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04/12/2004

Cherche à partager un appartement

De passage à Paris deux ou trois jours par semaine (le week-end), je cherche quelqu'un ayant une pièce en rab et qui accepterait de la louer. De préférence Paris nord, 17°, 18°, 19°. Laissez message, on parle après ; ciao !

03/12/2004

Roman d'amour

Roman d'amour




Dans le roman d'amour classique, tout commence par la rencontre et se termine par la réunion. Dans une histoire d'amour de la vie, la réunion n'est que le début de l'histoire. Les moments entre la rencontre et la réunion ne sont que les préliminaires et l'histoire se termine par la désunion. Celle-ci peut être causée de la manière la plus absurde par la mort de l'un des membres, mais le plus souvent elle est causée par le non-amour.
De la rencontre à la réunion, ayant affaire à quelqu'un que l'on ne connaît pas, on peut difficilement parler d'amour. On aime les gens qu'on connaît, que l'on aime tels qu'ils sont, avec leurs qualités mais aussi avec leurs défauts sur lesquels on est sans illusions. Mais pour les gens que l'on ne connaît pas encore on ne peut parler que de désir d'amour. Quoi de plus naturel que d'avoir envie d'aimer? Je ne parle pas de l'envie d'être aimé, qui est le besoin des enfants qui aiment aveuglément sans poser de questions, je parle du désir qui fait que l'on est attiré comme par un aimant par une personne dont on ignore tout mais à qui l'on prête toutes les qualités. Ce désir, fortement sexuel, ne suffit pas à faire durer une relation si l'on découvre au fil du temps que l'être que l'on a tant désiré possède un certain nombre de défauts que l'on juge incompatibles avec le sentiment que l'on a de son intégrité, de son intelligence, de son honnêteté. Si malgré tout, bien que n'aimant pas les traits de caractère principaux de l'être avec qui l'on partage une histoire d'amour on reste dépendant du désir physique que l'on a pour elle ou simplement de son besoin de stabilité, on risque fort de s'enfoncer dans une histoire douloureuse dont on a envie de sortir mais dont on ne connaît pas l'issue. Et, partant, tout concours à mener ce genre d'histoire vers sa fin.
Dans le roman d'amour classique on suppose que l'histoire d'amour, une fois commencée, n'aura jamais de fin. C'est ce qui en fait la beauté illusoire si éloignée de la vie, mais aussi ce qui fait que - les gens heureux n'ayant pas d'histoire -, les auteurs de ce genre de romans s'arrêtent là où les choses commencent vraiment.

02/12/2004

Tard...

Tard...




Tard dans la nuit j'ai vu voler un oiseau blanc
Ses ailes qui battaient en un grand souffle lent
Sont allées caresser tes cheveux doucement.

23:20 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Utopie

(Communication)

UTOPIE


Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par
des étudiants aux Etats-Unis...


A faire suivre... Car la presse nord-américaine a refusé de
publier ce texte.

Internationalisation Discours du ministre brésilien de
l'Éducation aux États-unis.

Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre
de l'Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu'il
pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie.

Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant
qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.

Voici la réponse de M. Cristovam Buarque.

En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement
contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit
l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce
patrimoine, il est nôtre.

En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du
milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que
l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a
de l'importance pour toute l'humanité. Si, au nom d'une éthique
humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous
devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde
entier.
Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité
que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les
maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter
ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non
son prix.

De la même manière, on devrait internationaliser le capital
financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour
tous les hommes(humains), elle ne peut être brûlée par la volonté
de son propriétaire, ou d'un pays.

Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par
les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale.
Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des
pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.

Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de
tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir
à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus
belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas
laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine
naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la
fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays.

Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé
d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela
n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies
organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de
pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de
difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il
faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit
internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute
l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de
Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté
particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au
monde entier.

Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause
du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains
des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal
nucléaire des États-unis. Ne serait-ce que par ce qu'ils sont
capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une
destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies
des forêts Brésiliennes.

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence
des États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des
réserves florestales du monde en échange d'un effacement de la
dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer
que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et
d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les
traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite
l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.

Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du
monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront
pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les
laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre. En tant
qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une
internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera
comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous.
Et seulement à nous!

Ce texte n'a pas été publié. Aidez-nous à le diffuser.

Un gros merci à l'auditeur de Delirium Environnemental qui nous a
fait parvenir ce texte ! http://www.radiodelirium.net



Paris-Plage

Paris-Plage:




Les trottoirs de Paris sont la plage qui borde le fleuve des voitures.
Vous y êtes vous déjà allongé?
Je l'ai fait un jour.
J'avais mis mon plus beau maillot et m'étais muni d'une serviette-éponge.
J'avais choisi un petit coin bien propre au bas du Sébasto.
Il faisait beau.
Près de moi des vieillards jouaient et je respirais des embruns mazoutés.
Mes lunettes infra-rouge me permettaient de voir la chaleur des autos.
Je vis soudain ma tante Clara qui se faufilait dans la circulation.
« Vas-tu bientôt mettre fin à cet horrible cauchemar? » Me demanda-t-elle;
« Mais ce n'est pas un cauchemar » répondis-je, « c'est un rêve, un beau rêve. »
« Mais enfin, réveille toi! » reprit elle en me secouant, « réveille toi »!
Alors je m'agrippai à mon drap de bain et me mis à hurler:
« C'est un rêve! C'est un rêve! Un merveilleux rêve! »

Après le départ de Nicolas Sarkozy :

Info, après le départ de Nicolas Sarkozy :







Dans les coulisses du dernier remaniement ministériel :



Nous venons d'apprendre, chose qui était passée complètement inaperçue, qu'avec le départ de Nicolas Sarkozy du Ministère des Finances il y avait eu un certain nombre de chaises tournantes, Le Premier Ministre a en effet décidé d'élargir les attributions du Ministère de l'Intérieur et de lui adjoindre un Ministre Délégué à la Vitesse et à la Circulation des Fluides.
Et n'ayons pas peur de le dire, c'est une bonne idée ! Le nouveau Ministre aura des pouvoirs très larges aux attributions transversales. Il pourra en effet intervenir dans l'un ou l'autre des secteurs habituellement réservés à ses collègues en fonction des besoins qui peuvent se faire jour à tout moment. Il sera ainsi aussi bien chargé de régler la vitesse de circulation des voitures en ville ou sur les autoroutes afin de mettre fin à une réglementation anarchique, ou de faire accélérer la vitesse d'examen des dossiers de la Sécurité Sociale, ou la vitesse d'exécution des peines de prison auxquelles un certain nombre de nos concitoyens ont été condamnés. Car quelle que soit la condamnation, on sait qu'en toute circonstance le temps passe plus ou moins vite, et il importe, au nom des principes démocratiques les plus évidents, que le temps passe à la même vitesse pour tout le monde.
Et nous le voyons tout de suite, les champs d'intervention de ce nouveau ministère peuvent être extrêmement variés : Cela va depuis le sport, - il n'y a en effet pas de raison pour que les sportifs français courent moins vite que les autres, - jusqu'à l'économie et au code du travail : voilà enfin une bonne manière de mettre fin à cette odieuse polémique sur les trente-cinq heures et aux velléités de les supprimer dont font preuve certaines personnes ; il suffira de les ralentir un tant soit peu, au grès des besoins des entreprises, pour que les ouvriers puissent assurer la même production qu'ils auraient eue en trente-neuf ou quarante heures.
Nous souhaitons bonne chance au nouveau Ministre, persuadés que nous sommes que cette nouvelle réforme était indispensable et qu'elle sera de la plus grande productivité !

11:35 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

01/12/2004

Conte sous la lune

Conte sous la lune






C'était l'automne, au début de décembre et il ne faisait pas froid. La lune se découpait à travers les feuilles des arbres. Un homme était couché au sol, adossé contre un rocher ; il regardait le ciel à travers les branches dénudées et respirait lentement. Il était las d'avoir trop marché. La nuit qui l'avait surpris brutalement, alors qu'il était encore loin de tout village, l'avait forcé à s'arrêter. Il n'aimait pas marcher dans l'obscurité ; sur cette route sombre et mal définie il avait peur de se blesser contre un obstacle, de choir et se tordre peut-être une cheville. Il avait vu ce rocher dans la pénombre et s'était assis. Il avait sorti une bouteille de vin qu'il avait dans un sac, accroché sur son dos, et l'avait portée à ses lèvres. Il lui restait du vin mais n'avait plus rien à manger. Il avait compté arriver dans un village où il aurait pu trouver un commerce ouvert et acheter des victuailles, mais il était trop tard. Avec la nuit il risquait de se perdre et de toutes façons, entre coucher dans la forêt ou arriver dans un village aux portes closes, il n'y avait pas une très grande différence. Ici, au moins, il n'y avait pas de chiens qui aboient ni de volets qui s'ouvrent pour guetter à qui appartiennent les pas qui résonnent dans la nuit.
Il ne lui restait plus rien à manger ; il ne lui restait que du vin mais il pouvait attendre, il n'avait pas très faim. Il était fatigué d'avoir marché des heures et des heures sur les chemins de cette contrée où les villages sont éloignés les uns des autres. Tant que le sol était sec il était aussi bien ici que n'importe où ailleurs. Bien sûr, il aurait apprécié de coucher dans les draps frais d'une chambre d'hôtel ; Il aurait pris une douche chaude et se serait étendu, nu, sur le lit grand ouvert, sans pudeur, bien à l'abri derrière les murs de la chambre. Mais il n'était pas gêné non plus à l'idée de dormir dans la forêt. Ce n'était pas la première fois, loin de là, et tant que le temps n'était pas froid...
N'ayant rien à faire il n'avait pas besoin de lumière. Les premières fois qu'il avait dormi ainsi c'était ce qui l'avait le plus dérangé et puis il s'était habitué. Il avait compris que la lumière ne lui aurait servi à rien : Il n'avait pas de cuisine à préparer, pas de livre à lire ; il n'avait qu'à s'allonger et regarder le ciel dans lequel couraient les nuages.
Certaines fois il essayait d'imaginer ce qu'aurait été sa vie s'il n'avait jamais marché, si il était toujours resté au même endroit, assis, à regarder les mêmes choses. Il sourit à cette idée ; il pensait que c'était le sort de beaucoup de gens et que ces gens ne s'en rendaient même pas compte le plus souvent. Lui, cela faisait maintenant des années qu'il marchait, jour après jour et sans aller nulle part. Et comme il n'avait pas de but, il allait partout. Il avait traversé des milliers de villages, contemplé des milliers de paysages ; il n'avait pas vraiment besoin de compagnie : de temps en temps, quelques mots lui suffisaient quand il allait dans une épicerie ou s'arrêtait dans un café. Les conversations le lassaient vite ; il les trouvait inutiles. Il trouvait que les gens ne parlaient jamais de l'essentiel, qu'ils ne s'interrogeaient jamais sur le monde, sur l'univers, sur la beauté des choses, sur la course des étoiles dans le ciel ou la signification du chant des oiseaux.
L'homme était assez âgé. Il n'était pas pauvre ; Il avait été marié et avait divorcé, et il avait eu des enfants que, après son divorce, il avait perdu de vue peu à peu. Il était resté seul ; il n'avait pas comme on dit, "refait sa vie". Il s'était simplement contenté de la voir couler comme l'eau d'un ruisseau qui ne sait pas trop où elle va et se contente de suivre la pente la plus propice. Un jour, la limite d'âge venant, il avait du cesser son travail et s'était trouvé à la retraite. Il n'était pas très vieux, mais quand l'entreprise dans laquelle il travaillait l'avait licencié on lui avait dit que de toutes façons il ne retrouverait plus rien et qu'il faudrait qu'il s'habitue à ne plus travailler. On lui avait versé une indemnité qui n'était pas énorme mais dont les revenus mis au bout de sa retraite lui assuraient de quoi vivre. Il n'était pas très dépensier ; il était d'une nature assez contemplative et n'avait pas de gros besoins. Alors, après quelques mois passés à tourner en rond dans son quartier, il avait décidé de partir sur la route et avait mis un locataire dans sa maison.
Déja, avant, c'était un randonneur ; pendant ses vacances il avait l'habitude de partir une ou deux semaines sur les petites routes de montagnes ou de suivre les chemins douaniers du bord de mer. Alors il avait commencé à marcher à longueur de journée, sans jamais savoir où il allait. Il ne voulait pas se donner de but et comptait en toute chose sur le hasard. Au cours de son étrange randonnée il dormait dans des petits hôtels et mangeait dans des petits restaurants bon marché. Il lui arrivait de rester quelques jours au même endroit quand il le trouvait très beau et qu'il voulait en profiter un peu, mais, de manière générale, quand il était arrivé le soir dans un village il en repartait le lendemain matin, toujours du même pas lent et régulier. Il lui arrivait de temps en temps de se faire arrêter par les gendarmes ou contrôler par la police. Quand il passait dans les villages on le prenait pour un vagabond. C'en était un en quelque sorte, mais comme ses papiers étaient en règle et qu'il avait toujours de l'argent sur lui et pouvait le justifier personne n'avait rien à lui reprocher. Les gendarmes en étaient quitte à se gratter la casquette et à se demander avec quel drôle d'oiseau ils avaient affaire.
Il ne comptait pas les kilomètres et ne cherchait pas à parcourir de longues distances. La seule chose qui lui importait était de voir le monde défiler sous ses yeux et d'avoir le temps de le contempler. Bien sûr, voyageant ainsi, sans plan ni méthode, il lui arrivait de se tromper dans ses estimations de distance ou d'arriver le soir dans des villages où il n'y avait aucun hôtel ni endroit où coucher. Comme il était très digne il considérait que frapper à une porte pour demander le gîte aurait été s'abaisser et il s'interdisait de faire ce genre de choses. C'est ainsi qu'il lui arrivait de dormir dehors, comme cette nuit dans la forêt. Il n'en était pas malheureux ; il avait le sentiment que le monde lui appartenait et il se sentait chez lui sous le ciel étoilé.
Il se souvenait avoir lu, quand il était jeune, une bande dessinée de Gébé où le héros, étant couché dans l'herbe et regardant les étoiles, se prenait pour la figure de proue du vaisseau spatial "Terre". Il avait admiré cette image et se sentait très proche de cette sentation. Il y a bien longtemps, quand il avait été étudiant, il avait fait des études de philosophie. Il se rappelait les grecs anciens, les stoïciens, Diogène, les stylistes et toutes ces écoles de pensée qu'il rapprochait des yogis indiens qui se promènent nus et couverts de cendres et sont capables de rester des années debouts sur une seule jambe. Il trouvait qu'après tout, ces courants philosophiques étaient tous originaires du même tronc commun, quelque part au sud de l'Himalaya, de la même pensée polythéïste qui plaçait l'homme au sein de la nature en interaction avec les dieux et les fleurs, les étoiles et les animaux.
Il écoutait les bruits de la forêt : le hululement régulier des chouettes qui se répondaient et qui était facile à identifier, mais aussi des tas d'autres bruits, des appels, des chuchotements, des frottements qui venaient de l'obscurité toute proche et qui lui disaient que la forêt avait oublié sa présence, ou au moins s'était habituée à lui. Tous ses sens étaient aux aguets ; il cherchait à se représenter toute cette vie qu'il entendait et qu'il ne pouvait voir. Il attendait : il pensait qu'un jour il ferait tellement partie de cet environnement que les animaux viendraient lui rendre visite et cesseraient de se cacher. A force d'écoute et de communion toujours la même chose se passait : au bout d'un moment il sentait son corps se dissoudre et seul le ciel existait. Il avait l'impression de parvenir à n'être qu'un pur esprit et à oublier ses contingences physiques. Il s'endormait. Alors la lune se voilait les yeux d'un masque de nuages et pour lui faisait l'obscurité.



30/11/2004

Les petits bateaux

Les petits bateaux


Quand les petits bateaux qui passent
Au fond de la mer se prélassent
Ce ne sont plus que des épaves
Et leurs matelots des cadavres.
Non ce n'est pas sous cette amure
Qu'ils ont la plus belle des allures ;
C'est qu'ils ne sont pas faits pour ça
Ces petits bateaux là !

Quand les petits avions qui volent
Du haut de l'air tombent au sol
Ce ne sont plus que des épaves
Et leurs passagers des cadavres.
C'est une solution radicale
Que celle du vol vertical
Mais sont ils donc bien faits pour ça
Ces petits avions là ?

Quand les petits hommes qui travaillent
Devant la télévision baillent
Ce ne sont plus que des épaves
Et leurs jolis yeux des cadavres.
C'est sûr qu'ils n'ont pas la faconde
D'un anarchiste épris de fronde ;
Ne sont ils donc pas faits pour ça
Ces petits hommes là ?

Quand les enfants qui ont grandi
Oublient leurs jeux pour des soucis
N'ont de leurs rêves que les épaves
De leurs désirs que les cadavres
Ils voient se défiler la vie
Sans un regret ni une envie
Mais sont-ils donc bien faits pour ça
Ces petits enfants là ?

18:50 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

A table !

A table !


A cette époque je célébrais l'alcool.
Quand, quittant le travail, je revenais dans mon quartier, je flânais devant les vitrines des magasins en me demandant ce qu'encore une fois j'allais bien manger. Je ne pensais pas à boire. A ce stade de la réflexion je me serais bien contenté d'eau. Mais, en passant devant les étalages des poissonniers, des charcutiers, des bouchers ou des marchands de légumes, au moment de faire un choix, d'hésiter entre le fromage et le dessert, je commençais toujours à me demander ce que j'allais boire pour accompagner ce que j'allais acheter. Il ne me semblait pas absolument avoir une volonté alcoolique, comme disent les psychologues, ni manquer de volonté, comme dit le parler populaire. C'était simplement une affaire de goût. Le vin blanc allait mieux avec le poisson et certaines entrées froide, et le vin rouge avec le fromage. Pour le plat principal, sachant que j'étais seul, je tâchais de choisir un vin qui put correspondre avec le reste du repas. D'ailleurs, solitaire, je buvais rarement plus d'une bouteille ; et encore, souvent ne la finissais-je même pas. Mais je mettais un point d'honneur à trouver le breuvage qui put transformer en fête le moindre dîner de solitude. Quand j'entrais dans un magasin j'allais d'abord au rayon des viandes. Là, je les regardais toutes : le veau, le bœuf, le porc, les abats ou les gros morceaux, les grillades ou les pièces à rôtir, les bouillis et les ragoûts. Je ne les choisissais pas en fonction de la saveur que je leur présumais, mais à cause de leur apparence. J'aimais les pièces qui me paraissaient saines, tendres, à la fois fraîches et suffisamment rassies, dont la couleur montrait que s'était effectué le lent processus de transformation chimique qui les préparait à une dégustation savoureuse et qui présentaient un fin réseau de lignes de graisses qui prouvait qu'elles allaient rester tendres et onctueuses pendant la cuisson. Je les imaginais avec la sauce qui allait les recouvrir ou au contraire dans l'absolue nudité d'une chair que l'on se contente de poser sur le grill. Je réfléchissais à la manière dont j'allais les cuire pour qu'elles restent tendres et moelleuses et je visualisais la présentation de mon plat : les viandes blanches s'accordent bien avec les légumes de couleur pâle et les viandes rouges avec les couleurs chaudes et les verts prononcés. On peut bien sûr faire des choix différents, il n'y a pas de règle absolue, ce qui compte avant tout étant l'enchantement que l'on éprouve à l'arrivée du plat. Mais je m'étais fixé un certain nombre de règles esthétiques. Et pour moi l'esthétisme résidait autant dans le goût que dans la présentation. Tout devait être une œuvre : autant le geste précis qui tronçonnait les légumes que la juste température de l'huile dans laquelle on précipitait les morceaux de poulet ou de bœuf. Et partant du choix initial d'une pièce de boucherie j'imaginais toute une palette de saveurs. Autour du plat principal, suivant mon appétit et surtout quand j'attendais des invités, je composais le reste de mon dîner : les entrées, faites souvent de poisson froid que j'avais pêché avec mon bateau et que j'apprêtais en entre-mets les plus divers comme des flans ou des terrines de poisson, ou des fruits de mer, ode permanent aux côtes de Normandie où l'on pêche à pied toutes sortes de coquillages et de crustacés que l'on mange de la manière la plus simple mais la plus savoureuse. Plus rarement je servais des charcuteries, sauf quand j'avais envie d'évoquer le souvenir d'un jour ou je m'étais régalé chez l'un ou l'autre de mes amis, puis, venaient les fromages. Souvent, arrivé là, je calais, surtout quand j'étais seul ; mais dès que j'avais des invités je composais une assiette ou un plateau dont je choisissais les ingrédients un par un : il me fallait toujours un chèvre et une pâte cuite, un bleu et un fromage à croûte jaune, comme les normands Pont-l'Évêque ou Livarot, le picard Maroilles ou l'Époisses bourguignon. Bien sûr, parmi les fromages jaunes j'essayais toujours de trouver une place pour le Munster si fort d'odeur mais si doux de goût et pour le Rouy mayennais. Parmi les bleus c'est le Roquefort au lait de brebis qui avait ma préférence, mais de temps en temps je me laissais tenter par un Gorgonzola italien ou un bleu du Danemark au goût si fort qu'il peut faire croire à un viol du palais tant qu'on ne l'a pas apprivoisé mais qui, passé la première surprise de cette brutalité sauvage et exotique, laisse l'impression d'une révélation à apprécier à dose homéopathique comme les piments terribles de la caraïbe. Pour les chèvres c'était plus simple : je les aimais tous de manière égale et l'on a l'impression, quand on mange du chèvre de porter à sa bouche toujours le même fromage : seul change le degrés de maturation, mais il y a une surprenante constante dans le goût des fromages de chèvre : on peut l'aimer ou ne pas l'aimer, mais un chèvre est toujours un chèvre au contraire des fromages de vache qui sont si différents les uns des autres. Je pense que cela doit venir du caractère caprin : ce sont des animaux vraiment têtus, beaucoup moins dociles, même s'ils s'apprivoisent facilement, que les brebis ou les bovidés. Ils gardent toujours leur caractère inaltérable et leur regard, avec leurs yeux fendus, est encore pire que celui des chats. Les chèvres savent rire en bondissant sur les talus et leur air moqueur donne son goût au fromage ; d'ailleurs, le fromage de chèvre quand il est très fort est appelé fromage de bouc ; le bouc n'est-il pas l'image du diable ?Et quelle fermière ne se sera jamais méfiée de leurs sabots pointus pendant la traite ? Elles manquent de force, certes, mais pas de vivacité ! Je mettais aussi pour adoucir la bouche, à la fin de l'assiette, un morceau de pâte cuite comme un Comté parfumé ou un tendre Emmenthal, un de ces fromages que l'on mange sans pain !
Quand j'avais choisi tous les éléments de mon repas je me mettais en quête du breuvage magique et je faisais trois ou quatre fois le tour du rayon des vins. Je n'ai jamais bu de très bon Bordeaux ; ceux que je trouvais dans le commerce et qui étaient à portée de ma bourse me paraissaient âpres et sans saveur. De loin je leur préférais un vin des Côtes du Rhône fort de caractère et parfumé comme un Crôze - l'Ermitage ou un Vacqueyras, à moins que je n'ailles trouver dans quelque magasin improbable un Corbières Montagne d'Alaric, à la renommée confidentielle mais au goût miraculeux ! Pour les blancs je préférais les vins d'Alsace au parfum si fruité ou les Bourgognes aligotés qui emplissent le palais d'effluves de terroir, mais en réunion nombreuse j'aimais terminer le repas par un Monbazillac glacé qui était délicieux avec les desserts et qui me rappelait mon enfance où j'avais découvert cette tradition chez ma grand mère. Parfois, en circonstances exceptionnelles, je sortais du fond d'une armoire une bouteille de vieille prune blanche ou de mirabelle comme j'avais vu les paysans en boire quand j'étais enfant, en Lorraine, et je me laissais aller à une dégustation voluptueuse et immobile. Alors, l'esprit embrumé et le corps repu, je m'endormais en écoutant de la musique et j'oubliais tous les projets, tous les désirs qui m'avaient porté toute la journée !