27/11/2004
Hommage à Lewis Caroll
A Lewis Caroll
Sourire de chat:
Par un beau matin de Juillet
Un sourire de chat m'attendait
Au coin d'un arbre, d'une forêt.
« Elle est partie par là »
Me dit le chat
Qui me souriait obligeamment.
« Quel animal intéressant,
Comme il a l'air intelligent! »
Me dis-je, à la pensée émue
De voir ma fièvre ainsi connue.
« De ce pas m'en vais la chercher,
Voudriez vous m'accompagner?
Enfin, si vous voulez? »
« Néni » dit l'animal;
« Je vous comprend, c'est bien normal,
Mais foi de mathématicien,
Si vous empruntez ce chemin
Vous modifierez ses données,
Ce ne sera plus le même chemin,
Comment dés lors la retrouver?
Mais faites ce que vous voulez,
Ce sera sûrement intéressant. »
Dit le sourire, intelligent.
17:55 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)
26/11/2004
L'art de faire chanter les serins
L'art de faire chanter les serins:
Une première chose que l'on voit souvent pratiquée consiste à leur arracher les plumes du bout des ailes. C'est un moyen assez efficace, mais hélas sans cesse à recommencer, les plumes ayant une fâcheuse tendance à repousser. C'est pourquoi je conseillerai plutôt aux amateurs de sectionner à l'aide d'un bistouri le tendon reliant le tarse au métatarse. Cette opération présentant l'inconvénient de laisser pendre l'extrémité de l'aile il suffira de la pratiquer sur un seul côté de l'oiseau et de l'habituer à se présenter de profil en cachant le côté mutilé. Ce procédé ne fait pas que l'oiseau chante mieux, mais au moins il l'empêche d'aller chanter ailleurs.
Certains serins chantent seuls de manière naturelle. Pour ces oiseaux il ne s'agira que d'améliorer leurs capacités innées et ils occuperont la plus grande partie de notre article. Pour ceux qui refusent de chanter il est un procédé si connu du grand public qu'il n'y a pas besoin de beaucoup en parler: Il consiste à leur crever les yeux; c'est assez efficace, surtout pendant la première heure.
Une fois que votre oiseau aura appris à vocaliser, il devra encore apprendre à moduler son chant: certains serins ont un cri rauque proche de celui du corbeau. Ce n'est pas très joli et en tous cas pas agréable aux oreilles des jeunes filles que vous voudrez attirer chez vous pour leur montrer votre petit oiseau.
S'il ne sais pas siffler fendez lui la langue en deux comme celle d'un serpent.
S'il ne sait pas rouler les airs greffez lui un minuscule grelot sous la voûte palatiale, mais faites attention de ne pas le prendre trop gros, cela pourrait l'étouffer.
S'il ne chante pas assez fort maintenez le gonflé grâce à un mécanisme pneumatique qui augmentera ses capacités de résonance.
S'il chante trop fort vous avez le choix entre le couvrir d'un chapeau de feutre ou le faire taire d'une pichenette.
Pour obtenir un chant régulier et diversifié il suffira de fixer son perchoir sur une sorte de piston qui montera et descendra de manière aléatoire. Ce piston pourra être mu par un moulin à vent, l'eau d'une rivière ou toute forme d'énergie inépuisable. Pour les habitants des villes il existe des systèmes d'appartement à manivelle, mais nous les déconseillons car ils sont assez fatigants à utiliser et ne permettent pas une véritable détente. L'oiseau étant attaché sur le piston chantera et battra des ailes pour conserver son équilibre d'autant plus que le mouvement sera rapide et saccadé. C'est du plus heureux effet et ne manquera pas d'ébahir vos invités.
Si enfin malgré toutes ces techniques vous n'arrivez à rien avec votre serin, jetez le. On trouve encore sur les marchés aux puces de très jolis automates datant du siècle dernier.
18:20 Publié dans Contes et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2)
Lit de roses
Lit de roses
Je t'imagine couchée dedans un lit de roses
Leurs pétales nacrés te faisant comme un drap
Souriant les yeux fermés pendant que je dépose
Un baiser sur tes lèvres et te prends dans mes bras
10:40 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)
25/11/2004
J'ai traversé...
J'ai traversé...
J'ai traversé de noirs, de lourds orages de grèle
Que l'on voyait de loin unir la terre au ciel
Comme une masse intense toute semée d'éclairs
Où le vent qui soufflait, amenant le tonnerre
Chassait aussi les branches, les feuilles et les nuages.
Et je suis arrivé, après ce grand orage,
Qui avait nettoyé, du soleil, la lumière
Dans un pays d'herbages dont le coeur était vert
D'un vert tendre et fragile comme un premier printemps...
17:00 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)
24/11/2004
P'tit chien
P'tit chien
C'était il y a très longtemps, quand j'habitais Barcelonne. Je vivais tout en haut d'un vieil immeuble de la Calle Hospital, au coeur du Barrio Chino. Des chinois je n'en avais jamais vu dans le quartier, mais il devait tenir son nom des temps anciens où, depuis le port tout proche, des bateaux partaient vers le lointain orient. La façade de l'immeuble était noire d'histoire ; Barcelonne ne ravalait pas encore ses batiments à l'instar de Paris et les siècles qui étaient passés depuis sa construction avaient déposé des couches de suie et de poussière qui, recouvrant la pierre sculptée d'une patine mélangée de mousse, augmentait encore l'aspect gothique de l'immeuble.
Une nuit où je rentrais chez moi après une soirée prolongée dans les bars du Paseo de Gracia j'empruntai les Ramblas après avoir traversé la Plazza de Catalunya. Il avait plu et les trottoirs mouillés reflétaient la lumière des réverbères. Malgré l'heure tardive il y avait encore de l'animation sur les ramblas. Certains kiosques de fleuristes étaient ouverts toute la nuit et il y avait toujours quelques cireurs qui étaient là, prêts à sortir un paquet de cigarettes de contrebande de dessous la caisse de bois où ils rangeaient leur matériel. Toute la nuit du monde passait ; il y avait les prostituées et leurs clients, mais aussi toute un foule d'individus qui naviguaient de bar en bar, qui sortaient du dernier café pour attendre le premier boulanger, qui veillaient pendant des heures et des heures et n'allaient se coucher, rassurés, que quand le jour commençait à se lever. Souvent je m'était demandé quel mystérieux rapport reliait les noctambules, qui se disent amoureux de la nuit, à cet étrange moment du jour ou justement il ne fait pas jour. J'avais entendu parler de ces peuples d'Afrique dont l'islamisation était récente et qui, rassemblés autour d'un feu, mangeaient du cochon sauvage pendant ces heures ténébreuses car ils pensaient que Dieu ne pouvait pas les voir. D'autres fois je m'étais demandé si les noctambules aimaient vraiment la nuit, s'ils lui faisaient vraiment confiance, incapables qu'ils étaient de lui confier leur sommeil. Mais je n'avais jamais trouvé de réponse et je m'étais contenté comme tout un chacun de profiter au maximum de ces heures qui appartiennent à ceux qui n'ont rien à faire et se retrouvent entre eux quand la ville s'est libérée de l'agitation affairée des laborieux.
A un certain moment j'entendis un trottinement feutré qui me suivait à quelques pas. Je me retournai et je vis près de moi un petit chien au poil tout ébouriffé qui me regardait la tête penchée avec une expression amusante et sympathique. Je me penchai pour lui caresser la nuque ; il avait l'air si content et si affectueux que je m'attendais presque à le voir ronronner comme un chat. Je me relevai et repris ma marche vers la Calle Hospital avec la ferme intention de rentrer chez moi. Le petit chien me suivait, tantôt derrière, tantôt devant, tantôt marchant à côté de moi. Il me serrait de si près que plus d'une fois je faillis tomber en évitant de lui marcher dessus. Je ne savais qu'en faire, mais lui m'avait adopté. Je commençais à regretter de m'être arrêté pour le caresser. Il devait être égaré, à la recherche d'un nouveau foyer, et croyait sans doute qu'il avait trouvé en moi ce qu'il avait perdu ailleurs. Au bout de quelques minutes j'arrivai devant la porte de mon immeuble. Celle-ci était fermée et il fallu que je cherche ma clé au fond de mes poches. C'était encore un ancien système : il y avait plusieurs poignées donnant sur la rue, reliée à tout un système de tringleries et de cables qui actionnaient des cloches se trouvant à chaque étage. Les visiteurs devaient tirer ces sonnettes mécaniques et attendre qu'on vint leur ouvrir après les avoir identifiés dans le miroir d'un rétroviseur qui se trouvait à la fenètre. La porte devait rester fermée à clé à tout moment et il y avait toute cette installation archaïque qui permettait de se protéger des importuns. Hélas, il n'y avait pas de sonnettes pour les chambres du dernier étage. Les bonnes qui jadis y dormaient étaient sans doute supposées ne pas recevoir de visites et on n'avait pas jugé utile d'installer quelques tringles et quelques cables de plus. Maintenant que les bonnes avaient été remplacées par des étudiants cela n'avait pas changé et c'est pourquoi, sans doute par esprit de vengeance ou de révolte libertaire, certain de mes co-locataires négligeaient de fermer la porte à clé. Pourtant cette nuit là elle était bien fermée et je fus heureux de ne pas avoir oublié la mienne. Pendant que j'ouvrais ma porte en ayant en tête toutes ces considérations sur les sonnettes je sentis le petit chien qui se faufilait entre mes jambes. Je l'avais oublié quelques secondes mais lui avait été habile à s'introduire dans l'immeuble. Il avait l'air si mignon que j'eu pitié de lui et que je l'autorisai à monter avec moi.
" Tu viens, lui dis-je ; mais pour cette nuit seulement tu entends ? Pour cette nuit seulement parce que demain je te remets dehors ! C'est tout petit chez moi, ajoutai-je, tu verras, il n'y a pas de place !
En même temps que je disais cela j'avais bien conscience de n'en n'être qu'à moitié convaincu et je ne savais pas trop comment je m'y prendrais pour m'en défaire si lui avait vraiment l'intention de rester avec moi. Il entra à ma suite dans ma chambre et se coucha par terre devant la porte. Au moins il avait l'air d'avoir tout de suite trouvé sa place, il devait sans doute être habitué à s'installer là dans son ancien domicile.
" Tu sais plus où c'est chez toi, lui demandai-je ; t'as pas un maître qui t'attend ou un petit garçon qui pleure parce qu'il a perdu son chien ?
Il me regardait avec une expression très intéressée mais ne trouva rien à répondre. Pendant ce temps là je me déshabillais tout en lui parlant comme si c'était à quelqu'un qui pouvait me comprendre et soutenir une conversation. Je n'avais jamais eu de chien mais j'avais l'impression que c'était comme cela qu'il fallait faire quand on en avait un, qu'il fallait lui dire des choses, n'importe quoi, mais sans arrêt car s'il ne comprenait pas les mots il devait sentir qu'on s'adressait à lui. Je lui mis un saladier plein d'eau devant l'évier et me couchai après avoir enfilé un pyjama. Ma chambre était minuscule et il n'y avait guère de place, sauf pour tourner autour du lit, de sorte que quand j'y étais je n'avais guère d'autre choix que de me coucher.
Bien sûr, dès que je fus au lit il y sauta et vint s'allonger sur mes pieds. Je tentai de le repousser, de le faire redescendre mais il était têtu et me resistait en grognant pour me montrer que c'était lui qui commandait et que je devais accepter sa présence sur le lit. Je commençais à être vraiment embêté et ne savais plus comment m'y prendre pour le faire obeïr. A ce moment je fus surpris par un étrange phénomène : en le regardant j'avais l'impression qu'il s'était mis à grossir. Il ne faisait plus la taille du minuscule petit chien que j'avais trouvé dans la rue, mais avait dépassé celle d'un grand caniche et continuait à enfler, gonfler, grossir de tous les côtés, par devant, par derrière, par dessus et dessous, si bien qu'en très peu de temps il occupa tout le lit. Il avait atteint puis dépassé la taille d'un Saint-Bernard, ressemblait désormais à un veau et continuait de grossir encore. Moi j'étais dans mon lit, couché sous lui et je ne savais pas par quel miracle je n'étais pas écrasé par son poids . A force de grossir il avait fini par toucher les murs de la chambre, par toucher le plafond et il n'y avait plus un espace qui ne fut occupé par sa masse énorme. Moi j'étais en train d'étouffer, je n'arrivais plus à respirer ; ses poils pénétraient dans ma bouche, dans mon nez et je me débattais comme je pouvais pour essayer de le repousser. A ce moment là il écrasa l'ampoule qui brillait au plafond, il y eut une petite explosion et je me retrouvai assis dans mon lit en proie à une angoisse incommensurable. Je mis quelques instants à reprendre mon calme et réalisai que je venais de m'éveiller d'un cauchemard ; il n'y avait pas, il n'y avait jamais eu de chien. Je restai assis ainsi pendant quelques minutes, les pieds pendant du lit vers le sol et tout à coup je vis sur la moquette les quelques morceaux de verre de l'ampoule brisée.
17:35 Publié dans Contes et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0)
Conférence agricole
Projet agricole:
( conférence )
... « A part ceci je m'occupe, comme vous le savez, d'activités diverses. En ce moment je mets la dernière main à un projet que je vais présenter bientôt au gouvernement et qui aura pour but d'aider le monde agricole.
Personne ne l'ignore, l'agriculture est un métier difficile, principalement parce que la terre est basse. Alors j'ai conçu un système de vérins hydrauliques mus par l'énergie solaire qui permettrait de relever la surface du sol d'un mètre. Une grande difficulté de cette entreprise tient en ce que la surface colle au fond. Un appareil fonctionnant sur le principe du fil à couper le beurre et actionné par un jeu de tringles relié aux vérins hydrauliques permettrait de contourner cette difficulté. De plus, l'espace ainsi dégagé entre le fond et la surface permettrait de stocker des céréales ou des hydrocarbures achetés aux moments où les cours sont les plus bas et mettrait définitivement le pays à l'abri d'un certain nombre de mauvaises surprises. Les économies ainsi réalisées suffiraient à amortir le coût des travaux de relèvement du sol et les revenus des brevets déposés par le premier pays à se lancer dans cette grande aventure lui feraient occuper une position dominante et d'avant garde dans le domaine de l'ingénierie des grands travaux... »
Merci de votre attention
14:50 Publié dans Contes et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0)
23/11/2004
Conte dans les nuages
Conte dans les nuages
C'était en avril 1944. Mon père revenait d'une mission de bombardement dans la Ruhr. Le soleil, qui se levait dans son dos, lui indiquait qu'il était dans la bonne direction et qu'il filait droit vers l'Angleterre. En pleine bagarre, une balle, venue d'un chasseur allemand, avait traversé son tableau de bord et avait coupé toute vie à ses instruments. Le chasseur avait disparu, sans doute abattu par un autre appareil de l'escadrille des Forces Françaises Libres à laquelle mon père appartenait. Lui avait continué tout droit, encore et encore, pour échapper à cette mort qui le poursuivait. Et puis il s'était retrouvé seul dans le ciel libre au moment où le jour se levait. Il ne savait pas très bien où il était, mais savait qu'il n'avait qu'à voler vers l'ouest et finirait bien par atteindre la côte et la mer, et de là, l'Angleterre. Il ne voyait pas le sol car il volait au dessus des nuages. Ne s'étant, pour sa mission, pas enfoncé profondément au coeur de l'Allemagne, il savait qu'en moins d'une demi-heure il serait au dessus de la mer, hors d'atteinte de la DCA allemande. Son moteur ronronnait gentiment, et n'eut été cette panne d'instruments qui le privait de toute position, d'altimètre, de vitesse mais aussi de radio, il aurait été tout à fait rassuré. Mais il s'était déjà trouvé dans la même situation et n'avait pas eu de mal à rentrer. Dans quelques temps il pourrait redescendre au dessous des nuages et voler à vue jusqu'à se poser sur n'importe quel aérodrome anglais. Pour le moment cette couche cotonneuse le protégeait et il n'avait qu'à voler en se fiant au soleil. De temps en temps il voyait de petits nuages qui explosaient assez loin de lui. En bas, les allemands, qui l'entendaient sans le voir, devaient enrager et tirer au hasard. Bientôt, ces témoignages de la DCA allemande disparurent dans son dos. Il devait avoir franchi les ultimes lignes de défense qui auraient pu lui couper la route du retour. Soudain il entendit son moteur qui changeait de régime. Cela dura quelques secondes et puis tout s'arrêta. Il n'avait plus de carburant ; la balle qui avait brisé ses instruments devait aussi avoir endommagé son arrivé d'essence et le réservoir s'était vidé à son insu. Son avion commença à piquer du nez et à se rapprocher du sol. Il leva la main au dessus de sa tête et déverrouilla la poignée de sécurité du cockpit de plexi-glass. Celui-ci, chassé par la force du vent, s'arracha dans un bruit de tonnerre. Il avait, au cours de ses entrainements, mille fois répété ces gestes et savait parfaitement ce qu'il avait à faire. Il défit son harnais de sécurité, et, se cramponnant au bord de l'appareil avec le vent qui lui fouettait le visage, il se laissa glisser le long de la carlingue de l'avion. Le moteur était coupé et il vit l'appareil qui s'éloignait en silence. Il n'entendait que le bruit du vent qui mugissait dans ses oreilles.
Il tira la poignée de commande d'ouverture de son parachûte et rien ne se passa. Il tira encore une fois, deux fois, trois fois, il ne se passait toujours rien. Il essaya avec son parachute ventral, plus petit, qui ne devait servir qu'en cas d'extrême urgence car il freinait moins et son utilisation était dangereuse, mais rien ne se passa là non plus. Il devait y avoir eu un problème à l'atelier de pliage et c'était tombé sur lui. Cela arrivait quelques fois, mais les pilotes étaient rarement là pour le raconter. Calculant rapidement à quelle altitude il devait voler quand son moteur s'était arrêté, il comprit que sa chute durerait moins d'une minute. Un corps qui tombe dans le vide atteint une vitesse stablisée de deux-cent-cinquante kilomètres heures. Chutant depuis une altitude de quatre mille mètres il en avait à peu près pour une minute. La minute la plus longue - et aussi la plus courte - de sa vie de jeune aviateur. Il avait à peine vingt ans et n'avait jamais songé que les choses pouvaient se terminer ainsi ; il s'attendait à mourir, bien sûr, mais dans une grande explosion au cours d'un combat aérien, pas ainsi dans une chûte inéluctable. Il revit son enfance en Lorraine et puis très vite sa fuite à seize ans pour échapper à la mobilisation dans l'armée allemande. Il était allé en Espagne, avait été interné là-bas dans un camp de concentration, puis, parlant anglais, il s'était fait passer pour un américain. Les espagnols renvoyaient les français échappés, à plus forte raison les lorrains et les alsaciens qui étaient considérés comme des déserteurs de l'armée allemande. Le consul des Etats-Unis, qui passait là à la recherche de ses compatriotes - C'était en mille neuf cent quarante et un et les américains n'étaient pas encore entrés dans la guerre - vit tout de suite à qui il avait affaire et le prit sous sa protection. De là mon père passa en amérique et rejoignit les Forces Françaises Libres en angleterre.
Il songea à Gladys, sa jeune épouse anglaise qui lui avait donné un enfant. Ils étaient tous les deux à peine plus que des adolescents quand ils s'étaient rencontrés et dès leurs premières amours Gladys s'était trouvée enceinte. Le père de la jeune fille, au début, avait été furieux, surtout que ce fut avec un de ces "frenchies" qui avaient été vaincus, avaient capitulés et avaient laissé l'Angleterre se battre seule contre la barbarie hitlerienne. Puis, avec le temps, comme il aimait sa fille, il avait accepté qu'elle se maria avec son diable de frenchie. Comme c'était encore le début de la guerre et que les Forces Françaises étaient seulement en train de se former et ne participaient encore à aucune opération, les deux jeunes époux vivaient dans la maison des parents de Gladys et mon père rentrait tous les soirs.
Soudain, dans sa chûte, il traversa la couche de nuages. Il vit qu'il était au dessus de la mer. Il n'y avait aucune trace de son avion qui avait du continuer plus loin, en vol plané, avant de s'abîmer dans les flots. Pour lui cela ne faisait aucune différence. Mer ou terre, à la vitesse à laquelle il allait, la surface de l'eau aurait la solidité d'un mur et son corps serait disloqué au premier contact. Il avait froid, le vent qui entrait dans son blouson le réfrigérait. Il hésita entre se rouler en boule pour se protéger de la température et accélèrer sa chûte sans issue ou, au contraire, ouvrir son corps à plat pour se ralentir et se donner quelques secondes de vie supplémentaires. En bas il voyait des bateaux, des escorteurs de la Royal Navy. Il ne devait pas être loin des côtes anglaises et son parcours allait s'arrêter là.
Il repensa à Gladys, sa jeune épouse et à leur enfant. Peut-être après tout sa mort était elle normale. Il n'aurait personnne pour le regretter et c'était finalement bien que sa vie s'arrêta là. Gladys et son fils avaient été tués dans un bombardement alors qu'il était aux Etats-Unis en formation de pilote. Il avait reçu un courrier de son beau-père qui lui annonçait la triste nouvelle. Quand il était rentré en Angleterre, quelques mois plus tard, il n'avait pu qu'aller se recueillir sur leur tombe. Il avait l'impression que sa vie s'était terminée ce jour là. Après, les missions au dessus de la France ou de l'Allemagne s'étaient enchaînée les unes après les autres. Il prenait tous les risques et était considéré comme un héros, mais ce que personne ne savait c'est que son énergie n'était que celle du désespoir et qu'il avait à la fois envie de tuer et de mourir, et s'il restait en vie, c'était simplement pour pouvoir continuer à tuer encore.
En bas, il vit les bateaux qui grossissaient, la mer qui se rapprochait. Il n'en avait plus que pour quelques secondes. Il n'avait plus rien à regretter. Sa vie avait été rapide et courte, mais tous les jours il y avait des milliers de personnes qui mouraient à cause de cette guerre. Il faisait simplement partie du lot et dans quelques jours tout le monde aurait oublié son existence.
Soudain il sentit une secousse violente et une douleur vive qui lui déchirait les aisselles. Sa chûte se ralentit brutalement et il sentit son corps qui se balançait au bas du parachûte qui venait de s'ouvrir. Tout repartait.
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22/11/2004
L'assassin et la petite fille
L'assassin et la petite fille
La petite fille pleurait
Et les gouttes de pluie
Qui tombaient sur ses cheveux
Coulaient le long de ses joues
Et se mêlaient à ses larmes.
L'assassin s'approcha d'elle,
Cachant ses mains derrière son dos.
Pourquoi pleures-tu petite fille ?
Demanda l'assassin.
Il pleut toujours
Pendant les vacances
Dit la petite fille,
C'est pas juste !
L'assassin sortit ses mains
De son dos.
Elles tenaient un grand couteau !
Le couteau à couper
Le brouillard !
L'assassin l'enfonça
Dans le ventre du nuage
Et la petite fille applaudit
En riant aux éclats !
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