Elle avait l'air très cordiale et saurait probablement être de bon conseil. Finalement il avait assez peu d'amis dans la région et les quelques personnes qu'il fréquentait avec son épouse étaient plus des relations mondaines que de véritables proches. Il n'avait pas envie de mêler ces gens là à son affaire et savait que leurs questions viendraient bien assez tôt quand ils apprendraient par la presse ce qui était arrivé.
La journée était belle et promettait encore d'être chaude. Traversant Nice en direction de Cannes il tomba tout de suite dans une circulation dense comme il en avait connu quand il habitait Paris et eut le sentiment horrible, qu'il n'avait pas ressenti depuis des années, du temps qui s'enfuyait de manière inexorable. Ces moments de vie, ces moments dans la recherche d'Isabelle lui étaient volés par des dizaines de voitures qui se bloquaient l'une l'autre et il sentit monter en lui de la colère, le genre de colère qui l'avait amené à quitter Paris.
Des années auparavant c'était un être violent, irascible, qui ne tolérait aucune contrariété. Il travaillait dans un très grand groupe industriel ayant des ramifications internationales qui pouvait lui permettre un développement de carrière prodigieux. Il était dévoré d'ambition et n'existait que pour son emploi dans lequel il s'investissait plus que de raison. Les journées au sein de son entreprise se passaient en conflits de pouvoir, en recherche de responsabilité quand des erreurs avaient été faites, en luttes pour imposer des points de vue à des collègues aussi ambitieux que lui et qui voulaient prescrire leurs solutions. Quand il rentrait de son travail il ramenait avec lui toutes les tensions qu'il avait accumulées dans la journée et se disputait souvent avec son épouse dont il ne supportait pas la moindre réflexion. Un jour, après une querelle plus forte que les autres elle était partie en claquant la porte et n'était pas revenue pendant près de trois mois. Il en avait été désespéré et avait entamé une psychothérapie. Quand devant ses efforts Isabelle avait accepté de revenir ils avaient décidé de quitter Paris pour la province afin de mener une vie plus calme et il avait trouvé ce poste de direction dans une fonderie des environs de Belfort. Il avait revu à la baisse ses ambitions professionnelles et ils s'étaient installés dans un bonheur bourgeois de province, un peu terne certes, mais paisible. De temps en temps il trouvait l'ennui un peu lourd mais il n'en disait rien par égard pour Isabelle. Ils avaient cette villa près de Nice où ils essayaient d'aller le plus souvent possible, mais en fait c'était surtout Isabelle qui y séjournait en été. Lui pouvait prendre son mois d'août, quand la fonderie fermait, mais le reste du temps il n'y passait que de courts week-ends. D'ailleurs la villa était un bien que sa femme avait reçu en héritage. Elle y avait passé une partie de son enfance et y était beaucoup plus attachée que lui.
Saint-Jean-Du-Var n'était pas bien loin de Nice et il n'eut pas de mal à trouver le garage dont Madeleine Restoux lui avait parlé. Il s'arrêta en face et attendit un peu. Il ne voyait pas la R 12 beige de son fils et ne savait pas si elle était là. L'établissement était ouvert bien que l'on fut dimanche et l'on voyait un homme en bleu qui était affairé à l'intérieur. Il avait l'air trop jeune pour être son père, peut être était ce un ouvrier ? Ce n'était pas un très grand local, juste un atelier d'artisan mécanicien devant lequel il y avait deux pompes à essence. Sur le fronton du garage il y avait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Grand Garage Restoux-Mécanique Générale ».
« Tiens, se dit Pierre Meunier, elle n'a pas gardé le nom de son mari !
Il en était un peu choqué. Il pensait qu'une femme divorcée, tant quelle n'était pas remariée, devait garder le nom de son ancien époux.
Soudain quelqu'un frappa sur la vitre arrière de sa voiture. Il se retourna et vit Madeleine Restoux qui le regardait d'un air étonné.
« Ça alors ! S'exclama-t-elle ; je m'attendais à tout sauf à vous voir !
« Vous me reconnaissez ?Vous m'aviez dit de passer, dit Pierre. Alors je suis passé, il fallait que je vous parle.
« Malgré tout, dit Madeleine, je ne m'attendais pas ! J'ai dit ça... Vous savez, je suis facilement liante, mais malgré tout je ne m'attendais pas à vous voir ! Mais vous êtes là, c'est bien, venez, nous allons boire un café, il n'est que dix heures.
Pierre sortit de sa voiture et s'apprêta à suivre Madeleine.
« Venez, dit elle ; allons au café en face. C'est petit chez mes parents et ma mère est en train de faire son ménage. De plus elle se demanderait qui vous êtes.
Ils s'attablèrent à la terrasse et Madeleine le regarda encore d'un air étonné.
« Vous vous souvenez hier, quand je vous ai dit que ma femme était partie chercher à boire à la station service, dit Pierre ; eh bien je ne l'ai pas retrouvée, je ne sais pas où elle est.
Il raconta toute l'histoire à Madeleine, sa visite à la gendarmerie, ses hésitations à quitter la station-service tant il pensait qu'elle allait resurgir et la décision qu'il avait prise de former une sorte de comité de soutien pour essayer de recueillir des témoignages.
« Voilà, dit Pierre ; en fait je ne connais pas grand monde dans la région, et vous m'avez paru d'une nature généreuse, alors comme vous m'aviez offert de passer...
« Bien sûr, dit Madeleine, bien sûr ; mais concrètement, à part vous aider à coller quelques affiches où à distribuer des tracts, je ne sais pas trop ce que je peux faire. Au moins je peux vous soutenir moralement, vous avez l'air d'être dans un drôle d'état !
« Ce serait déjà ça, dit Pierre ; en fait je suis un peu perdu. Pour tout dire, j'ai l'impression de ne pas être grand chose sans ma femme.
« Vous êtes mariés depuis longtemps ? Demanda Madeleine.
« Plus de vingt cinq ans, dit Pierre ; Nous nous sommes mariés elle venait d'avoir dix huit ans. Nous n'avons pas une grande différence d'âge, mais à l'époque il me semblait qu'elle était beaucoup plus jeune que moi.
« Travaille-t-elle ? Demanda Madeleine.
« Non, plus maintenant ; elle a travaillé, mais cela fait plusieurs années qu'elle a arrêté. Elle était actrice de cinéma ; c'est un métier qui est surtout facile quand on est jeune. Cela faisait plusieurs années qu'elle n'avait pas eu de rôle intéressant, et puis je dois dire que moi aussi je préférais qu'elle arrête.
« Est-ce que ça pourrait être une piste à explorer ? Pourrait elle être partie avec quelqu'un de ce milieu ? Excusez moi, mais je vous pose des questions au hasard pour essayer de comprendre.
« Même si elle avait eu un amant, ça ne se serait pas passé comme cela, elle serait partie de la maison, ou de notre villa de Nice, mais là, nous étions arrêtés tout à fait par hasard ! Souvenez vous !
« Vous vous aimez ? Demanda Madeleine ;
« Bien sûr, dit Pierre, qu'allez vous imaginer ?
Il disait cela comme si l'amour était une chose évidente, installé une fois, installé pour toujours.
« Ce n'est pas évident, dit Madeleine, il y a des tas de gens mariés qui ne s'aiment pas ; ou qui ne s'aiment plus, ou pas assez !
« Cela va bien, nous n'avons pas beaucoup de disputes.
« S'il suffisait de ne pas se disputer pour s'aimer ! La vie serait plus belle qu'elle ne l'est ! S'exclama la jeune femme. Vous faites souvent l'amour ?
Pierre ne répondit pas, il était choqué de la question de Madeleine et son amour-propre lui interdisait de répondre à ce genre de question.
« Qu'est ce qui se passe ? Vous êtes en train de compter ou vous ne vous rappelez plus ? Madeleine avait ton sarcastique ; vous voyez que ce n'est pas si simple!
« Écoutez, dit Pierre, bien sur que ce n'est pas comme au début, tout le monde peut comprendre cela, nous n'avons plus vingt ans,
« Combien alors ? Demanda Madeleine.
Pierre ne répondit toujours pas.
« C'est plus grave que je ne pensais, dit la jeune femme.
« Je l'aime, dit Pierre, mais évidement ce n'est plus comme avant ; nous avons eu une crise grave il y a trois ans. Nous avons failli divorcer ; cela m'a amené à changer d'emploi et nous a fait venir à Belfort. J'étais trop accaparé par mon travail, je ne m'occupais plus d'elle. Elle est partie trois mois. J'ai tout fait pour qu'elle revienne ; Je ne faisais pas attention à elle mais quand elle est partie j'ai réalisé l'importance qu'elle avait. J'ai suivi une psychothérapie et j'ai vraiment fait des efforts. Elle est revenue mais c'est vrai que les choses n'ont plus été comme avant. Une certaine froideur s'était installée entre nous, nous n'avions plus l'enthousiasme du début. Je crois que la froideur venait de sa part, tandis que moi j'avais tellement peur de la perdre que je n'osais plus être naturel. Par contre je suis sûr qu'elle n'a aucune autre relation. Je m'en serais rendu compte. En choisissant mon nouveau travail j'ai bien pris garde à trouver une place où je ne sois pas obligé de m'absenter régulièrement et je ne sors jamais sans elle ni elle sans moi.
Pierre s'arrêta un instant de parler pour réfléchir. Madeleine, qui l'avait écouté sans rien dire, écrasa sur le trottoir la cigarette qu'elle était en train de fumer.
« Vous avez changé d'emploi pour elle ? S'étonna-t-elle ; ça je doit dire que c'est vraiment rare ! En général les hommes préfèrent renoncer à tout plutôt qu'à leur carrière !
« Ce n'est pas elle qui est partie, il doit y avoir une autre explication reprit Pierre ; Je ne vois qu'un enlèvement ou un crime crapuleux. C'est quelqu'un de très équilibré, elle n'aurait pas fait une fugue comme ça sur un coup de tête. Et pour aller où ? Et avec quel argent ?
« Ça ne change rien de toutes façons, dit Madeleine. Ce que vous voulez c'est la retrouver, donc il faut parler de ce que nous pouvons essayer de faire.
« Demain je vais aller voir un imprimeur et je vais faire faire des affiches avec son portrait.
« C'est bien, dit Madeleine, mais pour diffuser des affiches il faut beaucoup de gens, ou bien beaucoup de temps. Avez vous suffisamment d'argent pour payer des colleurs d'affiches ?
« Ça peut aller, dit Pierre, il n'y aura pas de problème.
« Dans un premier temps, reprit Madeleine, il faut organiser une conférence de presse avec les journaux de la région. Ce sera plus rapide et vous permettra éventuellement de trouver des gens prêts à vous aider d'une manière ou d'une autre. Et même, si les gens sont déjà un peu au courant par les journaux vos affiches seront mieux acceptées.
« Vous avez raison, dit Pierre.
« Écoutez, dit Madeleine, je connais un journaliste qui travaille au « Midi Libre ». Je vais lui téléphoner pour voir comment nous y prendre. Mais aujourd'hui c'est dimanche, il n'y a rien à faire, vous devriez retourner chez vous et vous reposer. Demain vous vous occuperez des affiches, moi du journaliste et nous ferons le point. Et puis, ajouta-t-elle, peut-être qu'en étant chez vous vous recevrez une bonne nouvelle !
Ils échangèrent leurs numéros de téléphone et Pierre remonta dans sa Mercedes.
« Je suis bête, pensa Pierre, après avoir roulé quelques centaines de mètres. Je viens lui demander son aide, elle accepte, me donne des idées, et je ne lui ai même pas posé une question sur elle, je ne sais même pas ce qu'elle fait dans la vie.
Il pensa qu'elle allait le trouver égoïste et eut envie de faire demi-tour pour s'excuser, mais il jugea qu'il aurait l'air ridicule et ce fut cette idée qui l'emporta.
Il était près de midi, le soleil était beau et un petit vent rafraîchissant agitait les feuilles des arbres. Pierre eut envie d'aller se promener, déjeuner quelque part sur la côte dans une paillote. Il n'avait pas envie de retourner chez lui à attendre il ne savait quoi. Si par miracle Isabelle refaisait surface et réapparaissait dans la maison elle pourrait toujours l'appeler sur son portable, mais de toutes façons Pierre ne croyais guère à cette hypothèse. Il était certain qu'elle devait être quelque part retenue contre son gré, enfermée, attachée peut être ou même qui sait, morte ? Tout était dans l'ordre du possible et à envisager toutes les possibilités, Pierre qui finissait toujours par en revenir aux pires préférait en fin de compte tout chasser de son esprit et essayer de faire le vide, un vide qui ressemblait au petit vent léger qui lui passait dans les cheveux.
De Saint-Jean jusqu'à la côte, il n'y avait que quelques kilomètres et la route qui descendait tout le long du chemin était facile à faire en voiture. Ce fut donc lentement et presque en roue libre qu'il se rendit dans un petit restaurant qu'il connaissait au bord de la plage et où il allait parfois avec Isabelle. En le voyant arriver, le patron, qui le connaissait de vue depuis des années qu'il venait là discrètement, lui souhaita la bienvenue et lui demanda des nouvelles de sa femme. Pierre regretta aussitôt d'être venu dans cet endroit et répondit simplement qu'elle était souffrante et ne pouvait pas sortir.
Il était plein de sentiments contradictoires : en même temps il voulait ameuter la terre entière à la recherche d'Isabelle et était gêné à l'idée d'en parler. Il avait l'impression que chaque mot qu'il dirait dans ce sens rendrait plus solide sa disparition et voulait croire que ce n'était qu'un mauvais rêve dont il finirait bien par se réveiller.
Il commanda un plat du jour, mais quand il fut servi il se rendit compte qu'en fait il n'avait pas faim bien qu'il n'eut pas mangé depuis la veille. L'odeur, la vue même des aliments l'écœurait et il repoussa son assiette. Le serveur qui passait à ce moment là s'inquiéta de la qualité du plat mais Pierre le rassura en lui expliquant que c'était lui qui ne se sentait pas très bien. Il paya et descendit faire quelques pas dans le sable, puis il s'assit à même le sol. Son costume, ses chaussures de ville ne se prêtaient pas bien à cette situation et il avait l'air un peu ridicule dans cette tenue au milieu de tous ces gens en maillot avec leur confort balnéaire. Un plagiste vint lui proposer un transat qu'il accepta et il se sentit un peu mieux. Il retira ses chaussures et le haut de ses vêtements et se laissa aller en fermant les yeux. Mais ainsi, sous le voile rouge de ses paupières derrière lesquelles brûlait le soleil le silence devint assourdissant. Il était incapable de se reposer, de fermer son esprit à cette absence qu'il ne pouvait accepter et se dit soudain qu'il comprenait ceux qui se réfugiaient dans l'ivresse de l'alcool. Mais Pierre n'avait jamais bu et ne pouvait pas imaginer de commencer aujourd'hui.
Soudain il fut mouillé d'eau froide et il se redressa en sursaut : deux enfants qui jouaient trop près de lui à s'asperger d'eau de mer s'enfuirent, penauds de leur maladresse. De les voir courir ainsi il eut envie de rire. Dans la seconde qui suivit il fut presque honteux de cette gaieté spontanée. Il se demanda si sa conduite était bien normale. Un autre, supposait-il, aurait téléphoné partout, à la famille et aux amis, pour faire part de son malheur et de son désarroi. Pierre, lui, voulait tout garder comme son bien - ou son mal - personnel. Son bonheur, qu'il n'avait jamais supporté d'étaler quand il en avait eu et aussi sa douleur que, bien qu'elle le brûlât atrocement, il ne voulait pas laisser voir. Tout au long de sa vie il avait appris à se composer un visage de cire qui ne laissait jamais percer ses émotions. Il se savait faible et ne voulait laisser paraître aucune faille qui put donner prise à qui que ce soit. Il avait un certain mépris pour tous ces gens qui s'imaginaient que leurs sentiments étaient plus forts parce qu'ils étaient voyants. En fait il comptait toujours un peu être compris sans avoir à s'exprimer.
Il eut le sentiment d'être englué sur cette plage et se releva pour marcher. Ses pas le ramenèrent à sa voiture et sa voiture sur l'autoroute. Il ne savait pas où il allait mais eut envie de faire une pointe de vitesse. La Mercedes roulait bien et il dépassa rapidement le cent-cinquante. Il avalait les kilomètres et doublait tout ce qui se trouvait devant lui. Il ressentit une griserie de toute puissance l'envahir et se sentit possédé par un autre Pierre qui cherchait de temps en temps à resurgir et qu'il pensait avoir maîtrisé. Subitement il vit des véhicules venant en sens inverse qui lui faisaient des appels de phares. Il avait à peine eu le temps de ralentir pour redescendre à une vitesse normale qu'il passa devant un radar.
« Heureusement, pensa-t-il ; ce n'est pas vraiment le jour de collectionner les ennuis. Il fit demi-tour et ne sachant où aller décida de retourner dans la villa de Nice.
Il se mit à haïr les dimanches où tout était fermé de ce qui peut être fonctionnel. Seuls étaient ouverts les lieux de loisir comme les restaurants, les cinémas, les bars. Mais pour lui qui attendait après un imprimeur, un journaliste, une gendarmerie, le dimanche était une journée morte et inutile. Il réessaya de téléphoner à Isabelle, mais cela ne donnait toujours rien. Il se rendait compte qu'il n'y aurait aucune piste de ce côté là, qu'il ne serait pas possible de localiser sa femme grâce au téléphone. Que pouvait elle devenir maintenant ? La question repassait sans cesse dans son esprit et il était incapable de choisir une réponse. Il eut envie de retourner voir le psychothérapeute qui l'avait aidé trois ans auparavant, mais c'était impossible, tout au moins comme une satisfaction immédiate, car celui-ci était installé à Paris. En fait, Pierre se rendit compte qu'il avait besoin d'un refuge, d'une protection, d'un lien à quelque chose et que par dessus tout il ne supportait pas la solitude. Soudain il eut une inspiration, comme un grand souffle qui entrait en lui, et il téléphona à Madeleine Restoux.
« C'est Pierre Meunier, s'annonça-t-il lorsqu'elle décrocha. Il y a quelque chose que j'ai oublié de vous demander tout à l'heure et que je voudrais savoir, quelle est votre profession, si vous en avez une ?
Elle fit un étrange petit bruit de gorge qui lui fit comprendre qu'elle était amusée.
« C'est drôle que vous me demandiez cela, répondit elle ; Est ce que c'est important ?
« Important non, répondit Pierre, mais tout à l'heure quand je suis parti je me suis reproché de ne pas vous avoir posé cette question. En fait tout le monde s'identifie plus ou moins à son activité professionnelle et à part leur vie privée et intime sur laquelle les gens se taisent généralement, leur métier est souvent le sujet sur lequel ils ont le plus de choses à dire et qui leur tient le plus à cœur.
« Et que pensez vous des gens qui ne travaillent pas ? Demanda Madeleine Restoux ; ont-ils grâce à vos yeux ?
« Bien sûr répondit Pierre, mais il faut de l'argent pour vivre et comme vous ne m'avez pas l'air extrêmement riche et que d'autre part vous m'avez dit que vous étiez divorcée, j'en conclu que vous travaillez.
« Vous avez raison, dit elle. Je travaille, mais seulement quand ça m'arrange et pas à longueur de semaine. Disons que je suis un peu paresseuse, seulement un tout petit peu. En fait je suis juste assez paresseuse pour ne pas travailler soixante heures par semaine. Mais de toutes façons, je pourrai bien travailler deux fois plus, cela ne me rapporterait rien en termes d'argent. Vous avez raison de dire que je ne suis pas extrêmement riche.
Pierre n'était pas plus avancé par ce langage sibyllin.
« Ça doit être un drôle de métier que vous faites, s'il ne paye pas votre travail! Dit-il.
« Vous pouvez le dire que c'est un drôle de métier dit la jeune femme. Mais il arrive quand même que ça rapporte un peu, de temps en temps. En fait je suis artiste peintre ; alors je gagne de l'argent quand je fais des expositions et que je vend des tableaux.
Pierre était surpris, il s'attendait à tout sauf à ça.
« Et que peignez vous ? Demanda-t-il, des bouquets de fleurs, des natures mortes ?
« Alors comme je suis une femme, je dois forcément peindre des fleurs et être gnan-gnan ?
« Non, ce n'est pas ce que je veux dire, essaya de se rattraper Pierre. Je n'y connais pas grand chose, disons que les bouquets de fleurs et les paysages sont la seule chose que je suis capable de reconnaître quand je vois un tableau.
« Alors vous seriez surpris, dit Madeleine ; en fait je fais de la peinture très moderne, de l'abstrait, pour simplifier.
« Ça doit être très bien aussi, s'enfonça Pierre.
« Vous savez, dit Madeleine, il ne faut pas parler de ce qu'on ne voit pas, particulièrement en peinture.
Il y eut une pose de quelques secondes et Madeleine reprit la parole :
« Comment s'est passée votre journée ?
« Je tourne en rond, dit Pierre. Je tourne en rond et je ne sais pas quoi faire. J'ai l'impression d'un vide que rien ne saurait combler. Je ne sais pas comment m'occuper en attendant demain.
« Si vous voulez venir ici, dit la jeune femme, je peux avoir quelque chose à vous proposer ; mais il faut que vous n'ayez pas peur de vous salir.
« De quoi s'agit-il ? demanda Pierre, je suis en costume.
« Un costume ça s'enlève, dit Madeleine, je vous prêterai une cotte . En fait je suis en train de donner un coup de main à mon frère qui tient le garage ; il y a quelques voitures à laver et comme il est seul le week-end il n'y arrive pas.
« Je suis votre homme, répondit il ; vous me surprenez sans cesse, mais tout vaut mieux que continuer la journée comme je l'ai commencée.
« Nous pourrons aussi parler de votre histoire, dit-elle ; en discutant avec mon frère quelques idées me sont venues.
Pierre fit rapidement la route qui le séparait de Saint Jean du Var. Il était heureux d'avoir trouvé une occupation pour tromper son ennui. Il ne se serait jamais imaginé capable de laver un jour une automobile dans un garage, mais il était prêt à tout pour fuir les pensées qui lui dévoraient l'esprit.
Une petite sonnerie stridente venant de son téléphone portable lui fit comprendre que la batterie était vide. En se couchant, la veille, il avait oublié de le brancher sur le chargeur.
« Zut ! Se dit-il ; si on m'appelle je ne pourrai pas le savoir.
Et quand il pensait « on » il pensait Isabelle, mais par superstition, peut-être, il voulait laisser cette chance vierge et préférait s'imaginer que quelqu'un d'autre chercherait à lui parler d'elle. Il hésita du coup à aller chez Madeleine Restoux, comme il était sur le point de le faire. Il eut envie de retourner chez lui, rien que pour prendre son chargeur, mais le chemin était assez long car il fallait traverser tout Nice et il ne pouvait pas non plus la prévenir. D'ailleurs il était presque arrivé, et il la vit tout de suite, en bleu de travail et en botte qui tenait un tuyaux d'arrosage à la main et était en train de rincer copieusement un gros break.
« Ne vous approchez pas trop près, dit-elle en riant quand il fut descendu de sa Mercedes. En fait il n'y en a plus qu'une après celle-ci. Allez vous changer, je vous ai préparé une combinaison, fit-elle en lui indiquant une porte entrouverte qui devait être celle d'une sorte de vestiaire. Vous tiendrez le tuyau pendant que je frotterai, mais essayez quand même de ne pas trop m'arroser !
Le vestiaire était un petit local en parpaings qui avaient été directement recouverts de peinture blanche sans avoir été enduits au préalable. Il y avait deux armoires de tôle et une seconde porte qui ouvrait sur les toilettes. Un bleu propre et une paire de bottes en caoutchouc étaient posés sur une table de formica.
« Pour la cotte cela devrait aller, lui cria Madeleine depuis la rue, mais pour les bottes je ne savais pas, du combien chaussez vous ?
« Du 44, répondit Pierre, cela devrait aller ;
En disant cela il hésitait à les enfiler car il n'avait jamais encore mis les chaussures de quelqu'un d'autre et éprouvait une sorte de répugnance. Il le fit pourtant, moitié par fatalisme, moitié par peur du ridicule, mais fit ses premiers pas en gardant les doigts de pieds recroquevillés à l'intérieur. Il se regarda en passant devant le miroir du lavabo et trouva qu'accoutré ainsi il ressemblait à l'un de ses ouvriers.
« Qu'est-ce-que je suis en train de faire, pensa-t-il, si on me voyait ainsi !
Habituellement Pierre ne faisait jamais ce genre de besogne ; Pour sa voiture il y avait toujours un membre de l'équipe d'entretien de l'usine qu'il pouvait charger de ces corvées et il n'avait jamais considéré que c'était une manière agréable de passer ses week-end. Il rejoignit Madeleine et prit le tuyau comme elle le lui avait demandé. Elle frottait fort, sans rechigner, et il avait l'impression qu'elle prenait une sorte de plaisir à s'acharner ainsi sur les moindres salissures qu'elle trouvait sur l'auto. Il le lui fit remarquer car pour sa part il ne pouvait trouver aucune sorte de plaisir à faire ce genre de choses.
« J'essaie de trouver du plaisir dans tout ce que je fais, répondit-elle, surtout les choses les plus humbles qui ne présentent aucune difficulté. C'est plus une question philosophique que l'orgueil du travail noble ou je ne sais quoi.
« Ça doit être votre nature d'artiste, dit Pierre.
« Peut-être bien que vous avez raison, dit Madeleine, quoi qu'il en soit, je ne fais jamais rien que j'aie envie de refuser, je reste toujours libre de choisir. Dans ces conditions il n'est pas difficile de rester de bonne humeur !
« Votre fils n'est pas resté avec vous ? Demanda Pierre.
« Il est reparti ce matin, comme prévu. Ça ne l'intéresse pas tellement de passer ses vacances avec sa mère. Vous avez des enfants ?
« Deux garçons, répondit Pierre ; C'est pareil, ils sont en vacances en Grèce avec leurs fiancées.
« Vous les avez mis au courant ? Demanda Madeleine.
« Pas encore, Ils font du camping, ce n'est pas facile de les joindre ; et puis j'ai préféré attendre un peu pour être sûr. Si jamais Isabelle reparaissait aujourd'hui ou demain en me disant qu'elle avait eu envie d'aller se promener, ça ne serait pas la peine de les inquiéter pour rien.
« Vous commencez à croire cela ?
« Pas vraiment, dit Pierre, c'est juste une manière de parler.
« Vous n'avez encore prévenu personne de votre entourage ?
« Non, voyez vous, si je le fait j'ai l'impression que la disparition d'Isabelle va devenir définitive. En plus je vais être entouré de gens qui s'inquiètent et qui, sous prétexte de me soutenir, passeront leur temps à m'appeler pour m'exprimer leur inquiétude, et en fait ce sera à moi de les soutenir.
Il y eut un silence de quelques minutes au bout duquel Pierre reprit la parole :
« Vous savez, dit-il, je n'ai encore jamais fait ce que vous me faites faire.
« Je sais bien, répondit Madeleine. En fait, en laveur de voitures vous n'avez pas vraiment la tête de l'emploi. Je ne me moque pas de vous, mais je trouve cela assez amusant.
« J'ai l'impression de ne pas être moi-même, dit Pierre.
« Sûrement, dit Madeleine. Je me mets à votre place, mais vous savez, quand on est très angoissé, faire de petites tâches physiques qui ne demandent pas de réflexion, comme la vaisselle ou le ménage, fait du bien. C'est pour cela que beaucoup de femmes insatisfaites par leur vie trouvent un refuge dans ces choses là.
« Êtes vous vous-même insatisfaite ? Demanda Pierre.
« Non, je me débrouille bien, mais de temps en temps j'ai peur du vide comme tout le monde.
« C'est drôle comme vous parlez facilement de toutes ces choses là.
« Vous trouvez ? Parler ça libère, ça aide à penser, ça renforce. Beaucoup de gens se referment sur eux-même pour se protéger, mais il ne comprennent pas que plus ils se renferment plus ils sont fragiles.
Il y eut encore un silence.
« Parlez moi de votre femme, reprit Madeleine.
« Que vous dire, répondit Pierre après un instant. Elle est belle, intelligente et douce. C'est une femme parfaite ; elle est élégante, prend toujours soin d'elle même et ne se laisse jamais aller.
« Que fait elle quand vous n'êtes pas là, quand vous êtes à votre travail ? Continua Madeleine.
Pierre réfléchit un instant.
« Je ne sais pas, dit-il. Je suppose qu'elle s'occupe de la maison, qu'elle fait ce qu'elle a à faire et qu'elle regarde un peu la télévision...
« Vous ne lui demandez jamais quand vous rentrez ? Demanda la jeune femme.
« Si, bien sûr, nous parlons de choses et d'autres, elle me raconte sa journée, mais je n'ai pas l'impression qu'elle fasse quelque chose de particulier.
« A-t-elle beaucoup d'amis ?
« Non, pas vraiment ; Nous ne connaissons pas grand monde, nous ne sortons pas souvent. Nous sommes invités de temps en temps parce que je suis directeur de la Sofobel, mais globalement Belfort est une ville assez ennuyeuse. Nous sortions plus quand nous habitions Paris.
« Vous êtes vraiment venus vous enterrer, dit Madeleine.
« C'est elle qui a voulu que nous venions habiter en province. Je dois dire qu'à Paris ce n'était plus possible. J'étais de plus en plus stressé par mon travail et nous allions à la catastrophe.
« N'a-t-elle pas gardé des relations personnelles de son ancien métier, quand elle était actrice ?
Pierre lui fut gré de se rappeler qu'il lui avait dit cela quelques heures plus tôt.
« C'est un milieu où les gens sont surtout préoccupés d'eux même. Dès qu'on ne vous voit plus on vous oublie.
« Je ne me souviens pas l'avoir vue au cinéma, dit Madeleine.
« Elle n'a jamais eu de grands rôles dans de grands films, dit Pierre. Il aurait peut être fallu qu'elle s'y consacre plus, mais nous avons eu des enfants et ils ont pris le pas sur sa carrière.
« Vous disputiez vous souvent ? Demanda Madeleine.
« Non, plus maintenant, répondit Pierre ; avant oui, quand nous habitions Paris. C'est d'ailleurs pour cela qu'une fois elle est partie pendant trois mois.
« Et où était elle partie ?
« Dans notre villa de Nice. Oh, elle n'était pas bien loin, je lui téléphonais, j'ai même fait la route plusieurs fois, mais je crois que si je n'avais pas changé de travail elle ne serait jamais revenue.
« Avait elle beaucoup de choses à vous reprocher ?
« Je ne sais pas, dit Pierre ; oui, je crois, je n'en sais rien. Pas des choses matérielles, mais j'étais irascible, je ne pensais qu'à mon boulot, je l'étouffais. Le jour où elle est partie je n'ai rien compris ; elle s'est mise à crier quelque chose comme : « J'existe moi aussi, j'existe ! » et elle est partie en claquant la porte. Elle n'avait jamais fait une chose pareille. Sur le coup j'étais furieux de son attitude. Et puis au bout d'un moment, quand j'ai vu qu'elle ne revenait pas j'ai commencé à paniquer. J'ai téléphoné à tous les gens chez qui elle pouvait aller, mais personne ne l'avait vue. En fait elle s'était directement rendue à la gare de lyon et avait pris le train pour Nice, un train qui arrivait le lendemain matin. Il m'a fallu huit jours pour comprendre qu'elle était peut être là bas. Huit jours d'une angoisse terrible où j'étais décomposé, liquéfié. Je passais mon temps à imaginer le moment où elle allait revenir, où j'allais de nouveau la serrer dans mes bras. Vous ne pouvez pas savoir, j'étais comme fou, et en même temps j'étais persuadé que je ne la reverrais jamais plus. J'imaginais tous les baisers que je ne lui avais pas donnés et que maintenant je voulais lui faire, toutes les caresses dont je m'accusais d'avoir été avare. Il y avait en moi une chose terrible et inconnue qui avait besoin d'elle et se réveillait sous ma peau. Au bout d'une semaine j'ai eu l'idée d'appeler à la villa et elle y était. Mais elle ne voulait plus me voir, elle ne voulait pas que je vienne la chercher. Pendant trois mois j'ai cru que j'allais mourir tous les jours. Je passais mon temps à regarder la porte en espérant la voir s'ouvrir, je guettais par la fenêtre, dans la rue j'imaginais à tout moment que j'allais voir son visage se détacher dans la foule. Les enfants sont partis habiter quelques temps chez les parents d'Isabelle qui vivent à Paris eux aussi. Je n'étais pas capable de m'en occuper. Au bout d'un mois j'allais si mal que j'avais perdu ma place. Du jour au lendemain je ne m'étais plus soucié de mon travail, j'avais raté des rendez-vous importants et fait capoter des affaires en route depuis longtemps. On m'a offert de démissionner avec une indemnité confortable. C'était terrible, c'était l'enfer. Quand je lui téléphonais elle me raccrochait au nez et m'interdisait de venir. J'ai commencé une psychothérapie et puis au bout du compte elle a changé d'avis. J'étais vidé. J'avais perdu toute cette agressivité qui s'exprimait dans mon travail et je lui ai promis que rien ne serait plus comme avant. Nous avons décidé de quitter Paris et j'ai cherché une place en province dans une PME. J'ai trouvé Belfort. Vous avez raison, c'était un peu un enterrement.
« Et maintenant, est-ce pareil ? Demanda Madeleine.
« Je ne sais pas, c'est différent, elle n'est pas partie, elle a disparu, et seulement depuis hier ; mais si je ne la retrouve pas rapidement il se peut, en effet, que je retrouve cet espèce d'état de folie dépressive où j'étais plongé.
« Est-elle belle ? Demanda Madeleine.
« Oui, bien sûr, mais beaucoup de femmes le sont. Ce qu'il y a c'est que pendant cette période je me suis rendu compte que chaque millimètre carré de sa peau était extraordinaire, que j'aimais tout chez elle, ses yeux, ses lèvres, sa nuque, la peau de son ventre ou de son dos. Et avant cela je ne l'avais jamais ressenti ainsi.
« Eh oui, dit Madeleine Restoux, l'amour c'est souvent comme le poker : gagnant ou perdant, il faut payer pour voir.
Pendant qu'il parlait ainsi, Madeleine avait fini de laver la voiture. Pierre n'avait pas fait grand chose, à part tenir son tuyau, mais il était aussi exténué que si c'était lui qui avait tenu l'éponge. Madeleine retira ses gants et montrant le jet dit à Pierre:
« Posez moi ça et allons nous changer.
Ils se dirigèrent vers le vestiaire et, y entrant la première, la jeune femme lui referma la porte au nez.
« Prem's, dit-elle, attendez là, je passe la première.
Pierre se retrouva confus devant la porte, se demandant comment il n'avait pas pensé de lui même à cette chose là. Mais Madeleine était une femme qui ne s'embarrassait pas de principes et remettait vite les choses à leur place.
« Tenez, dit-elle en ressortant, venez vous changer, pendant ce temps là je vais essayer de téléphoner à mon ami journaliste, voir s'il est rentré.
Dans le vestiaire, en se déshabillant, Pierre se demanda comment il en était arrivé là. Il avait l'habitude de tout contrôler et là, subitement, il était devenu le jouet d'un flux d'événements qui se succédaient et s'enchaînaient sans qu'il s'en rendit compte. Il se trouvait amené à faire des choses qu'il n'avait jamais faites, sans s'en défendre ni s'en étonner. Madeleine lui faisait un drôle d'effet. Il avait l'impression que derrière un abord facile c'était quelqu'un qui savait manipuler les gens et que sa gaieté et sa cordialité cachaient une force de caractère peu commune. Il repensa à la manière fortuite et saugrenue dont ils s'étaient rencontrés, au mauvais effet qu'elle lui avait fait au début, puis comment petit à petit il s'était laissé gagner par la confiance, jusqu'à se retrouver là, en train de se déshabiller dans un mauvais vestiaire qui sentait le savon gris après avoir lavé une voiture dans un garage.
Un moment il se demanda si elle pouvait être pour quelque chose dans la disparition d'Isabelle, si leur rencontre avait été tout à fait liée au hasard où si au contraire il pouvait y avoir une machination. Puis il repoussa cette idée avec horreur, se mortifiant d'y avoir pensé. Après tout, c'est de lui même qu'il était venu la trouver ce matin et s'il n'y avait pas pensé personne n'aurait pu l'y obliger. Ensuite il se souvint qu'un ami de Paris lui avait dit une fois que les psychologues avaient fait tellement de progrès qu'il existait des techniques de manipulation mentale à distance. A l'époque il avait haussé les épaules, mais maintenant ces mots lui revenaient et il se mettait à douter de tout. Quand il ressortit du vestiaire il n'osa pas regarder Madeleine en face.
« Je suis fatigué, lui dit-il, je vais rentrer chez moi et me coucher, je crois que c'est la meilleure chose que je puisse faire.
« J'allais vous garder à dîner, lui dit Madeleine. Mais qu'à cela ne tienne, allez y si vous pensez que c'est mieux. Nous nous téléphonerons demain. Je n'ai pas pu avoir mon ami le journaliste, je réessaierai plus tard.
En chemin il essaya de faire le point, mais il était incapable de savoir si les gestes qu'il avait fait étaient meilleurs ou non que d'autres qu'il aurait pu faire et cette idée l'inquiétait. Le matin même il comptait encore sur ses capacité d'improvisation et maintenant il était paniqué à l'idée qu'il ne possédait aucun critère objectif d'appréciation de la valeur de ses choix. En arrivant à la villa il ne trouva rien de changé par rapport à son départ ; la maison était toujours aussi vide, toujours aussi muette, toujours aussi chargée de l'absence d'Isabelle.
« Je ne vais pas pouvoir dormir là, pensa-t-il.
Il s'étonna que la veille cette situation ne l'en ai pas empêché.
« Sans doute était-ce trop frais, ce n'est que maintenant que je réalise.
Il alla dans l'armoire à pharmacie de la salle de bains et prit deux cachets de somnifère. Quand quelques minutes après il sentit venir le sommeil il n'avait toujours pas mangé.

(à suivre) 

22/06/2005

Chère Isabelle, 1

Chère Isabelle




1


C'était un après-midi d'été, étouffant comme souvent. Les voitures étaient arrêtées sur l'autoroute, pare-choc contre pare-choc, plus rien ne bougeait. Il y avait des familles avec des enfants et des montagnes de bagages accrochés sur la galerie, des caravanes, des camions, seule de temps en temps quelque moto passait au ralenti sur la voie d'arrêt d'urgence. Des gens étaient descendus de leur voiture pour prendre l'air et essayer de regarder au loin s'ils voyaient quelque chose. Mais on ne voyait rien car à moins d'un kilomètre de là la route escaladait une colline et la vue était bouchée. L'embouteillage allait bien plus loin que ce que l'on voyait et certains partaient à pied rejoindre une station service qui se trouvait à quelques centaines de mètres. Il y avait une enseigne de cafétéria qui dépassait des arbres et ceux qui le pouvaient envoyaient un émissaire aux nouvelles et chercher des rafraîchissements.
« Il doit y avoir un accident, dit quelqu'un.
« Cela fait quarante minutes que ça n'a pas bougé, ajouta un autre ; il y a sûrement quelque chose.
La première personne opina de la tête. C'était un homme dégarni au teint rougeaud et à la figure ronde. Ses yeux bleus et sa moustache roussâtre lui donnaient un aspect flamand et les bras à la peau blanche qui dépassaient de son polo rouge étaient couverts de taches de rousseur.
« Je vais aller aux nouvelles, dit sa femme qui était assise à côté de lui.
Elle était grande et mince ; ses cheveux blonds décolorés étaient si clairs qu'ils viraient presque sur le blanc. Elle avait le visage triangulaire et fin et ses traits bien que nettement dessinés étaient plein de douceur.
« Reste donc là, dit son mari ; ça va bien finir par redémarrer.
Mais elle était déjà dehors.
« J'ai soif, dit elle ; Et puis j'en ai assez de rester coincée là en plein soleil dans l'auto. Si ça démarre tu me prendras en route.
« Quand même, reprit l'homme, il y a la climatisation dans la Mercedes, ce n'est pas la peine d'aller marcher sous le soleil.
Elle s'éloigna sans répondre. Son mari la regarda partir avec un soupir d'énervement et haussa les épaules. Il avait bien envie de lui courir après mais ne pouvait se résoudre à laisser sa voiture seule au milieu de l'embouteillage. Quelqu'un se mit à klaxonner et aussitôt cela dégénéra en un concert collectif.
« Ça ne sert à rien, dit l'homme, ça ne sert à rien !
La porte de la voiture d'à côté s'ouvrit et une femme en sortit, tirant sur sa jupe pour en effacer les plis.
« Ça ne sert à rien, mais ça soulage dit elle. Le plus énervant est d'être obligés de rester là sans rien pouvoir y faire, sans même que ça avance un tout petit peu.
Elle regarda la plaque d'immatriculation de la Mercedes et parut intéressée.
« Tiens, dit-elle, vous aussi vous êtes du territoire de Belfort ?
« Ça ne fait pas très longtemps dit l'homme, avant nous étions en région parisienne, mais je suis venu là pour mon travail.
« Et vous habitez à Belfort même, dit la femme ?
L'homme ne répondit pas. Il regardait la R 12 usée de sa voisine, la queue de raton laveur qui pendait au rétroviseur et le sapin magique qui faisait disparaître les odeurs de cigarette.
« Vous habitez à Belfort même, répéta la femme ?
Cette fois il la regarda dans les yeux. C'était une petite brune décoiffée au visage anguleux. Elle avait de grand cernes sous les yeux mais on voyait qu'elle devait les avoir en permanence. Il regarda dans la voiture et vit que le volant était tenu par un homme d'une vingtaine d'années.
Elle avait suivi son regard.
« C'est mon fils, dit-elle ; c'est sa voiture, il m'emmène dans le midi.
L'homme ne répondait toujours pas.
« Vous n'êtes pas causant tout de même, dit la femme.
« Causer ça ne se dit pas, pensa l'homme.
Il n'avait décidément pas envie de se lier avec sa voisine. Il trouvait qu'il y avait en elle quelque chose de vulgaire et qu'elle manquait de retenue.
« Votre femme vous a laissé tomber, reprit la brune ?
Cette fois ci l'homme fut touché.
« Elle est juste partie chercher à boire, dit-il ; elle va revenir tout de suite.
« Cela fait déjà un moment, reprit-elle. J'ai du thé glacé dans le thermos, vous en voulez un peu ? Jimmy, donne moi un gobelet dit-elle en se retournant vers son fils.
Malgré la climatisation de sa voiture l'homme avait chaud à cause du soleil qui tapait directement sur le pare-brise. Il accepta et le thé, légèrement sucré, lui parut délicieux.
« Elle est gentille, après tout, pensa-t-il.
« Vous allez en vacances ? demanda la femme en regardant à l'intérieur de la Mercedes où l'on ne voyait pas de bagages.
« Nous avons une maison à côté de Nice, répondit-il. Mais nous n'allons pas en vacances, seulement en week-end.
« A ce train là, répondit la femme, il risque d'être court votre week_end !
« A chaque fois c'est pareil, dit l'homme ; En partant de Belfort ça se passe bien mais c'est quand on arrive dans la vallée du Rhône que l'on perd du temps.
« Quand même, reprit la femme ; ça en fait des kilomètres pour un simple week-end !
« En fait, dit l'homme, j'emmène ma femme qui reste pour les vacances, mais moi je rentre demain soir.
On entendit des sirènes qui venaient de l'autre côté de la colline.
« Ce n'est pas trop tôt, dit la petite femme brune, ils vont peut-être bientôt dégager la route!
« Votre mari ne va pas en vacances avec vous ? Demanda l'homme de la Mercedes.
« Plus de mari! Envolé ! Comme votre femme ! Répondit-elle.
« Ma femme n'est pas envolée, dit l'homme ; elle avait juste envie de se dégourdir et de marcher un peu. Quand la circulation va repartir je vais la récupérer à la station service.
« Bien sûr, dit l'autre, je plaisantais ! Mais moi mon mari est parti comme ça, un jour. Il est sorti faire une course et je ne l'ai jamais revu ! Il m'a laissée en plan avec un enfant qui avait dix ans à l'époque et a disparu dans la nature.
« Vous n'avez pas fait faire de recherches ? Demanda l'homme.
« Oh si, bien sûr ! On l'a même retrouvé ! Le problème c'est que maintenant il vit à l'étranger et n'a jamais voulu revenir ! Il m'a laissé la maison à finir de payer, notre fils et adieu ! Nous sommes divorcés depuis cinq ans maintenant, vous savez !
A ce moment on vit les voitures qui précédaient commencer à bouger.
« Tu viens maman, ça démarre, cria le fils depuis l'intérieur de la R12.
« Si vous passez par Saint-Jean-du-Var avec votre épouse, arrêtez vous pour me voir dit la femme avant de remonter dans la voiture. Je m'appelle Madeleine Restoux, je suis en vacances chez mes parents qui tiennent le garage à la sortie de Saint-Jean sur la route de Grasse !
« Drôle de femme, pensa l'homme ; elle ne me connaît même pas et elle m'invite chez elle !
En desserrant son frein à main il mit son clignotant à droite pour se préparer à changer de file et à aller à la station service. La circulation repartait doucement, mais les voitures étaient tellement serrées les unes contre les autres et les conducteurs tellement soucieux de ne pas céder un mètre de place qu'il eut du mal à faire sa manœuvre. Il vit s'éloigner la voiture beige de Madeleine Restoux qui bénéficiait d'une file plus rapide. Enfin il se trouva sur la bonne voie de circulation et roula lentement vers la bretelle de dégagement en regardant de loin s'il voyait sa femme.
« Elle doit être à l'intérieur, pensa-t-il, je vais me garer et descendre moi aussi pour me détendre. Après tout, nous ne sommes plus à quelques minutes près.
La cafétéria était un très grand local avec plusieurs salles séparées. Il y avait un bar en arc de cercle face auquel se trouvait une série de mezzanines surélevées de quelques marches et aussi des distributeurs automatiques de sodas. Il ne vit pas sa femme non plus que dans la boutique attenante où l'on vendait des boissons à emporter, des sandwichs et des gâteaux secs. Il se dirigea vers les toilettes des dames auxquelles on accédait après un grand couloir.
« Isabelle, tu es là ? Appela-t-il ;
Il n'y eut pas de réponse.
« Isabelle ?
Il revint vers le bar en regardant autour de lui pour voir si un endroit ne lui avait pas échappé. La caissière était occupée avec des clients et un serveur coiffé d'un calot de papier était en train de ranger des verres dans le lave-vaisselle. Il y avait très peu de monde dans la cafétéria et aucun endroit où il n'ait déjà regardé. Il ressortit et s'approcha de sa voiture mais sa femme n'était pas là non plus. Il s'éloigna un peu pour aller inspecter la zone de pique-nique avec ses tables de gros bois plantées dans le gazon. Il n'y avait nulle part de trace d'Isabelle. Il commença à être inquiet et revint vers le barman.
« Excusez moi, dit-il ; je suis à la recherche de ma femme, elle devrait être là mais je ne la trouve pas. C'est une femme blonde et mince, habillée en noir et avec des bijoux.
Il cherchait à se rappeler un détail caractéristique qui aurait pu frapper le garçon.
Celui-ci réfléchit quelques secondes.
« Attendez voir, dit-il ; il y avait une femme comme vous dites, mais elle n'était pas seule. Elle était là, au bar, et discutait avec un homme. Ils sont partis il y a cinq minutes ; mais ce n'était peut être pas elle.
« Mais ce n'est pas possible, répondit l'homme qui cherchait sa femme ; elle est entrée là tout à l'heure, pendant que je faisais la queue dans l'embouteillage, il n'y avait personne avec elle !
Il regarda encore sur le parking puis en direction de l'autoroute. La circulation était maintenant redevenue presque normale. Le flot de voitures s'écoulait lentement mais de manière ininterrompue.
« Mon Dieu ! pensa-t-il, qu'est ce qui m'arrive !
Une pensée lui traversa soudain l'esprit. Il sortit son téléphone portable de sa poche et chercha son nom dans le répertoire. Il lança l'appel et attendit quelques secondes, mais il n'y eut pas de sonnerie et il tomba directement sur la messagerie. Le téléphone d'Isabelle n'était sans doute pas branché et il n'avait pas de moyen de la joindre.
Il revint vers la cafétéria et demanda au garçon le numéro de téléphone de la gendarmerie de l'autoroute.
« C'est sérieux ? Demanda le garçon, vous avez vraiment perdu votre femme ?
« Nous étions bloqués dans l'embouteillage à quelques centaines de mètres d'ici et elle est venue à pied chercher à boire. Où voulez vous qu'elle soit passée ? Il y a absolument quelque chose d'anormal !
La caissière et le barman se regardèrent avec un air qui voulait exprimer la compassion. Ils étaient embêtés pour lui mais ne savaient pas comment l'aider.
« Y a pas, dit la caissière, il faut appeler la gendarmerie.
L'homme se sentit soudain très seul. Il était toujours très à l'aise dans son travail, avec des tas de gens sous ses ordres à qui il n'avait qu'à commander, mais dans la vie courante c'est sa femme qui avait l'habitude de s'occuper de tout.
« Donnez moi un café, demanda-t-il au barman pendant que la caissière composait un numéro au téléphone.
Il s'accouda sur le bar et prit sa tête entre ses mains. Il ne pouvait pas s'imaginer ce qui avait pu se passer.
« Vous êtes sûr que vous l'avez vue avec quelqu'un ? demanda-t-il au barman ;
« Je ne sais pas si c'était votre femme, répondit celui ci, mais il y avait une femme blonde habillée en noir et avec des bijoux.
« Avaient ils l'air de se connaître ? demanda l'homme.
« Je ne sais pas, dit le garçon, je n'ai pas bien fait attention, mais c'est sûr qu'ils parlaient ensemble.
La caissière lui tendit le téléphone.
« C'est la gendarmerie, dit elle, expliquez leur !
Le gendarme de service lui dit de passer à son bureau à la sortie d'Orange car il ne pouvait pas prendre de déposition par téléphone.
Il bu son café mais ne pu pas se résoudre à partir ; il avait l'impression qu'elle allait surgir à n'importe quel instant et qu'il n'avait qu'à rester là à l'attendre.
« Avec qui pouvait elle bien être ? Pensa-t-il. Peut-être est ce un ancien amant qu'elle a rencontré ?
Il ne l'avait jamais pensée infidèle mais soudain le doute s'installait.
« Et si elle avait rencontré un ancien amant qu'elle n'ait jamais oublié ? Se pourrait il que pendant toutes ces années elle lui ait menti en lui cachant une double vie ? On disait que dans ces cas là le mari était toujours le dernier informé. Pourtant il n'avait jamais eu l'impression de rien, il n'avait jamais eu de doute. Et si c'était un voyou, un truand qui ait engagé la conversation pour pouvoir l'enlever ensuite ? Il y avait des femmes qui étaient kidnappées comme cela par des réseaux de prostitution ! Mais à son âge ! Elle avait tout de même plus de quarante ans! Même si elle était encore très belle, c'était plutôt les très
jeunes filles un peu paumées qui se faisaient enlever comme cela !
Il paya son café et se décida à partir. La gendarmerie était à une vingtaine de kilomètres. Peut-être qu'en regardant bien sur les bords de l'autoroute il la verrait ou quelque chose qui pourrait lui donner une indication ?
« Bonne chance pour votre femme, lui dit la caissière pendant qu'il sortait.
Il roulait lentement sur la file de droite et regardait le bas-côté. Il cherchait à voir une tache de couleur où n'importe quoi qui pourrait être un signe. Les arbres défilaient sur le bord de la chaussée au milieu de l'herbe sèche et il y avait très peu de bosquets serrés. Rien qui puisse constituer vraiment une cachette, pas de bois où se perdre ; plus en arrière il y avait des champs où le blé venait d'être fauché. Là non plus il n'y avait rien d'anormal, si ce n'est cette absence qui devenait de plus en plus affolante, ce vide qui l'environnait. Les idées tournaient dans sa tête en s'accélérant.
« Qu'est ce qui a pu se passer ? Se répétait il sans cesse.
Finalement il arriva à la gendarmerie. Quand il voulut ouvrir la porte du bâtiment, celle ci était fermée à clefs. Il y avait un écriteau sur la porte : « Sonnez pour appeler. »
« C'est vrai, se dit il ; les gendarmes s'enferment maintenant, ils ont sans doute peur d'être attaqués !
Un homme en uniforme vint lui ouvrir.
« Bonjour dit l'homme qui cherchait sa femme, je vous ai téléphoné tout à l'heure, mon épouse a disparu, je crois qu'elle a été enlevée.
« Entrez, dit le gendarme, nous allons voir ça.
Il passa derrière une sorte de comptoir et s'assit devant un ordinateur.
« Commençons par le début, vous êtes monsieur ?
« Pierre Meunier, répondit l'homme ; et en disant cela il ressentit une sorte de déception. Il s'était attendu à entendre tout de suite les sirènes hurler, à voir les voitures bleu marine partir dans tous les sens à toute vitesse à la recherche d'Isabelle. Au lieu de cela il ne voyait qu'un fonctionnaire tout seul qui s'apprêtait à enregistrer une déclaration. Il déclina son identité et celle d'Isabelle et raconta par le détail ce qui s'était passé. Il avait tendance à répéter plusieurs fois ce qui lui paraissait être des indices important, comme la présence d'un homme à la cafétéria qui avait parlé avec elle, mais il se rendit soudain compte qu'il n'avait même pas songé à demander au barman à quoi ressemblait cet homme.
« Ça ne fait rien, dit le gendarme. De toute façons nous allons vérifier tout ça ; ne vous en faites pas, nous avons l'habitude. Vous êtes vous disputés récemment ?
« Non dit Pierre Meunier, mais je ne vois pas le rapport.
« Il y a cinquante mille disparitions par an en France, répondit l'autre, la plupart ne sont que des fugues. Les véritables enlèvements sont rarissimes, surtout chez les adultes.
« Nous ne nous étions pas disputés, dit Pierre ; bien sûr, il y avait des hauts et des bas, comme dans tous les ménages, mais nous n'avions pas eu de querelle grave ni importante. Elle ne serait pas partie comme cela, dans ce genre de circonstances.
Il rappela l'embouteillage, la chaleur, cette atmosphère étouffante de gaz d'échappement et le bruit des klaxons.
« Elle était partie se dégourdir les jambes, dit il. Je ne suis pas allé avec elle car il fallait bien que je reste dans la voiture ; mais cela allait bien à par ça.
« Avait elle une maladie nerveuse, ou des crises d'amnésie ?
« Pas que je sache, elle avait bien des bouffées de chaleur de temps en temps, mais c'est tout ;
« Jamais soignée pour une dépression nerveuse ou quelque chose comme ça ?
« Non, dit le mari. Tenez, ajouta-t-il, j'ai une photo d'elle justement.
Et ouvrant sa mallette il sortit une pochette de photos qui venaient d'être développées.
« Elle n'est pas d'un très grand format, mais par contre c'est une photo récente.
« Au moins c'est déjà ça, cela va nous permettre de gagner du temps, nous allons pouvoir faire des agrandissements et les diffuser dans toutes les gendarmeries. Avez vous une idée sur cet homme avec qui elle était au bar ? Demanda le gendarme.
« Je ne sais pas, dit Pierre Meunier, je me le suis déjà demandé. Je me suis demandé
si par hasard elle n'avait pas pu rencontrer quelqu'un qu'elle connaissait, un ancien amant par exemple. Mais cela ne tient pas, nous n'avons jamais eu ce genre d'histoire. C'est une femme bien, vous savez. Que va-t-il se passer maintenant ? Demanda-t-il.
« Nous allons lancer un avis de recherche et mener une enquête dans la région. Nous vous préviendrons si nous avons du nouveau. Si c'est un enlèvement vous allez certainement recevoir une demande de rançon. Ils vous dirons de ne pas prévenir la police, bien sûr ne les écoutez pas. Si nous voulons remonter jusqu'à eux il faut que nous soyons informés sur tout. Mais ne vous attendez pas trop à cela ; les enlèvements pour rançon sont préparés de manière minutieuse. En ce qui concerne votre femme, sa disparition a l'air tout à fait fortuite. Mais malgré tout on ne sait jamais. Parfois l'occasion fait le larron et il ne faut pas abandonner cette piste. Au fait, a-t-elle un téléphone portable avec elle ? C'est un instrument extraordinairement utile, car s'il est branché nous avons la possibilité de localiser l'endroit où il se trouve de manière absolument précise.
« Et s'il n'est pas branché ? Demanda Pierre.
« A ce moment, bien sûr, cela ne sert à rien ; mais souvent les gens ne pensent pas à ce détail et il nous permet de gagner du temps dans beaucoup d'enquêtes. Vous pouvez appeler ici de temps en temps pour venir aux nouvelles, mais il ne faut pas forcément vous attendre au pire. D'ailleurs nous n'avons pas d'autre cas semblable pour le moment ; quand il y a des affaires criminelles vous savez, elles sont rarement isolées. Attendez vous à recevoir la visite d'un enquêteur pour un complément d'information. Vous rentrez chez vous à Belfort ou vous continuez votre voyage dans le midi ?
« Je n'avais pas encore pensé à cela, dit Pierre. Je suppose que je vais aller dans le midi puisque c'est là que nous allions. Si jamais c'était une fugue comme vous avez l'air de le dire, il est possible qu'elle y soit allée.
« Vous avez des enfants ? Demanda le gendarme, il faut peut être penser à les prévenir.
« Nous avons deux enfants, deux garçons ; ils sont partis en vacances en Grèce avec leurs fiancées. Ils font du camping, ça n'est pas facile de les joindre, d'habitude c'est eux qui nous téléphonent.
Pierre ressortit de la gendarmerie. Le soleil avait baissé sur l'horizon et l'on sentait que l'après-midi allait toucher à sa fin. Il remonta dans sa voiture et réfléchit un peu. Il ne pouvait pas repartir comme cela. Au moment de s'engager sur l'autoroute il prit la bretelle inverse et reparti dans l'autre sens. Il dut faire une trentaine de kilomètres avant de pouvoir refaire demi-tour et retourner à la station-service.
Quand il entra dans la cafétéria et se dirigea vers le bar il vit que la caissière et le barman avaient changé. Ceux de la nouvelle équipe n'étaient au courant de rien et non, personne n'avait laissé de message à son intention. Il regarda autour de lui et sur le parking, mais il n'y avait toujours pas de traces d'Isabelle. Le fil était rompu avec ce qui s'était passé tout à l'heure. Il regarda sa montre et vit qu'il n'était pas encore dix-huit heures.
« Solange doit être chez elle, pensa-t-il, je vais lui téléphoner.
Solange était sa secrétaire ; il dirigeait une entreprise de fonderie qui travaillait pour l'industrie automobile.
« Allo, Solange ? Dit il ; c'est Pierre à l'appareil. Dites moi, je ne vais peut être pas pouvoir rentrer dimanche soir. Je pense que je ne serai pas là pendant quelques jours. Je compte sur vous pour vous occuper des affaires courantes, si il y a quelque chose de particulier n'hésitez pas à me joindre sur mon portable à tout moment.
Sa secrétaire lui demanda s'il y avait quelque chose de grave, mais il ne lui dit rien. Il préférait attendre de savoir si vraiment la disparition d'Isabelle se confirmait.
Il ne savait pas vraiment ce qu'il allait faire ; chercher Isabelle, bien sûr, mais où et comment ? C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais il n'y avait pas d'autre choix. La gendarmerie allait faire son travail, lui il pouvait essayer de compter sur la chance. Il remonta dans sa Mercedes et reprit doucement l'autoroute en direction du sud. Autour de lui c'était le défilé ininterrompu des camions et des voitures qui le doublaient. Il roulait à une vitesse assez lente pour ne rien perdre du moindre détail de ce qu'il voyait autour de lui. Mais les kilomètres s'accumulaient et il avait la lourde impression qu'il s'éloignait de plus en plus de sa femme.
La nuit était tombée quand il arriva dans sa villa des environs de Nice. Bien sûr il n'y avait personne. Toute les lumières étaient éteintes comme il se devait, mais il n'avait pas pu se départir de l'espoir que peut être il la trouverait là à l'attendre. Il alluma la maison et sentit le vide devenir de plus en plus pesant. Qu'allait il faire maintenant ? Il ne pouvait pas errer au hasard des rues en s'imaginant qu'il allait la rencontrer à la terrasse d'un café. Il alla dans son bureau et alluma son ordinateur. De sa mallette il sortit une seconde photo d'Isabelle et pensa que c'était une chance d'être passé chez le photographe retirer cette pochette juste avant le départ. Il glissa la photo dans le scanner et entreprit de composer une affichette qu'il pourrait faire diffuser en grande quantité. Il lui faudrait attendre le lundi pour trouver un imprimeur disponible, mais déjà un plan d'action se formait dans son esprit. Grâce à des annonces à la radio et à la télévision il pourrait trouver des volontaires pour former avec lui un comité qui distribuerait les affiches et chercherait à regrouper d'éventuelles informations. Il calcula que si une lettre anonyme lui demandant une rançon lui était envoyée à Belfort elle ne pourrait pas arriver avant mardi matin au plus tôt. Il pouvait donc rester jusqu'à ce moment là dans le midi à essayer de mettre les choses en branle.
Des environs d'Orange où elle avait disparu en allant vers le midi jusqu'à Nice il y avait à peu près trois cent kilomètres. Il lui faudrait donc orienter ses recherches à l'intérieur d'un triangle représentant l'ensemble de la côte méditerranéenne et ce n'était pas une mince affaire.

(à suivre) 

18/06/2005

La véritable histoire de histoire de Tristan et Iseult

La véritable histoire de Tristan et Iseult








Il était une fois un roi dont le nom était Marc qui avait un neveu nommé Tristan. Ce roi était le souverain le plus riche et le plus puissant de toute la contrée. Cependant, bien qu'ayant beaucoup d'argent et un grand pouvoir, il était très malheureux car à son royaume il manquait une reine. Et qu'est-ce donc qu'un royaume sans héritier si fortes ses armées soient-elles ?
Un jour il convoqua son neveu qu'il aimait comme un fils et en qui il avait grande confiance. « Tristan, lui dit-il, toi qui es le meilleur de mes barons et mon parent le plus cher, je vais te confier une mission de grande importance en laquelle tu devras avoir bonne clairvoyance et fine diplomatie. Il s'agit de me trouver une épouse digne d'être une reine. »
Tristan qui, bien qu'il fut prince d'un royaume voisin savait se conduire en parfait vassal, grimpa aussitôt sur le dos de son écuyer et lui cravacha vigoureusement les fesses qu'il avait fort dodues, afin de se diriger au plus tôt vers les pays du couchant qui étaient fort lointains, même en partant de Cornouailles.
Et pourquoi, me direz vous, alla-t-il vers les pays du couchant plutôt que vers les pays du levant ? La réponse est évidente : si on cherche une épouse pour fonder une dynastie, il vaut mieux une femme qui se couche qu'une femme qui se lève ! Pour le ménage, c'est autre chose...
Après bien des aventures comiques qui valent largement celles du Mont Golgotha il réussit à trouver une vierge qui attendait paisiblement que l'on vienne la déflorer. Elle avait pour nom Iseult et vivait dans le pays lointain où l'herbe est toujours verte, même en hiver. Sa mère qui commençait à s'impatienter fut ben aise de voir venir Tristan et d'apprendre de quelle mission il était chargé. Tout de suite elle enjoignit sa fille de faire ses valises et après bien des recommandations confia à la suivante de la dite pucelle une coupe emplie d'un liquide merveilleux destiné à rendre amoureux quiconque en boirait de la personne qui en avait bu en même temps.
« Encore une de casée ! Dit-elle, c'était la dernière ! »
Donc, tristan et Iseult se retrouvèrent sur le chemin du retour en compagnie d'un nombreux équipage et à bord d'une nef qui voguait fièrement vers le pays de Cornouailles. A cette époque, où les saisons n'avaient pas encore été détraquées par les bombes atomiques, il faisait toujours superbement chaud en été, les soirées étaient douces et le vent jouait du violon dans les cordages du bateau. Aussi, en quelques jours, la provision d'eau fut-elle épuisée par l'équipage assoiffé. Vint un après midi où Tristan et Iseult, après avoir cherché pendant fort longtemps une coupe de quelque chose à se jeter derrière la cravate, s'assirent épuisés contre le bastingage.
« Mon ami, dit soudain Iseult, je viens de penser à ce breuvage que ma femme de chambre tient précieusement caché dans un coffre de sa cabine. Sans doute l'a-t-elle gardé afin de se saouler le soir en égoïste. Je vais le chercher ! Ou plutôt non, viens avec moi et nous étancherons là-bas notre soif afin de n'être vus par personne !
Une goutte de ce précieux liquide suffit à les désaltérer profondément. Mais hélas, les pauvres, ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient car c'était le philtre d'amour destiné au roi Marc et à Iseult !
Ils se regardèrent surpris car ils ne savaient pas ce qui leur arrivait, mais ils comprirent qu'ils étaient profondément épris l'un de l'autre. Leurs corps, comme aimantés, se rapprochèrent petit à petit. Quand ils en eurent conscience ils allèrent plier un gourdin dans une chaloupe.
Pendant ce temps là, un marin assoiffé qui passait dans la coursive avait vu la coupe lui aussi ; et il l'avait vidée. Il ne comprit pas très bien quand il se sentit attiré vers la chaloupe où s'aimaient tendrement Tristan et Iseult. Mais c'est bien ces derniers qui furent les plus étonnés de se sentir enfilés par derrière et par devant !

09/06/2005

Les ramasseuses

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Les ramasseuses



Ce matin je suis retourné sur cette plage dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois et où j'aime tant aller me promener.
C'est dans la Baie du Mont Saint-Michel : à marée basse, quand la mer s'est retirée, on peut marcher pendant des kilomètres sur le sable mouillé sans atteindre l'eau. C'est alors un vaste domaine désertique, où il n'y a que les goélands et les canards qui passent dans le ciel, avec de loin en loin seulement un tas de varech ou une ligne de desures pour attirer le regard.
Marcher dans la Baie, c'est comme marcher dans un désert ou naviguer sur l'eau : il faut avoir un but à se fixer autrement l'ennui vient très vite de ne pas savoir où aller. Si on se promène dans la campagne ou en ville on est obligé de suivre les chemins ou les trottoirs des rues. Cela nous guide et on peut toujours choisir de tourner à gauche ou à droite pour suivre une rue ou un autre chemin. Mais dans la Baie, dans cette immense étendue plate, on a toujours en permanence la totalité du paysage sous les yeux. Aller à gauche ou à droite n'a plus aucun sens : il n'y a pas de route à suivre et on peut aller partout. C'est pour cela que dans la Baie, au delà des dangers que l'on peut y trouver, il faut toujours savoir où l'on va : c'est quand on a le nez sur les choses qu'elle deviennent différentes. Il y a des coins où l'on pêche et d'autres où il n'y a rien, mais de loin tout se ressemble, surtout pour celui qui n'est pas habitué à venir tous les jours.
De loin je voyais deux silhouettes penchées que je pris pour des pêcheuses de coques.
Je décidai d'aller vers elles. C'était un but comme un autre, juste une direction dans laquelle marcher, et comme j'ai beaucoup d'amis sur cette côte je me disais que si je les connaissais cela me donnerait l'occasion de les saluer et d'échanger quelques mots.
Les coques sont par excellence le fruit de mer de la région : elles sont toujours abondantes et on commence à les pêcher dès la plus tendre enfance tant cette pêche est facile ! Souvent il n'est même pas besoin de regarder au sol : on les sent sous les pieds en marchant, il y en a des tapis entiers. Il suffit de racler le sable avec un petit râteau pour les voir apparaître et il n'y a qu'à les ramasser pour en emplir des paniers. Elles ne se vendent pas cher, mais la Baie est généreuse et des générations de pêcheurs se sont nourris du produit de leur pêche. Pour les touristes et les amateurs elles sont aussi le moyen le plus sûr de passer un bon après midi.
En m'approchant je vis que les deux silhouettes penchées m'étaient inconnues. C'était deux femmes au teint mat et aux lourds cheveux noirs relevés en chignons et dont les jupes de cotonnade colorée descendaient à la hauteur des mollets. Le bas de leurs jupes était trempé par l'eau de mer et gris de vase salée, mais elles n'avaient pas l'air de s'en préoccuper. C'était deux gitanes ; elle devaient venir de ce campement de caravanes que j'avais aperçu tout à l'heure. J'étais étonné car elles n'avaient pas de panier, ni rien où mettre leur pêche. Pourtant elles étaient penchées en avant, dans la même position que les ramasseuses de coques et avaient l'air de fouiller le sable à la recherche de quelque chose.
Je m'approchai d'elles jusqu'à presque pouvoir les toucher. La plus jeune me regarda d'un air courroucé, me montrant que je les gênais. J'hésitai un peu, puis je leur demandai ce qu'elles étaient en train de chercher. Ce fut la plus vieille des deux qui me répondit, alors que l'autre faisait semblant de ne pas m'entendre :
« Mais si, il faut répondre à cet homme là ! dit elle ; peut être qu'il a un peu d'argent et qu'il sera intéressé ! »
Puis, se tournant vers moi :
« Monsieur, me dit elle, j'ai quelque chose pour vous, pour vous donner le bonheur ! Si vous m'achetez, vous serez heureux, vous obtiendrez tout ce que vous désirez ! »
J'avais souvent entendu ce genre de boniment et je ne suis pas d'une nature crédule. Mais d'entendre cela dans un tel endroit me fit sourire.
« Ne souriez pas monsieur, me dit elle. Nous, les vieilles gitanes, nous savons trouver des choses que personne ne trouve, et même ici, même les pêcheurs les plus malins ne sont pas capables de trouver ce que nous trouvons dans la vase.
« Montrez moi, lui dis-je. Vous pouvez toujours me montrer, peut-être que j'achèterai ! »
J'avais envie de savoir ce qu'elle allait me raconter et ce qu'elle serait capable d'inventer pour me soutirer quelques euros.
Elle fouilla dans sa poche et en retira une sorte de perle ovoïde, quelque chose qui aurait pu ressembler à une larme de verre, ou à une pampille de cristal provenant d'un lustre ancien.
« Vous voyez cela ? Me demanda-t-elle ; vous n'en avez jamais vu ? Eh bien c'est ce que nous nous pêchons ici ! Et cela peut vous porter bonheur pendant une lune entière, quatre semaines de bonheur ! Vous avec déjà vu ça ? »
Je convins que je n'avais jamais vu « ça ».
« Eh bien me dit-elle, si vous le voulez donnez moi tout de suite un billet de cent euros, et je vous dirai ensuite ce que c'est ! »
Je flairai l'escroquerie et ne voulu pas me laisser faire.
« Je n'ai pas d'argent sur moi, répondis-je, ce sera pour une autre fois.
« Tant pis ! Me dit-elle brutalement ; il n'y aura pas d'autre fois ! »
Elle donna un coup de coude à sa compagne pour lui faire signe de se relever et elle s'éloignèrent rapidement, me laissant seul sur place.
J'étais un peu décontenancé par leur attitude et je ne savais pas trop quoi dire. Y avait-il quelque chose à dire d'ailleurs ? Cela paraissait irréel, comme des mots entendus rapidement sans avoir le temps de leur donner un sens. Je me sentais un peu bête et en même temps je ne comprenais pas pourquoi.
Quand elles furent arrivées à quelques dizaines de mètres la plus âgée des deux s'arrêta et se tourna vers moi. Puis, haussant la voix pour couvrir le bruit du vent elle me cria :
« Ce qu'on pêche ici monsieur, que je vous ai proposé et que je ne vous proposerai jamais plus, ce que seules les vieilles gitanes savent trouver dans cette vase grise et collante, ce sont des larmes de dauphins ! »

Portrait

Sur la grève






Ils marchaient sur la grève. Le vent qui soufflait faisait voler leurs cheveux et leurs vêtements. Elle, grande, forte, les pommettes rougies par le froid et les paupières à demi fermées pour se protéger les yeux du sable qui leur fouettais le visage ouvrait la marche d'un pas vigoureux. Un lourd panier chargé de coquillages pendait au bout de chacun de ses bras et elle marchait à l'intérieur d'une jante de bicyclette posée sur les paniers qui empêchait ses charges de se rabattre sur ses mollets. Elle avait connu ce système pendant son enfance de paysanne de l'intérieur : quand elles portaient des seaux lourdement chargés pour nourrir les bêtes les filles des fermes se protégeaient les jambes par un cercle d'osier. Ce système supprimait l'effort nécessaire à maintenir un écart et permettait de moins se fatiguer. Une fois mariée avec ce gars de la côte elle avait voulu continuer à utiliser le même outil.
Au début son mari s'était moqué d'elle :
„T'as l'air fine avec ta roue de vélo !“ avait-il dit. Lui était resté adepte du dossier lourdement chargé de crevettes ou de coques, qu'on maintenait par une large sangle passant par devant les épaules, et sur lequel on empilait les bichettes et tout le matériel ayant servi à la pêche. Ce fardeau, qui obligeait à marcher penché vers l'avant pour maintenir son équilibre, permettait de porter des poids qui auraient pu paraitre démesurés. C'était le système qu'utilisaient tous les pêcheurs à pied de la Baie depuis des générations.
Elle, n'aimait pas le dossier ; elle n'arrivait pas à s'y faire et avait l'impression d'étouffer chaque fois qu'elle entrait les épaules à l'intérieur de la boucle. Alors, au bout d'un certain temps, il avait fini par admettre qu'elle ne ferait jamais les choses comme lui et il l'avait laissée faire.
Il était plus petit qu'elle, et aussi plus sec et plus nerveux. Il avait le poil noir et le teint mat, comme on en trouve de manière étonnante sur les côtes de Normandie. Ils détonnaient tous les deux : elle, grande, blonde presque rousse, aux formes généreuses mais souvent silencieuse : elle avait été habituée à travailler seule, sans parler ni pour se plaindre ni pour s'amuser. Lui, avait passé son enfance comme mousse puis petit matelot sur les grands chalutiers. Il ne connaissait que la voix forte qui sert à la fois à couvrir le vent et à donner des ordres.
Mais dans la baie, entre eux, il n'y avait pas besoin de paroles. Ils connaissaient tous les deux leur tâche qui était de rapporter le produit de leur pêche à la côte. C'était à chaque fois plusieurs kilomètres de marche, les pieds nus dans le sable mou, obligés de faire parfois des détours pour ne pas s'enfoncer dans une vasière, avec en plus la tangue qui collait à leurs pieds et alourdissait leurs pas. Ils marchaient les yeux fixés sur un bouquet d'arbres, au loin sur la dune, qu'ils regardaient comme une récompense. Ils savaient que là les attendait une camionnette vétuste et à demi rouillée où ils pourraient cesser cet effort ininterrompu et s'asseoir au sec et au chaud.

08/06/2005

Bientôt la fin

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Mais à bien y réfléchir, peut-être que le début lui aussi ressemblait à cela ?

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